Entre 2001 et 2006, neuf hommes d’origine turque ou grecque sont assassinés un peu partout en Allemagne par la même arme à feu. Le mode opératoire reste toujours le même : toutes les victimes travaillent dans de petits commerces de proximité, comme des fleuristes, des cybercafés ou des snacks. Elles sont tuées en plein jour, leurs magasins ne sont pas pillés et les assaillant·es laissent peu de traces. Tous les meurtres ayant été commis avec un pistolet semi-automatique CZ 83 assez rare, la police établit rapidement un lien entre ces crimes.
L’enquête sur ces meurtres s’étend sur une décennie, mais ne parvient qu’à botter en touche, malgré la mise en place d’un dispositif considérable – à certains moments, plus de 150 agent·es de la police participent à des unités d’enquête spécialisées sur cette affaire. Il·les examinent plus de 11 000 personnes, interrogent 900 petits commerçant·es d’origine turque et analysent plus de 3 500 preuves, ainsi que des millions de paquets de données électroniques (téléphonie mobile, transactions financières, etc.). La police bavaroise va jusqu’à installer des snacks à Nuremberg et à Munich afin de « reconnaître les pratiques commerciales liées à l’origine ethnique des commerçants turcs. Reconnaître les contraintes auxquelles sont soumis les commerçants turcs (par exemple, les accords territoriaux) »1 – sans résultat. Les autorités chargées de l’instruction investissent même du temps et de l’argent pour étendre leurs recherches au domaine métaphysique. Ainsi, dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de Süleyman Tasköprü à Hambourg, la police fait usage des services de voyance d’un homme en Iran. Cet homme affirme pouvoir entrer en contact avec les morts. Lorsque la police le fait venir en Allemagne en avion, il déclare que « le suspect aurait le teint mat (sud-européen), les yeux marron et les cheveux noirs »2.
Au cours d’une décennie, l’enquête privilégie systématiquement l’hypothèse du crime organisé au sein de la communauté turque pour expliquer ces meurtres. Elle tente d’établir une relation entre les hommes assassinés et des réseaux mafieux actifs dans la prostitution, le trafic de drogues, les jeux d’argent ou la vente d’armes. Lorsque la Soko Bosporus, l’unité de recherche de la police, soupçonne l’entourage des victimes d’avoir tué leurs maris, leurs frères ou leurs pères, elle les soumet à de longues enquêtes intrusives. Elle invente alors des histoires de tromperies et de participation au crime organisé de la part de leurs proches.
L’affaire fait l’objet d’une couverture médiatique importante en Allemagne. La presse lui attribue plusieurs surnoms qui vont dans la même direction stéréotypée et raciste que l’enquête policière. On parle des Dönermorde [assassinats de kebab], la Mordserie Bosporus [la série de meurtres du Bosphore], ou aussi la Halbmond-Mafia [mafia de la demi-lune]. Malgré l’absence de preuves établissant un lien entre les victimes et le crime organisé, la Abendzeitung de Munich titre, après le septième cas, « la mafia turque a encore sévi ». Après les huitième et neuvième assassinats, l’entourage des victimes programme des manifestations et accuse l’État allemand de s’en tenir aux mêmes pistes racistes. Les familles et les proches réclament que l’on explore la possibilité de meurtres commis par l’extrême droite. Leurs voix, comme celle d’un profileur criminel de la police qui évoquait en 2006 la piste des tueries à motivation raciste, restent ignorées.

Le 4 novembre 2011, à Eisenach, deux néonazis allemands en cavale depuis 1998, Uwe Mundlos et Uwe Böhnhard, sont retrouvés morts. Ils se sont suicidés, dans un camping-car de location, intégralement consumé par les flammes. Peu de temps après, l’appartement qui s’avère leur avoir servi de base opérationnelle est également incendié. Le lendemain, la Česká 83, l’arme utilisée dans la série de meurtres, est découverte dans les décombres, établissant un lien direct entre les néonazis et celle-ci. Le 8 novembre, Beate Zschäpe, une néonazie recherchée depuis plus de dix ans, se rend au commissariat d’Iéna. Après avoir entrepris cela, elle avait pris le soin d’envoyer une quinzaine de copies d’une vidéo revendiquant la séquence d’assassinats au nom du NSU à plusieurs médias, à des mosquées et à la police. L’énigme entourant cette longue série de meurtres semble enfin résolue. Rapidement, il s’avère que le trio est responsable d’au moins un meurtre en plus : celui de la policière Michèle Kiesewetter, assassinée en service en 2007.


Cependant, la fin des treize années de la clandestinité pour ces néonazis qui ont commis au moins dix homicides, trois attentats à la bombe, quinze vols avec violence et blessé au minimum 26 personnes, dont plusieurs gravement, suscite un malaise généralisé dans la société. Comment ont-il·les pu opérer durant une période aussi longue ? Pourquoi, alors que neuf petits commerçants d’origine étrangère sont tués avec la même arme, aucune instance n’a-t-elle sérieusement envisagé la possibilité de meurtres racistes ? Pourquoi les services de renseignement allemands, solidement implantés dans la scène néonazie depuis la réunification, n’ont-ils pas exploré cette piste ? La thèse selon laquelle les trois membres officiels du NSU auraient procédé seuls, sans soutien logistique ni financier pendant plus d’une décennie en clandestinité, est-elle crédible ?
Dans l’entretien qui suit, Marco, militant antifasciste actif en Allemagne, revient sur ce sombre chapitre de l’histoire allemande du début du XXIe siècle. Dans un contexte de montée en puissance globale de l’extrême droite, cette interview illustre comment les démocraties occidentales d’après-guerre froide se construisent et se stabilisent à travers des idéologies racistes.

