LFC : En Europe occidentale, tant dans la gauche institutionnelle que dans les milieux non parlementaires, il existe une école de pensée selon laquelle le monde serait divisé entre les impérialistes américains et ceux qui les combattent. En découlent toute une série de pseudo-alliances et un classement des luttes comme appartenant à un camp ou à l’autre. Ce point de vue purement géopolitique limite souvent les réflexions et empêche de saisir les situations. C’est l’une des raisons qui nous pousse à vouloir détailler les dynamiques internes à l’espace post-soviétique, mal connues en Europe de l’ouest. Mais tout d’abord, pourrais tu te présenter, nous parler de ton parcours et de tes principaux projets ?
D : La question est complexe et en Russie aussi on trouve des versions de cette vision. Les milieux artistiques et militants russes critiquent la Russie de Poutine, les dictatures voisines ou la tradition de l’impérialisme américain mais dans le même temps, s’efforcent de mythifier et de blanchir l’Union soviétique. Les gauchistes russes continuent de défendre le projet soviétique sans le critiquer et leur vénération pour les idées de l’URSS est un problème majeur, car elle n’inclut pas les perspectives décoloniales.
Les artistes et militant·es décoloniaux·ales travaillent sur des thèmes complexes, montrant ce qu’était réellement cette « fraternité des peuples ». Illes racontent des histoires familiales de génocide, de torture, de déportation, de répression et de racisme structurel. Les anarchistes ont toujours critiqué le projet soviétique, se souvenant de la répression et des fondements sur lesquels reposait son « égalité », à vrai dire décorative. Emma Goldman1 et d’autres anarchistes de part le monde ont immédiatement critiqué ce qu’ils voyaient en URSS.
Bref, j’espère qu’aujourd’hui, nous allons démystifier le projet soviétique…

Je suis originaire de l’ouest de la Bouriatie, où je faisais partie de la scène artistique. Je suis partie pour Saint-Pétersbourg parce que le contexte politique ne me satisfaisait pas. Là-bas, j’ai participé à plusieurs projets collectifs avec un groupe affinitaire. On ouvrait des lieux collectifs dans lesquels on vivait et travaillait, sur des principes anarchistes. Depuis 2018, il y a eu deux maisons collectives. L’une d’elles a fermé à cause du FSB, la seconde avec le début de la guerre en Ukraine. On s’est dissouts parce que nos activités n’étaient plus possibles dans le contexte de la guerre.
On a eu un grand bâtiment industriel en ville. C’était un lieu animé avec des espaces ouverts où on organisait des spectacles, des débats, des expos ou des raves. C’était notre zone culturelle autonome, on ne coopérait ni avec l’État ni avec les institutions. On fonctionnait avec des dons, de sorte que la communauté devait subvenir à ses propres besoins sans être affiliée a des structures oligarchiques locales ni à des fonds étrangers.
Parmi tous les projets qui se sont développés là bas, le principal était la coopération transrégionale avec des collectifs similaires au notre. On accueillait des résidences transrégionales et internationales pour des militant·es, des chercheurs·euses et des artistes et comme ça, des personnes d’autres régions pouvaient venir et organiser des événements. L’un de nos projets a été de cartographier et mettre en relation les communautés de l’espace post-soviétique, afin qu’une personne souhaitant par exemple se rendre au Kazakhstan pour mener des recherches sur le genre puisse trouver des personnes partageant les mêmes idées, rejoindre une communauté et éviter de tomber dans les institutions libérales. Mais ce projet a également dû prendre fin avec la guerre. Donc, je m’intéressais à la théorie et à la pratique de l’auto-organisation et à la manière de créer des liens et des relations… Voilà, je suis une personne d’infrastructures… Quelle blague de bolchevique !
LFC : Dans quelle mesure la scène artistique russe est-elle politisée et subit-elle la répression ?
D : Eh bien, il y a dix ans, en Sibérie et dans les régions en général2, il était difficile d’avoir une réflexion politique dans le milieu artistique, à l’exception de rares personnes ou collectifs. Dans les régions centrales (ouest de la Russie), nous critiquions la coopération avec le gouvernement, le greenwashing, etc. Dans les régions orientales, le milieu artistique lutte pour survivre. Les artistes y sont marginalisés et manquent de soutien. Il est donc souvent impossible de créer des espaces critiques et la plupart des artistes y sont donc dépolitisé·es. La critique régionale dans les communautés artistiques n’a commencé à émerger que dans les années qui ont précédé la guerre à grande échelle. Nous avons participé à des conférences régionales sur l’extraction colonialiste des ressources dans les régions, et sur l’implication des artistes et des résidences d’artistes. Par exemple une entreprise monopolistique qui exploitait du nickel et causait des catastrophes environnementales a mis en place des résidences d’artistes sur les sites miniers afin que des artistes et des festivals d’art viennent s’y installer, et détournent ainsi l’attention des réels problèmes causés par cette entreprise. Mais aujourd’hui, avec la guerre, il n’est plus possible de critiquer publiquement ces alliances.
À mon arrivée dans l’ouest de la Russie, il me semblait que Saint-Pétersbourg et Moscou étaient des lieux bouillonnants d’art politique, et il m’a fallu des années pour comprendre qu’il ne s’agissait que d’une mascarade orchestrée par des hipsters issu·es de familles privilégiées. À Saint-Pétersbourg, nous disposions d’une infrastructure commune où nous pouvions nous rencontrer, développer notre théorie et notre pratique, construire des approches interdisciplinaires, être plus visibles. On voulait rassembler des personnes qui ne faisaient pas encore partie de notre scène anarchiste ou d’extrême-gauche, mais qui avaient la volonté de participer à des projets anti-autoritaires clairement articulés. On avait l’idée de politiser la communauté techno, comme les hacker·euses qui traînaient avec nous et si on ouvrait un atelier de danse, alors ça devait être un atelier de danse politisé, pas seulement des gens allongés par terre en collants. C’était en quelque sorte le ciment qui maintenait nos espaces ensemble. Bien sûr, du point de vue de la scène artistique libérale, c’était marginal. On ne voulait pas ressembler à des anarchistes biberonnés par des fonds allemands comme la moitié de l’activisme artistique financé par Die Linke3, qui est associé à des mouvements de gauche pro-Kremlin. On était radicalement contre ça. Il est clair qu’il existait une grande branche d’art contestataire libérale, mais on n’avait pas grand-chose en commun avec eux, à l’exception d’actions ponctuelles quand il était nécessaire de montrer notre solidarité avec certaines causes, comme des manifestations écologistes.
La police nous surveillait constamment, les flics traînaient toujours dans les parages. On était obligé·es de vérifier qui venait à nos événements. Il y a eu quelques descentes et le FSB a mis le lieu sur écoute, ce qui n’arrivait jamais aux lieux plus libéraux.
LFC : Tu fais partie du Media Resistance Group, qui dirige des enquêtes autour de l’impérialisme russe. Comment ce projet est-il né ?
D : J’ai quitté la Russie quelques mois avant la guerre. J’organisais une conférence sur les politiques d’auto-organisation dans l’espace post-soviétique, mais la guerre a éclaté et… ça a perdu sa pertinence. La conférence a tout de même eu lieu et nous avons mis sur pied une infrastructure d’aide à l’Ukraine. C’est ainsi qu’est né le collectif Media-Resistance, un groupe d’affinité anarchiste queer qui lutte contre l’impérialisme russe.
En lisant les chaînes ukrainiennes, nous avons compris qu’il y avait un vide d’information en Russie, car même les grands médias libéraux ne diffusaient pas d’informations sur les événements militaires en cours, alors qu’il y avait 100 nouvelles par jour. Au début, Media Resistance était donc une chaîne Telegram qui diffusait les nouvelles ukrainiennes directement au public russe. Nous examinions les informations sur les tirs de missiles, le type de munitions utilisées et ce qui se passait en Ukraine. L’un de nos principaux objectifs était de mener une campagne de boycott économique4 contre les entreprises internationales qui travaillaient en Russie. Notre thèse principale était que toutes les ressources investies en Russie soutenaient la guerre. Nous étions en faveur d’un embargo économique et énergétique total, afin que les entreprises cessent de fonctionner et nous avons proposé de mener des actions dans différents pays pour exposer et dénoncer les liens de la Russie avec certaines entreprises. Nous défendions une action globale et non strictement anarchiste.
L’une de nos campagnes réussie a été menée contre EutelSat5, une entreprise française de satellites qui diffusait la propagande de Poutine dans les régions d’où proviennent les jeunes hommes appelés à rejoindre l’armée. Toute la propagande de Poutine passait par des satellites français. Nous avons organisé des actions publiques et des boycotts à Paris. Le Comité Diderot6, un groupe de vieux libéraux, vous savez, des grands-pères avec des vestes à la mode, s’est joint à nous. Nous les avons rencontrés par hasard, ils étaient indignés par le fait que la France continue de servir la Russie, nos objectifs coïncidaient. Après cette campagne7, EutelSat a cessé de diffuser en Russie.
Des magasins Ашана8 et Горошко Бандюэль9, nous sommes passé·es aux machines-outils allemandes, à Siemens, aux trains, etc. Au départ, il s’agissait d’une campagne d’information, mais finalement, nous avons envoyé des lettres à toutes ces grandes entreprises pour leur dire qu’elles soutenaient la guerre, dans l’espoir de les forcer à nommer les choses par leur vrai nom, sans détours, comme l’a fait Volkswagen10 par exemple. Nous avons essayé d’influencer l’opinion publique par l’intermédiaire de ces grandes entreprises transnationales. IKEA n’a pas quitté la Russie pendant de nombreux mois par exemple. À l’époque, il était généralement difficile de faire appeller cette guerre une guerre par ces entreprises11, et nous pensions que, si IKEA appelait la guerre par son nom et faisait une déclaration en quittant la Russie, cela aurait au moins un impact sur les personnes qui travaillent pour elle, ce qui ferait bouger les choses d’une manière ou d’une autre. Cela peut sembler drôle et étrange aujourd’hui, mais au cours des six premiers mois de la guerre, il semblait important d’appeler les choses par leur nom, car le gouvernement avait interdit les médias indépendants, paralysé leur travail, introduit une terminologie et une rhétorique spéciales, qui avaient un impact très fort sur la formation des opinions12.
LFC : Vous avez aussi collecté des fonds pour l’Ukraine, dès 2022 ou cela a pris plus de temps ?
D : Dés le début de l’invasion à grande échelle, nous nous sommes souvenu·es que déjà en 2014, le mouvement anarchiste s’était divisé sur le soutien à l’Ukraine, la moitié, enfin, la plupart, ne considérant pas cela comme une lutte de libération nationale et ne cherchant pas à soutenir la défense territoriale13. Pire encore, certains mouvements de gauche croyaient en la lutte de libération des séparatistes dans l’est de l’Ukraine. En 2022, le discours pacifiste et son « Nous sommes pour la paix » était toujours très populaire et même les anarchistes, mis à part Solidarity Collective, ne soutenaient pas la résistance armée, ne collectaient pas de dons, ne jugeaient pas nécessaire d’envoyer de l’argent aux forces armées ukrainiennes donc notre position de soutien à l’armée ukrainienne n’était pas du tout populaire. Mais notre équipe n’avait aucun doute. On était ensevelis par toutes ces conneries pacifistes. Même Silvia Federici, une féministe marxiste bien connue, a fait cette déclaration, « Nous sommes pour la paix », avec toutes ces féministes européennes privilégiées…14 C’était complètement inapproprié dans ce contexte. De ce constat, je pense que nos opinions se sont radicalisées.
On a commencé à faire des dons pour des initiatives non-offensives, comme l’envoi de voitures en Ukraine via la Pologne. Nous avons également fait des dons par l’intermédiaire de contacts du monde artistique, des personnes ou groupes que je connaissais directement, comme le FreeFilmerscollectif 15 qui a réalisé des films sur Marioupol.
Ensuite j’ai trouvé les coordonnées d’un camarade anarchiste qui faisait partie d’un réseau qui recueillait des demandes d’aide notamment de personnes qui étaient responsables d’une unité militaire. Par l’intermédiaire de personnes de confiance, j’ai contacté les commandants des compagnies d’assaut et le gars m’a dit « nous n’avons pas d’imagerie thermique » ou « nous devons former une personne à l’usage des drones ». C’était très étrange parce qu’il est clair qu’en temps de paix, nous n’avons rien en commun avec ces types à qui j’écrivais chaque matin pour savoir s’ils étaient en vie. Mais à ce moment-là, c’étaient les contacts les plus importants, ceux avec lesquels j’étais constamment en communication. C’est là le fossé, vous voyez ? Une rupture émotionnelle… Je ne peux pas dormir à côté du commandant en chef de la compagnie des Stormtroopers, c’est évident, non ? Mais pendant la guerre, je me réveillais le matin et comme si c’était mon fils, j’écrivais à ce type parce que je me demandais où il pouvait être… Nous avons décidé de soutenir directement les forces armées ukrainiennes. C’est qu’il n’y avait pas de bataillons anarchistes, donc on a collecté des médicaments essentiels, des drones et des imageurs thermiques pour des bataillons ordinaires des forces armées ukrainiennes.
Notre groupe a ensuite commencé à travailler sur le complexe militaro-industriel russe. L’objectif était de déterminer quelles entreprises occidentales étaient impliquées et lui permettaient de fonctionner. Nous avons créé un site web, antimilitary.network, où nous avons essayé de consigner tout cela, les entreprises et leurs rôles spécifiques, ainsi qu’un ensemble d’informations destiné à mobiliser les militants occidentaux pour qu’ils organisent des campagnes locales de boycott. Si la France ne soutient pas cette guerre, pourquoi les entreprises françaises continuent-elles de servir le complexe militaro-industriel russe ? En examinant les possibilités d’intervention, les Autrichiens et les Allemands pouvaient agir sur les entreprises qui fournissaient des composants pour les drones par exemple16.
LFC : Avez-vous vous-même effectué le travail d’identification de ces entreprises, ou vous êtes-vous tournés vers vos camarades internationaux pour réunir ces informations ?
D : Cette synthèse s’appuie principalement sur des sources ouvertes. Il existe beaucoup d’informations disponibles sur la production de missiles, la guerre électronique, le renseignement… Sur les sites web des entreprises liées au ministère de la Défense, vous pouvez trouver les données à analyser. Dans les médias libéraux, il existe aussi de nombreuses enquêtes très médiatisées. Les instituts de recherche militaire américains ont par exemple décrit le drone Shahed17. Il est composé de puces étrangères, et seul le boîtier extérieur est fabriqué en Russie. La tâche consistait donc à rassembler toutes les informations disponibles et à les trier par pays.
En 2022, une partie de notre groupe s’est rendue au camp de jeunesse de la Quatrième Internationale18. Même si j’ai une attitude très négative et distante envers les gauchistes, nous y sommes allé·es pour lancer des discussions sur le soutien militaire systématique à l’Ukraine et à ses forces armées. Et pour démystifier le projet soviétique. Là-bas, nous avons compris que les gens ne se posaient pas du tout la question du colonialisme russe. La majorité des gens présents ne soutenaient pas l’Ukraine, mais quelques personnes nous ont approchés pour nous demander des conseils spécifiques. Par exemple, les Italien·nes ont demandé une liste des entreprises italiennes à boycotter. J’ai réalisé que tant que nous n’aurions pas créé une sorte de cartographie, nous nous contenterions de discuter entre nous de la nécessité de résister, de la nécessité de soutenir, puis nous nous taperions dans le dos amicalement, et cela s’arrêterait là. Ça a rendu encore plus évidente la nécessité de cette base de données à laquelle nous travaillions.
Au camp de la QI, nous avons pris la parole lors de nombreuses conférences, sur la campagne de boycott économique, en collaboration avec nos ami·es ukrainien·nes et afin de trouver un langage commun pour convaincre les militant·es européen·nes de soutenir la résistance armée de l’Ukraine. Mais tout cela s’est mal terminé, car les anticapitalistes espagnol·es ont bloqué la résolution en faveur de l’armement de l’Ukraine. Il est clair que la Quatrième Internationale ne décide de rien, mais leur conclusion a tout de même été de ne pas soutenir l’armement des forces armées ukrainiennes.
Les résultats de la campagne de boycott internationale ont été médiocres car nous n’avions pas la capacité de rencontrer des groupes internationaux et de promouvoir nos idées. L’action la plus réussie a été menée en France contre EutelSat. Il était nécessaire d’être présent·e en Europe pour établir des contacts avec les groupes locaux afin de rendre visible la présence du capital russe, de l’influence russe et d’amener les gens à en parler. Le site antimilitary.network constitue une base plus que suffisante pour les activités militantes, car un grand nombre d’entreprises y sont répertoriées et les informations collectées peuvent être utilisées.
Toutefois, la collecte et la publication de ces données sur le complexe militaro-industriel ne sont pas seulement un guide d’actions. Il a fallu déterminer via quels pays les composants étaient livrés à la Russie. Cela a déplacé notre analyse vers l’influence néocoloniale de la Russie sur les anciennes républiques soviétiques, ce qui a considérablement influencé notre ligne de conduite en tant que groupe19.
Nous avons donc observé les itinéraires suivis par les composants destinés au complexe militaro-industriel russe (en russe : Oboronno-Promychlenny Kompleks, ОПК) . Et nous avons réalisé que les flux en provenance de France, d’Allemagne, d’Italie ou des Pays-Bas s’étaient réorganisés via l’Asie pour contourner les sanctions, et que des biens à double usage20 commençaient à passer par les pays post-soviétiques. En se demandant quelle est la pression exercée sur le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, l’Arménie, le Kazakhstan, la Géorgie, l’Azerbaïdjan, notre attention s’est portée sur la nature coloniale de la guerre.
Ce n’est pas que nous ayons soudainement compris que le colonialisme russe existait, notre groupe, de part sa composition, avait déjà une approche décoloniale et ça a toujours été un de nos objectif principaux. Nous avions d’ailleurs commencé nos activités en publiant un texte qui disait justement que les guerres de Tchétchénie21 étaient un bastion du pouvoir colonial poutinien. Dans les réunions avec des militant·es occidentaux·ales, nous avons constamment dû défendre le fait que la guerre en Ukraine est avant tout une guerre coloniale. Et nous avons toujours dû nous battre contre ces mythes occidentaux selon lesquels le projet soviétique était une sorte de projet communiste et socialiste couronné de succès, car très peu de gens sont aux faits de la diversité des groupes ethniques au sein de la Russie et des nettoyages ethniques qu’ils ont subit. Il nous fallait systématiquement insister sur le fait que les conscrits d’aujourd’hui sont les victimes d’un génocide ethnique, car la plupart d’entre eux ne sont pas blancs, ne viennent pas de Moscou ni de Saint-Pétersbourg, mais sont issus de peuples autochtones. Nous avons toujours accordé une grande attention à cela, en soutenant les protestations décoloniales tant à l’intérieur de la Russie qu’à l’extérieur dans les diasporas radicales.
L’une des thèses de Media Resistance est que tant que la Russie restera monolithique, elle restera une menace pour les territoires ex-soviétiques voisins, qu’il s’agisse de la Tchétchénie, de l’Ukraine, de l’Arménie, de la Géorgie, etc. Nous avons toujours soutenu que seul l’effondrement complet de la Fédération de Russie rendra aux peuples leurs droits à l’autodétermination, à l’autonomie culturelle et juridique. Le mouvement décolonial est le seul mouvement politique auquel nous adhérons. Depuis le début de l’invasion, les canaux et leaders décoloniaux ont pris de l’importance en Russie. Leur position est : « Nous ne sommes pas russes, nous voulons l’indépendance ». Nous avons suivi cela de très près et avons estimé qu’il s’agissait de la seule force politique réelle susceptible de mener à la démilitarisation de la Fédération de Russie.
LFC : Quels sont les groupes décoloniaux qui ont pris de l’ampleur depuis le début de la guerre ?
D : Eh bien, il y en a beaucoup, un nombre considérable. Beaucoup d’entre eux sont issus des minorités centre asiatiques, comme Free Buryatia22 ou Indigenous Peoples23 par exemple. Il s’agissait principalement de diasporas qui avaient quitté le pays et avaient la possibilité de s’exprimer depuis un autre endroit, comme les États-Unis ou l’Europe, car la répression était sévère à l’intérieur du pays. Mais de nombreux groupes sont également restés en Russie et ont essayé de rassembler des alliés. Un grand nombre de chaînes sont apparues, qui se consacraient au développement des langues autochtones. Il ne s’agissait pas de groupes politisés actifs cherchant à renverser le gouvernement, mais plutôt d’un mouvement visant à se distancier de la culture russe.