Nous introduisons l’entretien par un bref résumé de l’évolution de l’extrême droite dans les deux Allemagnes après la Seconde Guerre mondiale et de la situation politique, économique et sociale de l’Allemagne de l’Est après la réunification. Pourquoi ce territoire anciennement communiste, bâti sur la défaite du régime hitlérien, est-il devenu un haut lieu du néonazisme dans les années 1990 ? Ce contexte est essentiel pour comprendre l’émergence du groupuscule NSU.
L’entretien aborde le NSU, le racisme systémique dans la police et les scandales liés au service de renseignement allemand, le Verfassungsschutz, qui a traité la vie de personnes d’origine étrangère comme une priorité secondaire. En annexe, nous présentons des extraits d’initiatives antiracistes et solidaires lancées suite à cette affaire.
Longtemps oublié et perdu, puis retrouvé, l’entretien a trouvé sa forme finale dans le projet La Forteresse cachée : une conversation entre camarades, annotée pour préciser et contextualiser les propos.
Marseille, 2026
Introduction aux enjeux économiques et politiques de l’intégration de la RDA dans la RFA
L’héritage nazi dans la RDA
En 1945, suite à la défaite de l’Allemagne, de nombreux·ses dirigeant·es et gradé·es de l’armée nazie présent·es à l’est du pays fuient vers les territoires occidentaux pour échapper à l’Armée rouge. Dans la zone d’occupation soviétique, la dénazification entraîne effectivement l’internement d’environ 150'0003 personnes et le licenciement de quelque 500'000 membres du NSDAP4 : non seulement les politiciens nazis sont poursuivis et expropriés, mais aussi de grands propriétaires terriens, les propriétaires d’usines ou les banquiers5.
Depuis la création de la RDA en octobre 1949, l’antifascisme y est promu comme l’un des piliers de l’idéologie étatique. La RDA tient à marquer une rupture nette, et plus marquée qu’en RFA, avec le national-socialisme6. La RDA condamne plus de criminels nazis que la République fédérale pendant cette période et la dénazification de la police, de la justice et de l’administration intérieure mène ultérieurement à une absence de réseaux nationalistes significatifs dans la nouvelle république. Dans la société et la politique est-allemande, l’antifascisme est omniprésent : il figure en slogan sur les banderoles lors des grands défilés, est le thème de films et d’ouvrages littéraires, et est enseigné dès l’enfance comme la valeur suprême de l’État.
Néanmoins, en RDA, il existe un fossé entre les revendications politiques et la réalité. L’antifascisme est-allemand sert au SED7 à consolider son pouvoir et à justifier de nombreuses décisions étatiques, comme, par exemple, en 1961, la construction du mur de Berlin, ledit « rempart antifasciste ». Malgré sa dénazification, la RDA mènera aussi une politique de réintégration des nazis dans l’ordre socialiste, y compris de celles et ceux ayant participé aux massacres8. En 1947, d’ancien·nes nazis retrouvent déjà leur droit de vote et peuvent adhérer au SED. Cela s’applique même dans des cas où ils et elles avaient occupé des postes de direction au sein du NSDAP. En 1954, 27 % des membres du SED avaient auparavant appartenu au NSDAP et 32,2 % des employés de la fonction publique de la RDA avaient été des membres d’organisations national-socialistes9.
L’idéologie antifasciste de la République naissante découle de la défaite militaire de l’Allemagne nazie et non pas d’une victoire politique des militant·es antifascistes. Le projet antifasciste étatique reflète l’opinion d’une minorité de partisan·es ayant survécu au Troisième Reich, et la RDA impose le consensus antifasciste par le haut. Malgré les valeurs proclamées, la construction de l’État s’appuie sur des valeurs nationalistes et des préjugés xénophobes ancrés dans l’Allemagne de la première moitié du XXe siècle et vise ainsi à flatter le sentiment d’appartenance au nouvel État communiste : en RDA, la nationalité se définit par la naissance et les stéréotypes raciaux sont perpétués – bien que le contact entre les Allemand·es de l’est et les étranger·ères ne soit pas interdit, il est généralement découragé. Entre 1945 et 1989, cette politique entretient et nourrit une méfiance généralisée des Allemand·es de l’est envers les Vertragsarbeiter:innen [travailleur·euses contractuel·les]10.
La jeunesse des années 1980
Cette méfiance se manifeste dans les années 1980 par des expressions racistes, xénophobes et antisémites, des agressions physiques ou des graffitis de croix gammées dans des cimetières juifs dans les années 1980 en RDA. Les autorités est-allemandes banalisent, étouffent et ne punissent que très peu ces actes racistes.