Certains groupes ont mis en place des organisations de soutien pour les peuples mongols ou turcophones, par exemple en aidant les Bouriates à échapper à la mobilisation dans l’armée russe. Les gens se sont regroupés sur la base de leur langue ou de leur religion, et ceux qui se trouvaient à New York ont acheté des bus pour emmener des personnes en Mongolie, par exemple. En d’autres termes, d’énormes initiatives de solidarité se sont formées sous nos yeux. Les personnes qui étaient déjà dans une situation stable ont simplement organisé des voies d’évasion afin que leurs proches ne soient pas mobilisés. Après cela, bien sûr, le mouvement décolonial a connu un essor considérable en Russie. Evidemment, il subit une forte répression, mais les idées circulent à l’intérieur et au-delà de la Russie, dans les diasporas.
J’aimerais aussi mentionner le projet Feminist Translocalities24. C’est un groupe très important dans la construction des idées décoloniales post-soviétiques et auquel participe Vika Kravtsova ; le projet est issu de ses recherches de master. Elle a rassemblé, dans un cadre universitaire, de nombreuses informations sur les mouvements décoloniaux dans le territoire post-soviétique. Elle est la créatrice idéologique de cette initiative, mais aujourd’hui, celle-ci est bien sûr gérée par un large groupe de soutien.
Nous avons publié ensemble un manifeste décolonial25 le premier jour de la guerre. Et nous avons organisé deux importants camps militants, l’un à Oufa en 2021, l’autre en 2022 à Tskaltubo, en Géorgie. Nous avons créé une résidence internationale. Il s’agissait d’une résidence multiethnique, où des féministes venues de Biélorussie, d’Ukraine, de Yakoutie, du Kazakhstan, du Kirghizistan, d’Ouzbékistan, du Bachkortostan, d’Arménie, d’Azerbaïdjan se sont retrouvées. Nous avons toutes fait connaissance et formé un réseau de solidarité. C’est une chose très importante, qui recoud le champ post-soviétique meurtri, où règne un flou général en matière de solidarité et d’entraide décoloniales.
Mais nous devons rester prudentes, car d’une manière générale, en observant les mouvements décoloniaux pendant la guerre, il est apparu qu’ils étaient… imités par des stratèges politiques du Kremlin ou par des groupes politiques qui doivent être considérés avec suspicion.
LFC : Quelles recherches le Media Resistance Group mène-t-il à ce sujet, sur la manière dont certains individus ou « groupes obscurs », comme vous venez de le mentionner, ont infiltré le mouvement décolonial ?
D : Eh bien, de nombreux faux mouvements décoloniaux fabriqués de toutes pièces sont apparus. Avec l’aide d’un programmeur, j’ai commencé à les analyser à travers leurs canaux Telegram pour identifier leurs connexions, leur infrastructure, ce à quoi ils font référence et comment ils sont connectés. C’est ainsi que j’ai découvert certains stratèges politiques qui infiltraient les mouvements de gauche en Russie depuis des années et collaboraient activement avec la droite.
J’ai commencé ce travail en 2022-2023, et, étonnamment, ce réseau reliait et copiait également des chaînes pseudo-anarchistes. Leurs objectifs était à la fois de criminaliser le mouvement anarchiste, en incitant les gens à commettre des incendies criminels afin de présenter les militants décoloniaux et les représentants des diasporas comme des auteurs d’actes terroristes, en bref criminaliser l’émergence du mouvement décolonial en Russie.
C’est sur cette base qu’a été créé le Forum des peuples libres de la post-Russie26, supervisé par le célèbre homme politique Iliya Ponomarev27, qui est censé soutenir l’Ukraine, ce qui n’est bien sûr pas vrai. Le forum promouvait les idées de décolonisation, tout en étant mené par des nationalistes russes. Des informations ont fuité dans les médias selon lesquelles des agents du Kremlin auraient participé à ces forums. Par exemple, une fille qui participait au forum a vécu pendant de nombreuses années sous couverture aux États-Unis, et elle a récemment été dénoncée pour ses liens avec le FSB28. La structure organisationnelle du forum est globalement composée de crapules et de nazis. Par exemple, le bras droit de Ponomarev et membre influent du Forum est Alexey Baranovsky, un néonazi russe29. Baranovsky était un ami des meurtriers et témoin clé de la défense dans l’affaire Baburov et Markelov30. Ponomarev dit donc : « Je suis antifasciste et je lutte contre le colonialisme russe », mais son bras droit est un néo-nazi… Quoi qu’il en soit, certains militants décoloniaux et des gens normaux qui ne comprenaient pas le personnage Ponomarev se sont retrouvés pris dans ces forums de merde. Je pense que l’objectif était d’infiltrer le mouvement décolonial à l’aide d’anciens agents du Kremlin. Nous ne savons pas pour qui travaille Ponomarev, mais ce qui est certain c’est que ses activités ne profitent pas au véritable mouvement décolonial.
Dans le même temps, au cours de la première année et demie, Ilyya Ponomarev a activement promu son projet central, la Légion « Liberté de la Russie »31. Mais lorsque j’ai demandé aux Ukrainiens des forces armées s’ils avaient entendu parler de ce bataillon, ils ont ri en disant que non. À cette époque, il ne s’agissait que d’un étrange projet médiatique soutenu par de fausses vidéos, probablement tournées quelque part dans les territoires occupés. Au fil du temps, les confirmations de leur existence se sont multipliées. Mais alors que les bataillons tchétchènes et géorgiens qui se battent depuis longtemps pour l’Ukraine ont des positions très claires, l’histoire et les positions de ces bataillons russes restent relativement troubles. Tout autant que celle d’Ilya Ponomarev, si ce n’est que tout ce qu’il fait relève du théâtre politique. Soit dit en passant, il a également tenté de squatter le « Corps des volontaires russes »32 qui, par la suite a déclaré qu’il ne soutenait pas Ponomarev et ne collaborait pas avec lui…

Face à la multitude de groupes se réclamant du mouvement décolonial, et aux chemins très divers qu’ils empruntent, nous avons mené une enquête intitulée РАСПАД33 , basée sur l’étude de chaînes Telegram. Nous voulions développer une méthodologie permettant de réduire le sentiment de désorientation face au flux constant d’informations sur ces channels et surtout nous voulions cartographier le mouvement décolonial en Russie afin d’analyser et faire apparaître des tendances susceptibles de prévenir leur répression.
Il était évident que les leaders des mouvements décoloniaux seraient victimes de persécutions politiques… L’analyse du modèle des technologies politiques du Kremlin devait nous permettre d’avertir les militants de ce qui pouvait leur arriver, c’est à dire comment les autorités pouvaient les criminaliser en les présentant comme des simples nationalistes marginaux motivés par la violence. Nous avons donc invité lesmilitant•e•s à mettre à distance Ponomarev de leurs propres organisations. Peu après la publication de notre étude, la répression contre ces militants s’est effectivement accrue et a débouché sur une grande vague d’arrestations. Les protestations ont été totalement neutralisées, et seules les manifestations au Daghestan34 et au Bachkortostan35 ont été remarquées. La répression a été féroce, à l’exemple du procès Baymak36.

LFC : Le mouvement décolonial bénéficie-t-il du soutien d’autres groupes politiques en Russie ?
D : Eh bien, ni la gauche ni les libéraux ne s’y intéressent. Pour les gauchistes, l’effondrement du pays signifie qu’il sera impossible de le gérer dans son ensemble, la gauche veut gouverner et ne veut pas partager le pouvoir. Et pour les libéraux, ça signifierait l’effondrement de toutes leurs sphères d’influence. Seuls certains groupes féministes et anarchistes sont solidaires du mouvement décolonial… Et, en fait, les anarchistes qui sont restés en Russie et qui soutiennent la décolonisation constituent un mouvement tellement marginal qu’il n’a aucune influence statistique.
C’est vraiment regrettable que la gauche ne soutienne pas le mouvement décolonial. Mais il faut comprendre que ça signifierait reconnaître les déportations ethniques, les purges et les génocides commis pendant l’Union soviétique. Et comme les organisations de gauche existantes sont héritières des idées staliniennes, elles soutiennent toutes l’idéologie du projet soviétique en insistant sur le mythe de l’amitié entre les peuples… La décolonisation détruit leur ontologie.
Voilà, je pense qu’on peut en rester là pour ce qui est du climat politique en Russie. On pourrait juste écrire « La Russie est un trou noir politique » et l’analyse serait bouclée. Le mouvement décolonial ou l’activité en Sakartvelo37 sont des points qui m’intéressent bien plus.
LFC : En ce moment, tu vis en Géorgie et tu travailles sur les infrastructures du complexe militaire russe. Qu’observe-tu de l’influence russe ?
D : L’impact des infrastructures militaires russes sur le territoire géorgien devient évident si l’on regarde l’histoire de l’occupation du pays. La Russie et la Géorgie ont connu deux guerres, dans les régions d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud38. Ce que l’on appelle depuis autonomie n’est qu’une ingérence russe, fruit d’une stratégie identique que celle employée dans le Donbass et ailleurs en Ukraine. La guerre de cinq jours d’août 2008 a laissé une empreinte fondamentale sur l’identité géorgienne et la grande majorité de la population vit dans la crainte de l’occupation russe. Le pays est malheureusement très proche de la Russie et on y ressent constamment les effets de cette proximité, tant dans les sphères publiques que militaires. La Russie moderne est imprégnée de revanchisme et ne pardonne pas aux anciennes républiques soviétiques leur autonomie. Elle fait donc pression sur elles, politiquement, économiquement et militairement. En Moldavie, en Arménie, en Géorgie et dans tous les territoires anciennement sous son contrôle, la Russie a créé des partis et des groupes politiques pour exercer cette pression39. Depuis l’invasion de l’Ukraine, les craintes d’une attaque russe se font plus fortes. Et si le pays a été contraint de ne pas se joindre aux sanctions européennes car il craignait les menaces Russes ou un blocus économique, le peuple géorgien éprouve une immense solidarité envers le peuple ukrainien, qui s’est notamment manifesté lors de grands rassemblements mais aussi par le nombre de volontaires géorgiens partis combattre en Ukraine40.