Par exemple, en octobre 1988, des néonazis attaquent un concert dans la Zionskirche de Berlin-Est. Dans la salle, environ un millier de personnes assistent au spectacle des groupes punks « Die Firma » (de Berlin-Est) et « Element of Crime » (de l’ouest de l’Allemagne). Les 30 agresseurs ivres prennent d’assaut la nef en criant « Skinhead Power ! », « Les Juifs hors des églises allemandes ! », « Bande de porcs rouges ! » et « Sieg Heil ! » et blessent plusieurs personnes.11
En RDA, les jeunes des années 1980 sont la première génération qui n’a pas de lien direct avec le national-socialisme. Elle est plus distante et moins critique à son égard, manifeste un faible attachement aux valeurs antifascistes et est ouverte aux tendances sousculturelles en provenance de l’Allemagne de l’Ouest. Celles-ci incluent les milieux punks, skinheads et hooligans de football. Le transfert des sous-cultures se fait depuis la Grande-Bretagne, à travers la RFA, puis vers la RDA. Les scènes musicales locales se différencient politiquement : les punks continuent à se positionner à gauche, tandis que les skins et les hooligans s’orientent plutôt à droite. On constate alors la formation de groupes de skinheads néonazis dans les deux Allemagnes.
On décrit cette décennie à l’échelle de l’Europe comme celle de la « renaissance de la question nationale »12. Cette période est marquée par la résurgence et l’intensification des discussions sur l’identité, l’appartenance et la conscience nationale et produit un important renouveau des idéologies nationalistes. En RFA, dans les années 1970, l’attention des groupes d’extrême droite se dirigeait principalement contre tout ce qui pouvait être assimilé au communisme. En revanche, les années 1980 marquent le début des attaques xénophobes et notamment contre des foyers pour requérant·es d’asile.13 À l’approche de la réunification des deux républiques, le néonazisme avait déjà commencé à s’établir en tant que mouvement en s’appuyant sur le nationalisme latent. Ce phénomène se manifestera de manière beaucoup plus virulente dans les années qui suivront la chute du mur.
Comment la RFA a-t-elle annexé la RDA ?
Le 3 octobre 1990 marque la fin définitive de la RDA et son absorption totale dans la RFA. Du jour au lendemain, les 17 millions d’Allemand·es de l’est, vivant depuis 1949 sous un régime communiste, voient leur réalité politique, économique et sociale basculer vers le libéralisme.

L’annexion de la RDA par la RFA s’opère à travers plusieurs mesures clés :
- Unité monétaire : le Deutsche Mark de la RFA remplace l’Ostmark de la RDA
- Transformation économique : les structures économiques est-allemandes sont converties en une économie de marché
- Unification du système de protection sociale
- Transfert des dettes : un fonds spécial prend en charge les dettes de la RDA
- Création d’un ministère fédéral des Relations intra-allemandes
- Intégration militaire : la Nationale Volksarmee [Armée populaire nationale] de la RDA est intégrée à la Bundeswehr [Force de Défense fédérale] de la RFA.
Ces mesures visent à intégrer l’ancien territoire communiste dans l’économie capitaliste globale et se traduisent par la privatisation de 14'000 entreprises d’État et coopératives sous la supervision de la Treuhandanstalt [l’agence fiduciaire]. Cette dernière gère une surface foncière représentant 57 % de la RDA, devenant ainsi, en une nuit, le plus grand conglomérat du monde. Elle privatise ou liquide presque l’intégralité du Volkseigentum [patrimoine du peuple], allant des aciéries aux colonies de vacances, en passant par les épiceries et les cinémas de quartier. La Treuhandanstalt vend 85 % des anciens actifs productifs de la RDA à des propriétaires privés ouest-allemands, 10 % à des propriétaires privés étrangers, et seulement 6 % à des investisseur·euses est-allemand·es. Elle est dissoute le 31 décembre 1994.
L’absorption de la RDA dans la RFA ainsi que les activités de la Treuhandanstalt ont eu des conséquences économiques immédiates pour les Neue Länder [nouveaux États fédéraux] : on retrouve le territoire de l’ex-RDA désindustrialisé avec un nombre officiel de chômeur·euses qui grimpe de 7 500 en janvier 1990 à 1,4 million en janvier 1992. Si l’on inclut les travailleur·euses au chômage technique, en reconversion ou en préretraite, ce chiffre double14. Au milieu des années 1990, les Allemand·s de l’est se retrouvent exclu·es de ce qui constitue la base essentielle du capitalisme occidental : le travail et la propriété.