En réalité, le gouvernement actuel et le parti au pouvoir, le Rêve géorgien41, ne sont apparus qu’il y a quelques années. Il s’agit d’une oligarchie pro-russe fondée et toujours dirigée officieusement par le milliardaire Bidzina Ivanichvili. Au cours des deux dernières années, de nombreuses lois répressives copiées sur la législation russe ont été adoptées. Toutes défendent les intérêts du Kremlin42. Les organisations indépendantes, bénévoles, les centres de crise, les organisations de soutien qui font le travail de l’État sur le terrain ont toutes vues leur financements interdits. En réponse, les manifestations contre le gouvernement ont été massives et aujourd’hui, au 201e jour, elles ont atteint l’avenue Rustaveli43.
LFC : Quelle a été la position et l’implication du Media Resistance Group dans le mouvement actuel ou, plus généralement, dans les luttes en Géorgie ?
D : Nous nous sommes concentré·es sur l’activité militaire russe autour des territoires occupés et des zones frontalières. On ne pouvait pas mener les analyses nous même dans ces zones donc on a cherché des experts locaux et on a trouvé Davit Katsarava44. On a d’abord réalisé une vidéo avec lui, et puis c’est devenu un film.
On a commencé cette enquête en supposant que l’Ukraine était loin d’être la seule cible de Poutine et en allant sur le terrain avec Katsarava nos soupçons se sont confirmés. Depuis la guerre de 2008, la Russie a construit une infrastructure solide qui lui permet d’acheminer des chars très rapidement. Il y a 72 militaires dans les zones frontalières. Les violations de la frontière sont continues et son tracé change constamment. Les Géorgien·nes sont intimidé·es, des gens sont enlevé·es et torturé·es45, les exercices militaires s’intensifient, des tranchées et des abris sont construits, des équipements de renseignement et de guerre électronique sont installés46.

L’objectif de la Russie est de terroriser tous les territoires qui lui sont frontaliers et la Géorgie est une cible pour prendre sa revanche géopolitique si elle échoue en Ukraine. Aussi, elle exerce sur elle cette pression physique et psychologique effrayante depuis l’extérieur en plus de mettre en place le système politique dont elle a besoin à l’intérieur47.
Les manifestations sont réprimées et tous les militant·es et personnalités politiques sont convoqué·es devant les tribunaux pour avoir fait des posts sur Facebook contre le gouvernement. Il a été annoncé qu’illes seraient soit placé·es en détention provisoire, soit condamnés à une amende. L’amende minimale pour avoir bloqué la route lors d’un rassemblement est de 5 000 lari, ça représente plus de 1 500 dollars soit près de quatre mois de salaire. Cette forme de répression a commencé au moment où le pouvoir a commencé à installer de nombreuses caméras, après l’adoption de la loi et le début des rassemblements de masse devant l’administration présidentielle. Ils mettent en place une infrastructure de surveillance et de répression numérique ainsi que des protocoles de contrôle basés sur des logiciels russes. Le pays se voit imposer toutes les technologies du pouvoir du Kremlin. Malgré cela, à Tbilissi, le drapeau russe est brûlé lors des rassemblements. Les manifestations géorgiennes ont considérablement évolué, les manifestants ne montrent plus leur visage et scandent des slogans contre la Russie et contre les oligarques48.
LFC : As-tu des observations à faire sur les activités de la gauche en Géorgie ?, utilisent-ils des méthodes de lutte particulières, s’ils considèrent ces manifestations comme efficaces ?
D : Je ne suis pas experte des manifestations géorgiennes, car je n’y participe pas directement. Les Russes ne peuvent pas prendre part à des manifestations sans se faire remarquer, donc notre participation est minime. Les militant·es qui agissent publiquement ne sont pas autorisé·es à entrer dans le pays, d’autres sont accusé·es de possession de drogue… Il faut donc choisir entre travailler chez soi ou courir partout avec des chiffons sur la tête lors des rassemblements. Ma situation personnelle m’a poussée à choisir la première option.
Les manifestations étudiantes se radicalisent et les gens comprennent de mieux en mieux l’étendue de l’influence de la Russie. Les personnes, LGBT, etc. sont criminalisées, leur participation active les expose donc à une répression directe. Toutes les occurrences de la marche des fiertés de ces dernières années se sont très mal terminées et la date a été remplacée par la journée de la pureté de la famille49. Il n’y a pas vraiment ici de gauche populaire, formalisée, mais il y a une aile libérale pro-européenne formelle. Et beaucoup de traditionalistes, bien sûr. Les gens ne descendent pas dans la rue en fonction des lignes politiques des partis mais plutôt grâce à une sorte d’émotion collective et de la tendance du peuple géorgien à s’unir et à s’opposer à des circonstances répressives. L’opposition institutionnelle n’a pas vraiment de programme, ce qui est surprenant. Mais il existe un corps collectif de solidarité, cela ne fait aucun doute.
Il est possible qu’il existe des groupes anarchistes clandestins, que je ne connais pas, qui discutent de ce qui se passera si la Russie finit par occuper la Géorgie, et de ce qu’il faut faire pour éviter ça ou pour s’y préparer. Mais l’opposition visible qui descend dans la rue pour manifester et les partis officiels ne proposent aucune analyse de ce qui va se passer. Davit Katsarava est l’une des rares personnes à comprendre le contexte et à « appeler un chat un chat ». Vous voyez, les personnes qui ont parlé ouvertement de cela croupissent en prison, comme Ucha Abashidze50 ou Saakashvili51. Ce n’est que très récemment que le grand public a pris conscience que le parti au pouvoir, Rêve géorgien, est en réalité le bras armé du Kremlin et que son slogan électoral « Vers l’Europe, uniquement avec la paix, la dignité et la prospérité » signifiait dans sa langue « ne provoquez pas votre grand frère » (la Russie). Malgré le fait que la présence et l’influence de la Russie étaient connues de tous, jusque là aucun parti d’opposition ne disait ouvertement ces choses et encore aujourd’hui ils ont tous peur de perdre le peu qu’ils ont.
Tant que la Russie restera telle que nous la connaissons, elle menera une politique revancharde et expansionniste52 qui constituera toujours une menace pour ses voisins. Nous avons besoin de projets politiques alternatifs, qui doivent être fondés sur des perspectives décoloniales.
Les travaux de Media Resistance Group peuvent être consultés sur les pages suivantes :
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« Malgré toutes ses sympathies politiques pour les bolcheviks, ses observations approfondies et ses rencontres personnelles avec les acteurs de la révolution russe au cours des deux années passées en exil ont abouti à la publication des livres « My Disillusionment in Russia.» (Goldman, 1923) et « My Further Disillusionment in Russia. » (Goldman, 1924), dont la publication et l’étude en URSS n’étaient pas possibles en raison du rejet catégorique par l’auteur des objectifs et des méthodes autoritaires du bolchevisme auxquels elle avait été confrontée l’autrice dans la pratique. » Traduit de akrateia.info ↩︎
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Les subdivisions administratives de la Russie sont complexes et sont nées de l’agglomération de territoires très différents lors de la longue histoire impériale du pays. La fédération de Russie est aujourd’hui divisée en 89 sujets égaux en droits, mais dont la construction politique peut différer de beaucoup. 24 républiques, 9 kraïs, 48 oblasts (régions), 3 villes d’importance fédérale (si l’on compte Sébastopol), 1 oblast autonome et 4 districts autonomes. ↩︎
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Die Linke est un parti de la gauche allemande, le parti le plus a gauche représenté au Bundestag. Suite à l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie,la gauche allemande s’est divisée sur le soutien militaire à l’Ukraine et sur les sanctions appliquées à la Russie. En effet, on peut voir qu’en 2022, Die Linke soutient la possibilité d’une résolution des conflits par les seules sanctions, refusant le soutien militaire à l’Ukraine. Tandis que l’ancienne co-présidente du parti, Sahra Wagenknecht, a quitté Die Linke en octobre 2023 pour créer le Bündnis Sahra Wagenknecht [Alliance Sahra Wagenknecht], sur fond de son soutien à la politique étrangère de Vladimir Poutine mais également pour ses positions anti-immigration. Tandis que le nouveau partie de Sahra Wagenknecht peine, bien heureusement, a obtenir le moindre siège au parlement, Die Linke a quant à lui repris du poil de la bête lors des dernières éléctions. Sur son site internet, die Linke déclare en 2026 : « [Nous critiquons] la politique de Poutine, qu’il s’agisse du recul massif de la démocratie en Russie ou du rôle de la Russie dans les conflits internationaux comme en Syrie ou en Ukraine. Auparavant, nous avons sous-estimé le degré d’agressivité et la volonté du gouvernement russe de mener une guerre d’agression et d’envahir un pays voisin. Nous faisons notre autocritique sur ces erreurs d’appréciation. », tout en maintenant ses positions concernant les livraisons d’armes en Ukraine : « L’augmentation des livraisons d’armes à l’Ukraine peut accroître le risque d’escalade. Il faut sortir de la logique militaire, éviter de tomber dans une spirale d’armement et faire pression pour favoriser la diplomatie et les négociations. Nous défendons une politique qui défend la démocratie, la paix et le droit international par des moyens civils. Au lieu de livrer toujours plus d’armes dans une guerre d’usure qui dure depuis déjà trop longtemps et d’accepter le risque d’une nouvelle escalade, il faut enfin exploiter pleinement les possibilités non militaires. » (consulté le 27 février 2026). ↩︎
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Vous pouvez trouver l’appel à ce boycott sur syg.ma et sur defundrussiaswar.org ↩︎
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Le groupe Eutelsat, dont le siège est situé en France, est le troisième opérateur de satellites au monde en termes de chiffre d’affaires. Il fournit une couverture sur l’ensemble du continent européen, le Moyen-Orient, l’Afrique, l’Asie et une partie du continent américain. Les satellites d’Eutelsat ont diffusé les principales chaînes de télévision russe NTV, Rossiya 1 et Pervyi Kanal auprès de 15 millions de foyers russes, ainsi que dans les territoires ukrainiens occupés, se faisant le relais de la propagande guerrière du Kremlin dans des régions majoritairement non-russes, donc les plus impactés par la mobilisation. ↩︎
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Le Comité Diderot, créé en mars 2022, est un réseau international d’universitaires et de professionnels de l’audiovisuel. Il vise à « contribuer au rétablissement de la libre circulation de l’information, sans propagande de guerre, entre l’Europe et la Russie en vue d’apporter un soutien aux sociétés civiles ukrainienne, russe et biélorusse », en d’autres termes lutter contre la désinformation et la propagande médiatique russe suite à l’invasion à grande échelle. ↩︎
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À partir d’octobre 2022, la coordination Stop Bloodcasting ! est lancée, regroupant plusieurs organisations dont Media Resistance Group et Le Comité Diderot. L’un des objectifs principaux de cette campagne était de pousser Eutelsat à mettre fin à ses contrats de diffusion avec les plateformes russes. En décembre 2022, après diverses actions, le Conseil d’État a conduit l’Arcom à mettre le groupe en demeure d’arrêter la diffusion des trois principales chaînes russes (Perviy Kanal, Rossiya 1 et NTV). L’opérateur s’est exécuté et a dû revoir ses contrats avec ses partenaires russes, ce qui lui a coûté plusieurs millions d’euros. Notons qu’au même moment, Eutelsat a également cessé de distribuer les contenus liés à l’entité Islamic Republic of Iran Broadcasting (IRIB). ↩︎
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Auchan ↩︎
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Bonduelle ↩︎
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Volkswagen a annoncé son retrait de Russie dès début mars 2022. Le communiqué est disponible sur le site volkswagen-group.com ↩︎
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« Corrigez-nous si nous nous trompons, mais nous pensions qu’il n’y aurait pas de commerce s’il n’y avait pas de monde dans lequel commercer. On ne peut pas commercer si l’humanité n’existe pas. Peut-être que les grandes entreprises ont d’autres planètes sur lesquelles faire des affaires. Sinon, nous ne pouvons pas expliquer pourquoi Adidas, Google Russie, McDonalds Rus, Ikea Rus, Pepsico, Inditex, H&M, LVMH, etc. n’ont fait aucune déclaration publique en faveur de leurs clients ou employés russes. Nous sommes indignés de voir comment ces entreprises contribuent, par leur silence, à la propagande militaire russe, soutenant ainsi efficacement la répression contre les militants anti-guerre et les souffrances du peuple ukrainien. Alors qu’en dehors de la Fédération de Russie, certaines de ces entreprises ont fait des déclarations exprimant leur profonde préoccupation face à la tragédie en Ukraine, dans l’espace médiatique russe, elles ont au mieux qualifié la mort de citoyens ukrainiens pacifiques de « situation actuelle » ou de « circonstances ». » (Call it war) ↩︎
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Le 24 février 2022, Vladimir Poutine annonce le début d’une « opération militaire spéciale ». Cette dite « opération » est justifiée par la défense des populations des territoires séparatistes du Donetsk et de Lougansk, dont la reconnaissance d’indépendance a été déclarée quelques jours plus tôt, le 21 février, par la Russie. Dans cette même déclaration Vladimir Poutine défend « l’opération » comme une réponse aux provocations de l’Occident, ayant installé un « pouvoir fantoche » en Ukraine, extrémiste et ultra-nationaliste ayant pour objectif de détruire la Russie. Pour aller plus loin sur la réception des Ukrainiens et des Russes à ces déclarations de guerre et à la manière dont la propagande russe a influé sur l’opinion publique mais aussi sur la lecture des faits, voir le chapitre 11, Le gouffre de la guerre, in Lebedev Anna, 2023, Jamais frères ? : Russie-Ukraine, une tragédie postsoviétique, Paris, Points (coll. « Points »). ↩︎
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Voir la revue n°1 de Liaisons, Au nom du peuple, paru en 2018 aux éditions Divergences. ↩︎
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Juste après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine est publié un manifeste intitulé « Résistance féministe contre la guerre », signé au départ par 151 féministes du monde entier, dont Silvia Federici, dans lequel elles appellent notamment à la fin de la guerre par la démilitarisation de toutes les parties. Il leur est répondu quelques mois plus tard « Le droit de résister », un contre-manifeste lancé par des féministes ukrainiennes et signé lui aussi par des personnalités et des organisations féministes du monde entier, qui revendique qu’un « pacifisme abstrait qui condamne toutes les parties prenant part à la guerre conduit à des solutions pratiques irresponsables » et insiste sur la différence essentielle entre la violence comme moyen de soumission et comme moyen légitime d’autodéfense. ↩︎
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Freefilmers est un collectif de cinéastes et d’artistes, originaires de Marioupol, au sud-est de l’Ukraine. À partir de février 2022, le collectif participe à l’organisation des nombreux réseaux de solidarité nés en réaction à l’agression impérialiste russe dans la société ukrainienne, tout en continuant ses activités de documentation artistique. Plusieurs de leurs films sont visionnables depuis leur site, dont My Favorite Job, où on suit des anciens habitant.es de Mariupol organiser des convois d’évacuation depuis leur ville (occupée et entièrement détruite) jusqu’à Zaporizhzhia. ↩︎
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« Si la France n’a fourni aucun matériel catégorisé comme « militaire » à la Russie selon le rapport sur les exportations d’armement, elle continue à lui transférer massivement des biens à double usage (à la fois civils et militaires) ». Dans les entreprises concernées on peut citer Lynred, STMicroelectronics et Ecrin Systems, qui y ont expédié des produits électroniques et les sociétés Thales et Safran qui ont fourni des pièces à des entreprises russes d’armement placées sous sanctions par l’UE. (obsarm.info) ↩︎
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Les sites qui référencent e matériel militaire sont nombreux, à l’image de warpowerrussia.com ou encore militaryfactory.com. Leurs de données permettent d’identifier les armes utilisées dans différents pays et leur provenance. L’étude et le référencement des armes « ennemies » permettent de mieux comprendre la manière dont une puissance se défend ou attaque, c’est pourquoi les États-Unis travaillent de manière particulièrement méticuleuse à décrire les technologies militaires russes. Sur la spécificité des drones Shahed, voir Des drones antifascistes tchèques sur le front ukrainien. Sur les usines d’assemblages de drones de combat Geran-2, soit la version russe du Shahed iranien, outre les composant provenant d’entreprises étrangères, la Russie fait aussi appel a la main d’œuvre étrangère via le programme « Alabuga Start », un appel a candidatures ciblant principalement des jeunes filles africaines dans le but de les faire travailler dans des usines de fabrication de drones en échange d’une formation en langue russe et d’une formation professionnelle. Les ambassades russes en Côte d’Ivoire ou en République Centre Africaine ainsi que certains influenceurs se font le relais de ce programme de recrutement. ↩︎
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La Quatrième Internationale est une organisation trotskiste internationaliste réunissant des structures de plus de 40 pays. Elle organise chaque année pendant une semaine un camp international de jeunesse, Les Rencontres Internationales de Jeunes anticapitalistes, organisé à chaque fois dans un pays européen différent. Le camp propose notamment des conférences et des discussions sur les luttes anticapitalistes et antiracistes, les mouvements féministes, les luttes LGBT, l’écologie et différentes questions révolutionnaires. En 2022, le camp de jeunesse s’est tenu en France. Y étaient notamment présents le syndicat ukrainien de gauche Sotsialnyi rukh et des membres du Media Resistance Group et de la campagne defundrussiaswar. ↩︎
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Une frise chronologique des guerres menées par la Russie est disponble sur le site russiancolonialism.com ↩︎
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Les biens à double usage sont des biens ou des technologies destinés dans la plupart des cas à des applications civiles, mais qui peuvent être utilisés à des fins militaires (drones, produits chimiques, logiciels, etc.). À ce titre, leur commercialisation et leur exportation sont soumises à différents contrôles et autorisations. ↩︎
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Après l’éclatement de l’URSS en 1991, la Tchétchénie, dirigée par le président Djokhar Doudaïev, proclame son indépendance et refuse de signer, en 1992, le traité constitutif de la Fédération de Russie, après avoir adopté une constitution dans laquelle elle se déclare « État souverain démocratique ». Moscou craint un effet domino: si la Tchétchénie devient indépendante, d’autres républiques du Caucase (Daghestan, Ingouchie, etc.) pourraient suivre. Entre autres intérêts, le Caucase du Nord est une zone géostratégique clé, proche de régions riches en hydrocarbures et donc lieu de passage pour oléoducs et gazoducs. En 1994, Boris Eltsine, alors président russe, se lance dans la 1ère Guerre de Tchétchénie. Malgré la destruction quasi totale de la capitale, Grozny, et de nombreuses autres villes et villages, les dizaines de milliers de morts tchétchènes, majoritairement civils, et l’usage systématique de la torture par l’armée russe, cette dernière ne parvient pas à ses objectifs militaires. Moscou est contraint de signer un accord de paix (accords de Khassaviourt) et reconnaît de facto l’indépendance de la Tchétchénie. C’est une véritable humiliation politique et militaire pour la Russie. La guerre laisse la Tchétchénie dévastée et instable politiquement, et la Russie, fragilisée et humiliée. Dans ce contexte, le retour à la guerre est quasi inévitable. Les années qui suivent voient la montée en puissance en Tchétchénie de groupes islamistes armés qui contestent la légitimité du pouvoir en place. Du 31 août au 16 septembre 1999, la Russie est frappée par une série de cinq attentats à la bombe à Moscou et dans le sud du pays. Ces attentats font près de trois cent morts ainsi que des milliers de blessés. Très vite, les autorités russes les attribuent aux indépendantistes Tchétchènes, bien qu’ils ne soient jamais revendiqués. Pour beaucoup, le FSB pourrait être à l’origine de ces attentats. Le prétexte est en tout cas parfait pour lancer la seconde guerre de Tchétchénie qui sera toujours présentée par la Russie comme une lutte contre le terrorisme. L’offensive militaire débute par la prise de Grozny en février 2000, une nouvelle fois rasée. La guerre finit avec l’intégration de la Tchétchénie à la Fédération de Russie, via un régime local autoritaire et fidèle au Kremlin, tenu par Akhmad Kadyrov, père de Ramzan Kadyrov, le dirigeant actuel. Cette période est un tournant majeur dans l’histoire moderne de la Russie et marque l’ascension au pouvoir de Vladimir Poutine, qui apparaîtra comme l’homme fort garant de la stabilité et de la domination russe, après plus d’une décennie d’instabilité politique et économique. Dans le monde post 11 septembre, la rhétorique antiterroriste devient dans la politique intérieure russe un cadre permanent de légitimation de l’autorité et de la concentration des pouvoirs. La délicatesse de cette gestion étant parfaitement bien exprimée, déjà en 1999, par Poutine, expliquant qu’il irait « buter les terroristes jusque dans les chiottes ». La seconde guerre de Tchétchénie servira de laboratoire pour la gestion autoritaire et coloniale des « périphéries » par la Russie moderne, et on retrouvera les mêmes mécanismes dans certaines Républiques « souveraines » de la Fédération, ainsi qu’en Géorgie et en Ukraine, avec pour objectif final l’instauration d’un pouvoir local extrêmement fidèle. ↩︎