Entretien avec Marco, été 2016
Salut Marco ! Tu es un militant antifasciste allemand et, aujourd’hui, on va parler ensemble de l’histoire du NSU. Mais avant ça, pourrais-tu te présenter brièvement et nous dire quelques éléments concernant ton rapport à l’antifasciste en Allemagne ?
Marco : Je suis, au sens large du terme, un antifasciste autonome actif dans une grande ville au sud de l’Allemagne. À l’origine, je viens d’une région rurale et je m’y suis depuis toujours fortement engagé contre les fascistes, les nazis et la violence raciste. Il est important de clarifier que maintenant, j’habite et milite en ville et dans le sud. Les violences racistes de la part de la police y sont systématiques, mais les agressions racistes de la part de citoyen·nes sont relativement rares. En Allemagne, le problème flagrant du racisme et du fascisme existe principalement dans les zones rurales et certaines villes dans l’est. Cela s’aggrave souvent par le fait que les personnes qui sont cool quittent les régions rurales parce qu’elles s’y sentent isolées. Dans les villes, tu trouves tous les mouvements un peu radicaux de gauche, et c’est le cas depuis très longtemps. C’est une évolution historique qui existe en Allemagne depuis les années 70. Si en France, il existe depuis longtemps un mouvement de communautés politiques installées à la campagne, à quelques exceptions près, cela n’existe pratiquement pas chez nous.
Dans la grande majorité des régions métropolitaines, il existe plutôt une grande sous-culture de gauche, mais là aussi, il y a des exceptions, c’est notamment le cas en Allemagne de l’Est – à Leipzig, à Dresde, en Rhénanie-du-Nord–Westphalie et en Mecklembourg-Poméranie, le nazisme pose encore de grands problèmes.
Si la lutte contre l’extrême droite fait donc toujours partie de mon travail politique, ce n’est plus le sujet principal dont je m’occupe en permanence. Néanmoins, ce sujet fait évidemment partie de nos préoccupations, nous suivons les actualités et les évolutions, et, si nécessaire, nous nous organisons en conséquence.
L’histoire du NSU débute dans l’Allemagne de l’Est, quelques années après l’absorption de la RDA dans l’ancienne RFA. Pourrais-tu nous expliquer, en guise d’introduction, à quoi ressemble le contexte politique en Allemagne réunifiée ?
Après la réunification forcée15 des deux Allemagnes – la RDA et la RFA –, on a assisté dans les années 90 à une forte montée du nationalisme allemand au sein de la population. On peut considérer la réunification comme un véritable accélérateur de celui-ci. Elle a permis l’émergence d’une conscience nationale allemande complètement nouvelle et transformée.
Dans ce contexte, on a observé au début des années 1990 une importante augmentation de la violence d’extrême droite et des agressions dans la rue16, notamment, mais pas uniquement, en Allemagne de l’Est. Ces attaques ciblaient les migrant·es, les homosexuel·les, les personnes supposées de gauche, et, en général, toutes celles qui ne correspondaient pas à la vision méprisante du monde des nazis. On appelle cette époque, durant laquelle on recense de nombreuses attaques xénophobes en Thuringe et dans la Saxe voisine, y compris des incendies criminels sur des foyers17, les Baseballschlägerjahre [les années des battes de baseball].

Pendant toute cette période où la brutalité néonazie régnait dans les rues, l’État allemand minimisait ces crimes racistes, les présentant comme de simples bagarres entre adolescents. Les médias font souvent passer les agressions pour des rixes entre bandes de jeunes rivales ou ivres.
L’événement le plus connu des Baseballschlägerjahre est sans doute l’attaque raciste qui a eu lieu à Rostock-Lichtenhagen en 1992 : on se situait juste après la chute du mur et l’effondrement du bloc de l’Est, et au début des guerres en Yougoslavie. De plus en plus de personnes cherchaient refuge en Allemagne, et le nombre de demandeur·euses d’asile augmentait subitement, de 190 000 en 1990 à 440 000 en 1992. Lors de l’été 1992, les nouveaux Länder18 ne géraient pas l’afflux de demandeur·euses d’asile, et 1500 parmi ceux-ci et celles-ci se retrouvaient à dormir dans la rue à Rostock.

Dans un climat xénophobe où de nombreuses attaques contre des centres d’hébergement de demandeur·euses d’asile ont déjà eu lieu, fin août 1992, des milliers de personnes se rassemblaient autour du Sonnenblumenhaus [maison de tournesol]à Rostock. Cet immeuble, faisant partie du quartier Lichtenhagen, abritait la Zentrale Aufnahmestelle für Asylbewerber [Centre d’accueil central pour demandeurs d’asile], un centre d’accueil ainsi qu’un foyer pour travailleur·euses contractuel·les vietnamien·nes19. Pendant plusieurs jours, des jeunes lançaient des pierres et des cocktails Molotov sur le bâtiment, tandis que des milliers de riverain·es assistaient à ces événements, les applaudissant même20.

Suite à ces événements, l’État est allé à l’encontre des néonazis qui ont commis des actes de violence et des pogroms racistes. On se souvient du moment où Angela Merkel a visité les néonazis. À l’époque, elle était ministre de la Jeunesse au niveau fédéral, un poste relativement peu influent. Dans une vidéo, on la voit discuter avec des jeunes d’extrême droite, leur serrer la main et montrer une certaine compréhension pour leur mécontentement. Elle déclare : « Mais la violence, la violence ne devrait pas avoir lieu. Il faut d’abord épuiser tous les moyens pacifiques. » Cette déclaration laisse entendre qu’on pourrait considérer comme acceptable de jeter des pierres et des cocktails Molotov sur des demandeur·euses d’asile si on avait exploré toutes les voies légales au préalable21.