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Free Buryatia Foundation. Elle apporte notamment un soutien administratif, juridique et logistique aux personnes mobilisées de la République de Bouriatie qui refusent de se rendre au front. Grâce à des enquêtes en open-source, elle estime qu’environ 2,8 % des décès de soldats russes à la fin avril 2022 étaient des Bouriates, alors qu‘ils ne constituent que 0.3 % de la population habitante en Russie, l’un des bilans les plus élevés parmi les républiques fédérales de Russie. L’organisation est évidemment inscrite par le Kremlin sur la liste des « agents étrangers » et des « organisations indésirables ». ↩︎
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Indigenous of Russia est une organisation politique décoloniale qui lutte pour les droits des peuples autochtones de Russie. Elle a été créée en 2023, entre autres par la militante Viktoria Maladaeva, figure du mouvement pour les droits des minorités asiatiques de Russie. ↩︎
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Feminist translocalities se décrit comme « un réseau d’activistes, de chercheurs, d’artistes, de journalistes, d’ONG et de travailleurs culturels d’Asie du Nord et centrale, du Caucase du Nord et du Sud et d’Europe de l’Est, qui partagent une perspective féministe et décoloniale queer. La décolonialité pour nous consiste à démanteler toutes les formes d’oppression: racisme, homophobie et transphobie, capacitisme, classisme, âgisme. » ↩︎
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Forum politique fondé au printemps 2022 par des activistes de l’opposition, de certains mouvements régionaux et décoloniaux en Russie, ainsi que par des « sympathisants » étrangers. L’organisation se veut être une plateforme de communication entre les représentants diplomatiques, politiques et institutionnels de plusieurs pays et divers mouvements de libération nationale et de gouvernements considérés en exil depuis le territoire russe, dans le but de créer les conditions d’un espace post-russe ; l’objectif affiché étant la dissolution pacifique de la Fédération de Russie. ↩︎
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Une interview de glavcom.ua éclaire les ambitions du personnage et permet de comprendre la méfiance qu’il suscite dans les réseaux révolutionnaires anarchistes et décoloniaux, quitte à le soupçonner de travailler en territoire occupé avec le pouvoir poutinien, voire d’être un agent du FSB. Dans un climat de répression ayant conduit à l’exil de nombreux.ses opposant.es et la capacité de surveillance et d’infiltration des services russes, tant réelle que légendaire, cette méfiance peut aussi être comprise comme signe de la difficulté à trouver des camarades et à se sentir en capacité de produire une action politique impactante dans un régime qui, depuis des décennies, créer des réalités alternatives, use de fictions dans ses opérations militaires, gonfle artificiellement les groupes pro russes dans le Donbass, maquille ses troupes, nomme indépendantistes des groupes à sa solde… bref, avance constamment sous fausse identité. Ilya Vladimirovich Ponomarev a fait carrière dans les hautes technologies et a occupé le poste de directeur des technologies de l’information chez le géant pétrolier Ioukos, fondé et détenu par Mikhaïl Khodorkovski. Député à la Douma de 2007 à 2016 et membre de différents partis de centre-gauche russe, il a été le seul député de la Douma à voter contre l’annexion de la Crimée en 2014. Ciblé par un mandat d’arrêt en Russie depuis 2015, il a vécu aux États-Unis, dont la structure politique semble l’avoir beaucoup inspiré. Il est exilé à Kiev depuis 2016 et possède la nationalité ukrainienne depuis 2019. Il est considéré comme le coordinateur politique de la « Légion Liberté de la Russie » (Легион « Свобода России »)et collabore avec les représentants du Corps des volontaires russes (RDK) ; deux groupes qui, selon lui, constituent l’aile armée de la future révolution russe. Membre important du Forum des peuples libres de la post-Russie, il a aussi créé le « Congrès des députés du peuple », composé d’anciens députés de différents niveaux et législatures qui prétendent jouer le rôle de parlement de transition de la Fédération de Russie. Pour lui, l’opposition russe n’existe pas au-delà de trois cercles d’opposants concurrents : celui de Khodorovski, de Kasparov et du Fonds de lutte contre la corruption, créé par Alexeï Navalny en 2011. A leurs sujets, il explique que « Le « comité anti-guerre » de Khodorkovski a même annoncé une collecte de fonds pour les victimes russes, c’est-à-dire que Katz et Khodorkovski aident les Russes et pensent aux prochaines élections. Ils attendent que l’Ukraine fasse le sale boulot, vainque Poutine, et qu’ensuite, des élections libres aient lieu en Russie, auxquelles ils pourront se présenter. Ou bien d’autres réformes internes auront lieu, grâce auxquelles ils arriveront au pouvoir. Dans le même temps, Kasparov a fait une déclaration contraire, qui nous est beaucoup plus proche. Il affirme que la seule voie vers le changement en Russie est la victoire de l’armée ukrainienne. Mais là encore, on perçoit l’attente que les Ukrainiens fassent tout eux-mêmes. Même si Kasparov fait beaucoup pour soutenir l’Ukraine sur la scène internationale. Notre position est différente. Nous sommes pour une victoire commune de l’Ukraine et des unités volontaires russes, qui doivent être renforcées. Car il n’est pas juste que ce soient actuellement les Ukrainiens qui obtiennent la liberté pour nous. Et, bien sûr, notre rêve est de proclamer la République populaire russe comme alternative au poutinisme. » C’est à cette fin qu’il tente de nourrir des liens avec les mouvements décoloniaux en Russie, construit un gouvernement en exil, et désire la constitution d’une armée révolutionnaire dont on comprend qu’elle est structurante dans sa vision du renversement du pouvoir poutinien. Le « Congrès des députés du peuple » réunit donc des personnalités politiques très diverses, voir opposées et l’existence de cette structure et la vision « démocratique » de Ponomarev permettent ainsi de comprendre la logique qui sous-tend des alliances avec des personnalités d’extrême droite, neo-nazis, comme Baranovsky ; son idée n’étant pas de créer un gouvernement révolutionnaire mais de remplacer le système politique russe par une nouvelle structure représentant toutes les tendances politiques si tant-est qu’elles respectent le jeu démocratique. Aussi, l’objectif de Ponomarev n’est pas l’effondrement total de la Fédération de Russie, qu’il ne juge ni crédible ni souhaitable. Tant pour les risques de guerre civile, que parce qu’il croit à la possibilité d’un Etat démocratique en Russie. « Bien sûr, au stade initial des événements révolutionnaires, il n’est pas question de référendums. Il faudra discuter avec ceux qui contrôleront effectivement leurs régions : veulent-ils participer à la création d’un nouveau pays ou veulent-ils se séparer ? C’est pourquoi les mouvements nationaux ne doivent pas attendre, mais créer dès maintenant leurs propres unités armées au sein des Forces armées ukrainiennes ». Cette dernière phrase pointe l’importance du rôle des forces armées dans le processus révolutionnaire qu’il imagine, et la nécessité pour toutes les composantes opposées au poutinisme de participer à établissement des structures qui permettront la réalisation de la révolution qu’il a en tête. C’est pourquoi Ponomarev regrette l’ordre donné par l’armée ukrainiennes aux unités volontaires russes de se distancer des affaires politiques. Pour lui « l’existence de [ces unités] est indissociable de la politique, puisque leur objectif est le pouvoir ! ». ↩︎
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Elle fait ici référence à Nomma Zarubina, une ressortissante russe vivant aux États-Unis depuis 2016, accusée par le FBI puis reconnue coupable d’avoir travaillé pour le compte du FSB sous le nom de code « Alissa ». À la demande des services de renseignement russes, elle a activement participé à des événements anti-Poutine et a établi des contacts avec des dizaines d’activistes russes et d’experts américains spécialistes de la Russie. Elle a notamment rejoint le Forum des peuples libres de post-Russie en tant qu’« experte » soutenant « la décolonisation de la Russie ». ↩︎
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Alexei Baranovsky, journaliste puis avocat, a été un membre actif de plusieurs organisations, partis, mouvements de la droite nationaliste et d’extrême droite des années 2000. Il fut notamment l’un des fondateurs et le « coordinateur » de « Verdict Russe » (Русский вердикт), organisation de soutien aux militants néo-nazis emprisonnés, qui leur apportait une aide juridique et matérielle coordonnée. « Verdict Russe » fut très active médiatiquement, dans le but de créer pour leurs protégés, généralement emprisonnés à la suite de crimes lourds, d’assassinats de militants antifascistes ou d’attentats racistes sanglants (très fréquents dans le contexte russe des années 2000), l’image de « prisonniers politiques d’opinion », en copiant les pratiques d’autres organisations traditionnelles de défense des droits de l’homme. Alexei Baranovsky vit depuis plusieurs années en Ukraine, il est maintenant l’assistant de Ponomarev et le représentant de la branche politique de la Légion Liberté de la Russie. ↩︎
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Le 19 janvier 2009 sont assassinés par balle Stanislas Markelov et Anastassia Baburova, en pleine rue du centre de Moscou,. Le premier était un avocat spécialiste des crimes d’état en Tchétchénie et défenseur de militants antifascistes. Baburova était, elle, une journaliste de Novaya Gazeta qui enquêtait sur les milieux néo-nazis et leurs activités criminels. Deux militants ultranationalistes, Nikita Tikhonov et Evguenia Khasis, ont été reconnus coupables en 2011 du double meurtre de Markelov et Baburova. Les deux étaient relativement proches d’Alexei Baranovsky ; Khasis étant notamment une membre active de « Verdict Russe ». Baranovsky est intervenu dans leur procès comme témoin à décharge de la défense, affirmant même qu’Evguenia Khasis était avec lui le jour du meurtre. Il va aussi déclarer, dans un blog dont tout porte à croire qu’il soit l’auteur, que « Tikhonov est un héros ». ↩︎