La présence des nazis dans la rue, un monde médiatique raciste et une agitation de droite au niveau parlementaire marquent l’ambiance sociopolitique de l’époque. En réponse, les élu·es choisissent de présenter cette génération montante de néonazis comme de jeunes incompris, et la solution proposée vise à traiter le problème migratoire sur le plan politique. Sous le gouvernement d’Helmut Kohl, l’État se droitise22, ce qui a conduit en 1993 à la réforme de la législation sur l’asile, connue sous le nom de Asylkompromiss [compromis sur l’asile]. Cette réforme entraîne une limitation massive des possibilités d’invoquer avec succès le droit fondamental à l’asile. La nouvelle loi sur l’asile a remplacé l’ancienne loi fondamentale et s’est depuis continuellement durcie.23
Peux-tu décrire ce qui se passe dans la scène néonazie de l’époque ?

À l’époque, les milieux nazis allemands étaient engagés dans une discussion stratégique générale, réfléchissant à l’avenir de leur mouvance. Ils entretenaient des liens avec d’autres groupes d’extrême droite à l’étranger24, dont plusieurs se voyaient réprimés et pratiquaient la clandestinité et la violence. Une des idées débattues à l’échelle internationale voulait que la clandestinité facilite une meilleure préparation à la lutte raciale. Selon leur vision, tôt ou tard, des personnes immigrées viendraient envahir l’Europe blanche, et il faudrait se rendre capable face à cette confrontation. Les nazis croyaient également que les élites dirigeantes refuseraient de s’impliquer dans cette lutte, ce qui justifiait leur organisation clandestine.
En même temps, ils s’attelaient à s’attaquer aux personnes migrantes présentes sur le territoire, à répandre la peur et l’angoisse parmi elles et eux, et, dans l’idéal, à les pousser à partir d’eux et elles-mêmes.
Nous allons maintenant parler des trois membres officiels du NSU : Beate Zschäpe, Uwe Mundlos et Uwe Bönhard. Quel est leur rapport avec ce milieu néonazi ?
Les trois sont nés dans les années 1970 et viennent de Thuringe, un des nouveaux Länder où le mouvement raciste prend de l’ampleur dans les années 1990. À ce moment-là, il·les sont des figures bien connues de la mouvance néonazie. Uwe Mundlos s’était déjà impliqué dans la sous-culture skinhead de la RDA dans les années 198025. Les services de renseignement surveillaient de près les mouvements des groupuscules néonazis à l’époque, car on observait dans la période qui suivait la réunification allemande une croissance significative de cette mouvance, avec des actions antisémites et racistes qui étaient régulièrement menées en Allemagne de l’Est. À la fin des années 90, les deux Uwe et Beate Zschäpe attiraient de plus en plus l’attention de la police : il·les participaient à des concerts et à des manifestations d’extrême droite, ils commettent des agressions racistes. Un jour, les trois se sont rendu·es au camp de concentration de Buchenwald, vêtu·es de tenues similaires à celles de la SA.

Pourquoi les trois disparaissent-il·les soudainement de la surface ?
Le 26 janvier 1998, des policiers effectuent des perquisitions dans leurs domiciles ainsi que dans trois garages loués par le trio. Les perquisitions font suite à une enquête liée à de fausses alertes à la bombe. La police fouille les appartements et deux garages sans trouver quoi que ce soit d’intéressant. Uwe Mundlos, qui est le seul des trois à assister à la perquisition, demande s’il peut partir, il prétend avoir un autre rendez-vous. On lui accorde cette demande, alors que continue la perquisition du troisième garage. C’est le premier scandale d’une série qui ne cessera de s’allonger ! Dans le garage, la police découvre de grandes quantités d’explosifs, des bombes artisanales en état de marche, ainsi que des plans pour des attentats contre des institutions publiques.

En conséquence, le parquet ordonne la mise en détention provisoire de Beate Zschäpe, Uwe Mundlos et Uwe Bönhard. Quelques jours plus tard, le tribunal d’instance d’Iéna émet des mandats d’arrêt contre les trois. Néanmoins, les trois s’échappent. Alors commence leur période de clandestinité.
Aujourd’hui nous savons qu’entre 2001 et 2006, après son passage en clandestinité, le NSU a tué dix personnes en utilisant la même arme, vadrouillé dans toute l’Allemagne, vécu dans différents appartements et dans des campings. Comment se fait-il qu’il·les ne se soient jamais fait·es prendre ?
En Allemagne, les homicides sont peu fréquents et considérés comme un crime grave. Pour cette raison, la police entame généralement une enquête approfondie en cas de meurtre. Ce qui fait ressortir le caractère troublant de cette affaire, c’est que, pendant une période de dix ans, neuf personnes ont été abattues sans que l’enquête ait donné le moindre résultat. Cela pose un véritable problème pour la légitimité de l’État, car ces meurtres non élucidés soulèvent des questions sur l’efficacité des forces de l’ordre.
Les enquêteur·euses de la police ont basé leurs investigations sur de fausses hypothèses. Les faits se révélaient pourtant clairs : des personnes d’origine étrangère étaient tuées, toujours avec la même arme, et les analyses ont tout de suite montré sans difficulté un lien entre tous ces assassinats.
Durant dix ans, la police a systématiquement enquêté dans l’entourage des victimes, partant du principe que, parce qu’elles étaient d’origines étrangères, ces victimes devaient forcément avoir quelque chose à se reprocher. La police s’est montrée extrêmement intrusive. Ils n’ont cessé de supposer que les hommes tués étaient impliqués dans des activités criminelles, comme le trafic de drogue ou des rivalités de clans. La méthode de la police, qui consistait à insinuer aux proches que leur mari, leur père ou leur ami cachait sa véritable nature de criminel, se révélait très éprouvante pour ces derniers.
On peut trouver frappant de constater qu’il n’est venu à l’esprit de presque personne, à part les familles et les communautés des victimes, de réfléchir au point commun évident entre toutes ces personnes abattues : leur origine étrangère. En 2006, un analyste de cas de la police, Alexander Horn, a soulevé l’hypothèse que des extrémistes de droite pourraient être les responsables des assassinats26. Cependant, les enquêteur·euses n’ont pas assez suivi cette hypothèse. On doit souligner que ce n’était pas seulement l’autorité policière qui a échoué, mais toutes les polices de Länder qui ont perpétuellement soutenu cette même thèse. Elles ont prétendu que ces affaires constituaient des querelles entre des membres d’une communauté, sans lien avec le racisme27. On a observé ce même raisonnement raciste dans toutes les instances policières, révélant ainsi une structure raciste sous-jacente au sein des forces de l’ordre.
La police a tenté de se défendre en affirmant qu’aucune revendication politique des meurtres n’avait été formulée. Ils soutiennent que, normalement, lorsque des individus commettent un acte pour des raisons idéologiques, les auteurs annoncent leurs motivations.2829
Une policière, Michèle Kiesewetter, a aussi été tuée, elle n’était pourtant pas étrangère…
Michèle Kiesewetter était une jeune policière de 22 ans que le NSU a assassinée en 2007 dans la ville de Heilbronn, au sud de l’Allemagne. Les enquêteurs soutiennent aujourd’hui l’hypothèse que l’acquisition d’armes serait probablement le mobile de ce crime30.
Mais dans cette affaire aussi, l’investigation a été extrêmement raciste : on a trouvé de l’ADN sur le lieu du crime, et cet ADN a ensuite été retrouvé partout en Europe centrale, c’est-à-dire en Suisse, en Autriche, aux Pays-Bas, et ainsi de suite31. Cela a conduit à l’émergence de la rumeur du Heilbronner Phantom [fantôme de Heilbronn]. On a détecté un ADN féminin qui semblait provenir d’une femme d’Europe de l’Est. On l’a cherchée de toute part, en affirmant que si quelqu’une commettait des crimes dans différents pays européens, c’est probablement parce que cette personne appartient à un peuple nomade. On a donc pourchassé une femme tzigane qui voyagerait en Europe et commettrait une série de crimes, dont le meurtre de cette policière allemande.

En 2009, et après de multiples analyses, il a été découvert que l’ADN trouvé sur les lieux des crimes était en fait issu de cotons-tiges utilisés par les enquêteur·rices. Il s’est avéré que l’usine qui produisait ces cotons-tiges n’avait pas respecté les procédures d’hygiène, entraînant leur contamination par de l’ADN d’une employée polonaise travaillant en Suisse et qui fabriquait ces cotons-tiges. La thèse du « fantôme d’Heilbronn », selon laquelle une femme gitane se promènerait quelque part en Europe et commettrait un nombre incroyable de délits, s’est alors complètement effondrée.32
Pourquoi les deux Uwes se sont-ils suicidés en 2011 ?
L’hypothèse principale dit que le NSU s’est auto-dévoilé parce que les deux Uwes avaient été repérés par la police suite à un braquage de banque : le matin du 4 novembre 2011, les deux hommes avaient une banque à Eisenach et s’étaient enfuis à vélo avec leur butin vers leur camping-car garé un peu plus loin. La police a immédiatement lancé une chasse à l’homme pour retrouver les voleurs et a reçu un indice d’un passant qui disait avoir vu deux hommes ranger leurs vélos dans un camping-car près de la banque. Lorsque, vers midi, les policiers ont trouvé le camping-car et s’en sont approchés, ils ont entendu deux coups de feu provenant de l’intérieur. Les deux hommes s’étaient alors suicidés, tout en incendiant leur camping-car.
Peu de temps après, Beate Zschäpe a elle aussi mis le feu à leur domicile, détruisant ainsi une partie des traces de leur vie commune. Elle s’est rendue à la police pas longtemps après ça.