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La Légion « Liberté de la Russie », formée au printemps 2022, est une unité militaire autonome de volontaires russes et biélorusses qui combattent aux côtés de l’armée ukrainienne. Elle se présente comme le bras armé d’une partie de l’opposition russe exilée en Ukraine, et appelle à la chute de Vladimir Poutine et la restitution des territoires occupés à l’Ukraine. Elle réunit différentes tendances politiques, dont des profils ultranationalistes de la droite radicale russe. Il est difficile d’estimer précisément le nombre de ses membres, mais sa contribution reste marginale dans l’effort de guerre. Comme dit plus haut, Illya Ponomarev en est son représentant politique et tente de l’ériger en bras armé de la future révolution russe. ↩︎
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Le « Corps des volontaires russes », appelé RDK, est une unité militaire autonome d’émigrés russes combattant du côté ukrainien. Elle est issue de personnalités et d’organisations d’extrême droite russes. Son fondateur, Denis Kapustin, de son nom de guerre White Rex, est une figure bien connue de la scène hooligan néo-nazie. La RDK s’oppose au projet de restauration du Kremlin d’une « Grande Russie », en affirmant une conception ultra-nationaliste d’un État ethnique russe plus petit, et déclare sur sa chaîne Telegram vouloir voir la Russie moderne se dissoudre en différents États ethniques. Elle a notamment mené deux incursions très médiatisées en territoire russe en 2023, l’une en mars dans la région de Briansk, l’autre en mai, justement avec la Légion « Liberté de Russie », dans le raïon de Graïvoron. Elle reste une unité très marginale dans la guerre russo-ukrainienne puisqu’elle ne revendiquait en 2023 pas plus de 200 combattants, sans que ce chiffre n’ait pu être réellement vérifié. ↩︎
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En russe, РАСПАД / RASPAD peut se traduire par « Décomposition ». L’étude est accessible sur le site syg.ma. ↩︎
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Le Daghestan, à majorité musulmane, est une République du Caucase de la Fédération de Russie, voisine de la Tchétchénie, de la Géorgie, de l’Azerbaïdjan et bordée par la Mer Caspienne à l’Est. Avant l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, de nombreux Daghestanais choisissaient d’effectuer un service militaire sur une base contractuelle, en raison du chômage élevé et des bas salaires ; le service représentant une source de revenus sans grande conséquences pour eux et leurs familles. A partir du 21 septembre 2022 une « mobilisation partielle » des réservistes militaires est annoncé par le Kremlin ; un nombre très important de Daghestanais reçoivent leurs convocations dans la foulée, tous dans le désordre, même des hommes nés dans les années 1960. Plusieurs hommes d’une même famille sont enrôlés, dont deux fils sur trois. C’est déjà, depuis février 2022, une des régions les plus touchées par les pertes humaines de la guerre. Le 25 septembre 2022 à Makhachkala, la capitale, puis dans des villages reculés, des rassemblements, des manifestations et des blocages de routes contre la mobilisation de masse se produisent, menés en grande partie par des femmes, avec des slogans comme « Nos enfants ne sont pas de l’engrais » ou « Ce n’est pas notre guerre ! ». Dans le même temps, d’autres rassemblements et manifestations, moins importants et toujours majoritairement menés par des femmes, ont eu lieu ailleurs en Russie, notamment dans certaines Républiques voisines du Caucase (Tchétchénie et Kabardino-Balkarie), menant à des milliers d’arrestations dans le pays. ↩︎
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La République de Bachkortostan, ou République de Bachkirie, est situé entre la Volga et les monts d’Oural, dans l’est de la Russie occidentale. C’est la république « ethnique » la plus peuplée de Russie avec plus de 4 millions d’habitants. Elle est habité principalement par des Bachkirs, groupe autochtone qui représentent 31,5 % de la population, des Russes (37,5 %) et des Tatars de la Volga (24,2 %). Cette république est l’un des plus grands centres industriels et l’un des plus riches territoires en ressources naturelles et minières de Russie. Elle produit plus de pétrole qu’aucune autre république de Russie, et fournit 17 % de l’essence et 15 % du gazole du pays. Mais c’est aussi un territoire avec une longue histoire de luttes pour les droits des populations autochtones contre des projets industriels écocides ; la lutte la plus médiatisée étant les manifestations de 2020 pour la défense de la montage Kushtau, qui ont vu des habitants, des écologistes et des militants nationalistes bashkir s’unir contre un projet d’exploitation de calcaire de la Bashkir Soda Company (BSK), qui aurait rasé un site naturel considéré comme sacré par de nombreux Bashkirs. Après plusieurs jours d’affrontements entre des milliers de manifestants et les agents de sécurité de la BSK ainsi que la police anti-émeute, les manifestants ont remporté la victoire et Kushtau a obtenu le statut de territoire naturel protégé. ↩︎
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Le 15 janvier 2024, Fayil Alsynov, un célèbre militant pour les droits des autochtones Bachkirs, est condamné à 4 ans de colonie pénitentiaire pour son rôle dans les manifestations contre les activités illégales d’extraction d’or dans le sud-est de la Bachkirie. Le jour même, des manifestations spontanées réunissant des milliers de personnes ont lieu à Baymak, la ville du procès, où les manifestants tentent de bloquer le passage du fourgon transportant l’activiste. Puis une autre manifestation de soutien à lieu dans la capitale de Bachkirie, Ufa. Il s’agit probablement des plus grandes manifestations en Russie depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine. Elles ont été suivies d’une vague d’arrestations massives, ouvrant la voie à un des plus grand procès politique de l’histoire moderne de la Russie. Près de 80 personnes ont été arrêtés et placés en détention provisoire pour « organisation et participation à des troubles de masse » et « recours à la violence » contre des agents des forces de l’ordre. Tous les accusés ont été transférés hors du Bachkortostan, loin de leurs proches, afin d’éviter toute manifestation de soutien. Parmi eux figurent des individus souffrant de graves problèmes de santé, des parents isolés et des familles entières. Les procès sont encore en cours ; nombreux ont déjà été condamnés à plusieurs années de prison en colonie pénitentiaire, jusqu’à neuf ans pour les peines les plus lourdes. Deux personnes inculpées sont décédées dans des circonstances obscures en février 2024. ↩︎
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Sakartvelo ou საქართველო signifie «territoire du kartvélien», c’est-à-dire « territoire où l’on parle le kartvélien ». C’est un endonyme de la Géorgie. ↩︎
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Alors que l’Union soviétique commence à se désintégrer à la fin des années 1980, il se produit en Géorgie, avec l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, le même phénomène qu’en Azerbaïdjan avec le Haut-Karabakh, en Ukraine avec la Crimée ou en Moldavie avec la Transnistrie et la Gagaouzie : face aux mouvements indépendantistes des républiques unionales (Géorgie, Azerbaïdjan, Ukraine ou Moldavie), le pouvoir russe encourage et soutient l’autonomie des minorités locales (Abkhaze et Ossète en Géorgie, Arménienne en Azerbaïdjan, Russe en Ukraine et Moldavie). Cela a pour effet de dresser les habitants les uns contre les autres, et de poser l’armée soviétique en arbitre. Les tensions ethniques augmentent dans toutes ces régions. Selon les points de vue, l’accentuation de ces tensions peuvent être rapportées à continuation de la politique soviétique des nationalités ou au fait que ces conflits ont longtemps été étouffés par la mainmise soviétique et qu’ils se sont réveillés au lendemain de la chute de l’URSS. Lorsqu’en 1989, les Géorgiens manifestent à Tbilissi pour réclamer l’indépendance de la Géorgie, de nombreux Abkhazes s’y opposent, craignant qu’une Géorgie indépendante n’inaugure une nouvelle période de « géorgisation », et réclament l’indépendance de l’Abkhazie. En juillet 1989, des affrontements font 18 morts et 137 blessés à Soukhoumi (capitale de l’Abkhazie) lors de l’ouverture d’une antenne de l’université de Tbilissi. Après plusieurs jours de violences, les troupes soviétiques entrent dans la ville et accusent les milices nationalistes d’avoir provoqué ces affrontements. L’Ossétie du Nord, elle, était une république de la Fédération de Russie, tandis que l’Ossétie du Sud faisait partie de la Géorgie. Puis, à partir de 2002, la Russie a massivement délivrédes passeports aux sud-ossètes ce qui contribue à exacerber des tensions. Suite à l’échec des guerres d’Ossétie et d’Abkhazie, le président géorgien Eduard Shevardnadze perd sa popularité. Il est renversé en 2003 par la révolution des roses après avoir tenté de se maintenir au pouvoir par des fraudes éléctorales. Ancien ministre des Affaires étrangères de l’URSS (1985-1990) sous Mikhaïl Gorbatchev, il n’est pas un allié pour la Russie, mais un interlocuteur plus proche que Mikhaïl Saakachvili, pro-occidental porté au pouvoir après la révolution des roses. Les tensions avec la Fédération de Russie s’aggravent. « Fin mai 2004, Mikhaïl Saakachvili, [offre] à l’Ossétie-du-Sud et à l’Abkhazie un « statut spécial » au sein de la Géorgie, proposant la création d’un État fédéral avec des autonomies réelles. Des deux régions, l’Ossétie-du-Sud semblait la mieux disposée à transiger et à faire des concessions à Tbilissi. La volonté de M. Saakachvili de consolider l’intégrité territoriale de la Géorgie a entraîné un regain de tension avec la Russie, […] Les craintes ont ressurgi d’une confrontation armée entre troupes russes et géorgiennes, stationnées dans la région séparatiste pour y maintenir la paix. » Le conflit en Ossétie du Sud : la Géorgie contre la Russie. En août 2008, la Géorgie déclenche une offensive armée pour reprendre le contrôle de l’Ossétie du Sud. Les forces armées de la fédération de Russie, interviennent pour soutenir l’Ossétie du Sud, et repoussent l’armée géorgienne puis occupent temporairement une partie du territoire géorgien. La Fédération de Russie, reconnaît alors l’indépendance