C’est ici qu’il est important, d’un point de vue politique, de parler d’auto-dévoilement : ce n’étaient pas les flics ou l’État qui ont découvert et confirmé que des nazis en cavale depuis plus de dix ans semaient la terreur dans tout le pays en exécutant des innocents, et quil serait donc impératif de les attraper. Insister sur ce terme « d’autodévoilement » permet d’éviter que la police puisse se vanter d’avoir réussi ou d’avoir empêché quoi que ce soit. Au contraire, on souligne qu’elle n’a pas rempli sa mission sociale, qui est théoriquement de prévenir les crimes et de conduire des enquêtes. Les nazis se sont eux-mêmes dévoilé·es : les deux Uwe ont choisi la voie du suicide spectaculaire, tandis que Beate Zschäpe s’est rendue33.
Il y a tout de même des incohérences à propos de cela : pourquoi des nazis, armés jusqu’aux dents, auraient-ils eu si peur d’une voiture de police qui passait par là, au point de se suicider et d’incendier leur camping-car ? Ils auraient pu simplement aller en prison pour avoir braqué une banque, ou tirer sur les policiers qui passaient.
Le NSU opérait dans la clandestinité. Est-il possible que la scène nazie ou d’autres personnes aient été au courant de leur existence ?
Le NSU a pu opérer en toute discrétion jusqu’à ce que ses membres se dévoilent elle et eux-mêmes. Et pourtant, ceux et celles d’entre nous qui sont familier·es avec les activités parfois illégales savent que ces actes n’auraient pas pu être menés à bien sans soutien local. Il est absolument impensable que ces personnes de Saxe ou de Thuringe aient commis des meurtres en série, se soient caché·es dans des villes allemandes et aient traversé·es tout le pays sans pouvoir compter sur l’aide d’autres personnes. Toutefois, les autorités policières allemandes ont toujours affirmé que ces individus ont procédé seul·es. Aucune investigation approfondie n’a été menée pour vérifier s’il·les recevaient un soutien dans les zones où il·les opéraient. Lors du procès, la justice n’a inculpé que quatre hommes, dont le célèbre politicien du NPD (Nationaldemokratische Partie Deutschlands) Ralf Wohlleben.
Mais on peut de toute façon partir du principe que les trois étaient connu·es dans le milieu nazi. En effet, plusieurs indices ont émergé lors de l’enquête. À ce moment, l’abréviation NSU n’était pas encore sue publiquement, mais on a trouvé des références au NSU dans un magazine d’extrême droite, par exemple. 34


Pendant les premières années de leur clandestinité, les trois sont parvenu·es à se procurer des fonds et des armes. Cela n’aurait pas été possible, encore moins pendant une si longue période, sans le soutien de divers nazis35, de complices opérant dans la légalité.36
Pourrais-tu nous en dire plus sur le rôle du Verfassungschutz, le service de renseignement intérieur allemand, dans l’histoire du NSU ?
Durant les Baseballschlägerjahre, les années 90, le Verfassungsschutz recrutait régulièrement des V-Personen37, c’est-à-dire des informateur·rices, parmi des activistes de la scène nazie, et leur achetait des informations contre de l’argent. Dans les milieux nazis, le fait de filer des informations banales contre rémunération n’était pas forcément vu comme une mauvaise chose, c’était même souvent accepté. Des organisations nazies disaient « oui, si le Verfassungsschutz vous contacte, prenez l’argent et faites-en don ». Des nazis ont reçu des centaines de milliers de marks à l’époque38. C’est ainsi que le Verfassungsschutz a participé à financer des structures nazies.
Dans le cas du NSU, le réel scandale se situe précisément dans le rôle du Verfassungsschutz – sa passivité39 a incontestablement facilité la situation des néonazis. Le fait que des nazis tuent à travers le pays constitue le premier problème. Cependant, ce qui a suivi, c’est que l’État a couvert grossièrement ces nazis : les trois du NSU n’ont pas fait l’objet de véritables recherches, au contraire, les renseignements ont entravé les enquêtes. Entre les différentes institutions, on a constaté du sabotage. Le Verfassungsschutz avait des V-Personen qui entretenaient des contacts étroits avec ces trois personnes et il a averti la scène néonazie qu’une investigation était en cours, et ainsi de suite40. Il a aussi donné de fausses indications à la police concernant les lieux de séjour du trio41.
Il existe plein d’histoires révoltantes liées au Verfassungsschutz. Par exemple, après l’auto-dévoilement du NSU, un de leurs employé·es a tout simplement déchiqueté massivement les dossiers concernant cette affaire. La première action des services de renseignement suite à l’autodévoilement des néonazis a consisté à détruire des informations ! 42
Et finalement, un autre dossier bizarre est celui de Kassel, où le NSU a tué Halit Yozgat, le gérant d’un cybercafé, en 2006. Au cours de leur enquête policière concernant ce cas, les flics ont cherché à savoir qui était dans ce cybercafé au moment du meurtre. Il·les ont alors trouvé et identifié un type qui était le seul client du cybercafé pendant le meurtre. Il·les l’ont approché en tant que suspect et potentiel assassin. Il·les se sont rendu·es compte qu’il s’agissait de Andreas Temme, un fonctionnaire du Verfassungsschutz régional qui s’occupait précisément du suivi des V-Personen en Hessen. Malgré le fait qu’il était seul dans le cybercafé au moment du meurtre, ce type n’aurait alors pas remarqué que le propriétaire s’était fait abattre43.