de l’Ossétie et de l’Abkhazie. Elle est suivie par la Transnistrie, la Syrie, le Nicaragua, le Venezuela et Nauru. La Géorgie, l’ONU et la plupart de ses États membres ne reconnaissent pas cette indépendance et considèrent l’Ossétie du Sud comme étant l’un des territoires géorgiens occupés par la Russie avec l’Abkhazie, ainsi qu’une région autonome au sein des provinces de Kartlie intérieure, de l’Iméréthie, de Mtskheta-Mtianeti et de Ratcha-Letchkhoumie et Basse Svanétie. Le 28 Août 2008, M. Tchourkine, représentant de la Fédération de Russie, au Conseil de sécurité de l’ONU affirmait que toute perspective de paix véritable avait été anéantie par l’arrivée au pouvoir de Mikhail Saakachvili et ce malgré les lueurs d’espoir suscitées par le plan Sarkozy-Medvedev. Le 10 août 2008, l’Azerbaïdjan suspendait ses exportations de pétrole via les ports géorgiens de Koulevi et Batoumi et examinait les possibilités d’acheminement du pétrole par l’oléoduc qui relie Bakou au port russe de Novorossiïsk, en mer Noire, via la Tchétchénie. « La réputation de la Géorgie en tant que route alternative sécurisée pour les pipelines acheminant le pétrole et le gaz d’Asie centrale vers la Méditerranée a été compromise […] Si vous supprimez l’option géorgienne de la table… ça fait le jeu de la Russie, car la plupart des autres options viables passent par le territoire russe. » (Le monde diplomatique) Ce conflit est à l’origine d’une bataille autour de la construction d’un port en eaux profondes sensé pouvoir accueillir des tankers lourds que les ports géorgiens actuels ne peuvent accueillir et dont la construction est entravée par les intérêts russes en Géorgie notamment par la main du Rêve géorgien aujourd’hui au pouvoir. ↩︎
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Le fait que la Russie tente d’influencer les élections dans de très nombreux pays est bien connu. Ces faits sont prouvés lors des dernières années pour les cas des élections américaines, polonaises, roumaines, tchèques etc. A l’heure où nous rédigeons cette note, ce sont les élections en Moldavie qui sont la cible des services russes. Les mouvements d’extrême droite en Europe de l’ouest ont aussi leur lot de liens avec la Russie. Secret de polichinelle de l’Union Européenne, le RN en France ou l’AfD en Allemagne sont proche de Moscou. Pour autant ces liens dépassent ne se limitent pas à l’extrême droite, à l’image de François Fillon. ↩︎
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A titre d’exemple, la Légion Géorgienne, fondée en Ukraine en 2014 par 6 personnes, compte aujourd’hui plus de 2 500 membres. Son commandant, Mamuka Mamulashvili, s’est battu pour la première fois en Abkhazie à l’âge de 14 ans aux côtés de son père puis comme volontaire contre l’armée russe en Tchétchénie en 1994. La légion est classée comme organisation terroriste par la Russie. ↩︎
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Le Rêve Géorgien est un parti fondé en 2012 par Bidzina Ivanichvili. Suite à l’élection du parti à la tête de la Géorgie en 2024, l’Union Européenne a gelé le processus d’adhésion au pays candidat. ↩︎
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Le parlement géorgien votait en mai 2024 la « loi sur la transparence de l’influence étrangère ». Cette loi impose aux organisations recevant plus de 20 % de leurs ressources de l’étranger de s’enregistrer comme « poursuivant les intérêts d’une puissance étrangère » et de se soumettre à des obligations administratives, sous peine d’amendes. La loi est adoptée contre l’avis de la présidente pro-européenne de l‘époque, grâce aux votes du parti Rêve géorgien, majoritaire au parlement. La loi est une copie d’une loi russe et de sa version hongroise déjà dénoncée par de nombreuses organisations. Le vote de cette loi a mis en suspens l’adhésion de la Géorgie à l’UE et ainsi déclenché des manifestations massives à Tbilissi, notamment sur l’avenue Rustaveli, plusieurs mois avant la prise du pouvoir par le Rêve géorgien et le mouvement qui s’en est suivi. ↩︎
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Les manifestations contre le pouvoir en Géorgie ont commencé avec le vote de la « loi sur la transparence de l’influence étrangère » à la fin avril 2024. Elles ont repris suite aux élections parlementaires du 8 octobre 2024 qui voient le Rêve Géorgien arriver en tête et alors que les manipulations du scrutin sont dénoncées. La mobilisation est toujours en cours en janvier 2026. ↩︎
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« Davit Katsarava est un dirigeant du mouvement géorgien anti-occupation « Force dans l’Unité », qui surveille la ligne d’occupation russe (la frontière entre le territoire contrôlé par la Géorgie et les régions du pays occupées par la Russie) depuis 2017. Aux côtés des membres du mouvement, il se rend régulièrement sur place pour rassembler des informations sur les plaintes déposées par des habitants et observer les mouvements militaires russes. […] Davit Katsarava a été appréhendé par les forces spéciales de la police le 14 mai devant le Parlement […] [Il] a dû subir une intervention chirurgicale en urgence pour les fractures des os de son visage et une chirurgie oculaire, et souffre des séquelles d’une commotion cérébrale qui l’empêchent d’effectuer des activités même normales. Il souffre de problèmes de vue et de lésions oculaires permanentes. » (Amnesty International) Davit Katsarava fait partie des premiers géorgiens à être partis se battre sur le front ukrainien, alors que l’invasion à grande échelle débute le 24 février, il aurait dû prendre un vol pour l’Ukraine le 28 février mais son avion, affrété par les autorités ukrainiennes, a été bloqué par le gouvernement géorgien car Tbilissi craignait que l’envoi de combattants sur le front provoque des tensions supplémentaires avec la Russie. Davit est donc parti en voiture le 1^er^ mars avec un groupe de six volontaires. (Ouest-france) ↩︎
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Media Resistance Group fournit une analyse de la guerre faite contre la population géorgienne dans les zones frontalières dans l’enquête « Les territoires occupés de Sakartvelo : l’infrastructure des militaires russes et les enlèvements de personnes le long de la ligne d’occupation ». ↩︎
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« Dans la région de Tskhinvali, qui ne semble pas être une priorité stratégique pour la Russie à l’heure actuelle, un système de renseignement et de guerre électroniques (RER/REB) de type Mourmansk a été déployé. Le complexe de guerre électronique Murmansk-BN est un système côtier à ondes courtes conçu pour la reconnaissance radio, l’interception et le brouillage des signaux sur toute la gamme des ondes courtes à des distances pouvant atteindre 5 000 km. Il est principalement capable de « neutraliser » les moyens de renseignement ennemis et les capteurs des armes « intelligentes ». Le système est monté sur sept camions KAMAZ, avec son réseau d’antennes déployé sur quatre mâts télescopiques pouvant atteindre 32 mètres de haut. Le temps de déploiement standard est de 72 heures. Il n’existe pas beaucoup de systèmes Mourmansk-BN, et presque tous sont actuellement stationnés en Ukraine, où ils sont utilisés dans le cadre de la guerre totale qui y fait rage. » Ibid. ↩︎
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« Pendant la guerre, le Kremlin a établi un contrôle total sur la région occupée de Tskhinvali (appelée Ossétie du Sud) et l’Abkhazie, qui représentaient ensemble 20 % du territoire géorgien. L’impunité dont il a bénéficié pour son agression contre la Géorgie a donné au Kremlin la confiance nécessaire pour continuer à violer l’accord de cessez-le-feu négocié par l’ancien président français Nicolas Sarkozy. Depuis lors, la Russie a activement militarisé et utilisé les régions occupées comme moyen de pression contre Tbilissi, tout en empêchant les missions de surveillance internationales d’accéder à ces régions. Cependant, l’occupation des territoires géorgiens s’est avérée insuffisante pour que le Kremlin puisse modifier l’agenda de la politique étrangère de la Géorgie. Le Kremlin a donc opté pour une stratégie à long terme consistant à s’emparer progressivement des territoires géorgiens grâce à sa politique de « frontaliérisation ». Cela implique l’expansion des zones déjà occupées illégalement en repoussant la ligne frontalière administrative plus loin dans le territoire géorgien. Le recours par la Russie à des tactiques coercitives conventionnelles et non conventionnelles vise à renverser les aspirations géorgiennes en matière de politique étrangère européenne et euro-atlantique et représente une menace existentielle pour la sécurité nationale de Tbilissi. » (csis.org) ↩︎
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« Au 200e jour de manifestations continues, les manifestants ont bloqué l’avenue Rustaveli. Ils ont mis en scène une performance qui défilait de l’immeuble de bureaux au parlement en masques et avec des torches dans les mains, a rapporté Publika aujourd’hui. La publication a publié une vidéo de personnes aux torches, dont les visages sont cachés par des masques, brûlent le tricolore russe devant le Parlement de Géorgie ». (kavkaz-uzel.eu) ↩︎
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« Cette célébration, lancée en 2014 par l’Église orthodoxe géorgienne, coïncide volontairement avec la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie. […] La lutte contre les LGBT+ est devenue l’un des piliers de la rhétorique et de l’action gouvernementales. En septembre 2024, le parti au pouvoir a adopté un paquet législatif ciblant ces personnes au nom de la protection des valeurs familiales et des enfants ». (lemonde.fr) ↩︎
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Le blogueur et sa femme on été condamnés respectivement à 5 et 4 ans de prison. ↩︎
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L’ancien président de Géorgie a fuit la Géorgie en 2013. Une enquête criminelle à son encontre a aboutit en 2018 à sa condamnation à 8 ans de prison. Il a vécu en Ukraine jusqu’en février 2018. Il a été expulsé d’Ukraine vers la Hollande et sa citoyenneté lui a été retirée. Après son éléction Volodymr Zelensky a restauré sa citoyenneté et il est revenu. Il est retourné en Géorgie en 2021 où il a été immédiatement arrêté et incarcéré. ↩︎
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Le contrôle qu’elle exerce sur les anciennes républiques soviétiques qui l’entoure lui permet de financer et d’organiser son expansionnisme. Le colonialisme russe et sa base matérielle sont analysée par Media Resistance Group dans l’enquête Systems of liability qui décrit la réorganisation des réseaux d’approvisionnement en composants militaires et l’utilisation des territoires voisins de la Russie pour passer outre les restrictions commerciales. ↩︎