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C’est invraisemblable… Mais, qui sait, peut-être c’est vrai… En théorie, il aurait pu simplement être assis dans ce cybercafé.
Comment réagir quand on entend des histoires comme celle-là ?
Il y a tellement de choses louches, de coïncidences troublantes dans tout ça… Quand on suit ce genre d’histoire, des idées conspirationnistes nous viennent évidemment à la tête.
Par exemple, dans le procès contre Beate Zschäpe, plusieurs personnes devaient comparaître, notamment issues des milieux nazis. Mais les témoins, et parfois des personnes proches de ceux-ci, sont décédé·es jeunes et en bonne santé d’accidents, de suicides, d’un diabète non détecté, etc.44Il y avait, par exemple, un type néonazi qui voulait faire une déposition et qui a annoncé à d’ancien·nes camarades de classe : « Je vais témoigner et ma déposition va s’avérer importante ». On l’a retrouvé mort le jour de son témoignage dans une voiture incendiée – il se serait suicidé. La police scientifique a alors été d’une si grande incompétence que la famille a sorti des objets de la voiture sans que celle-ci les confisque. La famille les a ensuite ramenés aux flics en disant : « C’est important pour cette affaire »45. Entre-temps, sa copine est décédée d’une embolie pulmonaire. Celles et ceux qui veulent comparaître meurent46, et celles et ceux qui témoignent prétendent souffrir d’amnésie… Parmi les nazis qui ont comparu devant les tribunaux, aucun ne se souvient de quoi que ce soit et tous continuent de couvrir Beate Zschäpe et le NSU !
On se rappelle ces enquêtes au nombre de fois où le travail a été bâclé. On pense au nombre de fois où les nazis ont bénéficié du soutien de leur entourage, au nombre de fois où les recherches ont foiré si grossièrement… C’est bien sûr difficile de croire au cours normal des choses et nous sommes devenu·es très prudent·es entre-temps vis-à-vis de la version des autorités. Tout nous paraît souvent si peu crédible.
Mais nous devons toujours nous le dire : nous ne sommes pas des flics, nous ne maîtrisons tout simplement pas certaines choses. Des gens prétendent, par exemple, que les Uwe ne se seraient pas suicidés, mais que les renseignements les auraient abattus. Que devons-nous penser de cette hypothèse ? Je sais que les policiers mentent, mais pourquoi mentiraient-ils à ce point ? Cela signifierait que les flics protègent quelqu’un qui aurait tué les nazis. Certes, c’est envisageable, mais pour qui et pour quoi ?
Nous ne voulons pas non plus tomber dans des théories du complot. Si nous nous battons contre les nazis, alors nous luttons aussi contre le conspirationnisme.47

Formuler des hypothèses sur l’action ou les motivations du Verfassungsschutz depuis une position de l’antifascisme autonome semble en effet difficile. On doit faire face à une asymétrie au niveau des informations qui est trop importante… Mais peux-tu quand même nous dire quelles pensées vous animent aujourd’hui sur son rôle dans cette affaire ?
La question de savoir si les services de renseignement ont juste toléré ou même encouragé de manière proactive que cela se produise fait l’objet d’un débat dans lequel différentes attitudes existent. On peut évoquer l’hypothèse que des institutions étatiques auraient soutenu le NSU jusqu’au plus profond de l’État. Personnellement, je doute de cela, car, d’une part, il me semble inimaginable, impensable, que les services de renseignement donnent réellement des armes aux nazis et leur disent « tuez des étrangers », et que ceux et celles-ci le fassent ensuite. Dans quel but ?
Mais en même temps, on doit constater que le Verfassungsschutz a protégé le NSU, ou l’a du moins toléré durant toute son existence. Le NSU aurait pu être démasqué à plusieurs reprises, et c’est déjà un énorme scandale en soi.
Ce que l’on peut dire à mon avis, c’est que différentes institutions et différents acteurs défendent différents intérêts, à certains moments concurrents. Leur intérêt demeure toujours que leurs propres actions, quelquefois foireuses, restent secrètes pour que rien ne bouge contre eux. Cela s’exprime, par exemple, dans la destruction des dossiers après l’auto-dénonciation du NSU.
En fin de compte, le scandale a éclaté au grand jour. Ici, on a vu noir sur blanc à quel point l’État constitue une institution durablement raciste. En tant que mouvance antifasciste autonome, nous avons toujours dit que l’État soutenait la droite, que l’État incarnait une institution raciste. Je pense que nous savions cela, de nombreux camarades défendaient depuis longtemps cette analyse que « l’État tue », ce n’était donc pas forcément une surprise en soi.
Comment l’opinion publique a-t-elle réagie ?
Pour les médias bourgeois ou pour la société bourgeoise, cela aurait dû constituer un bien plus grand scandale. Pourtant, la réponse s’y est montrée quasiment inexistante. Peut-être, le sujet s’avère tellement complexe qu’on doit s’y intéresser de plus près pour arriver à comprendre ce qui s’y joue. Les informations ne sont venues qu’au compte-gouttes, peut-être la réaction aurait été différente si on avait tout su en même temps… ?
L’histoire a été rendue publique, mais il n’y a pas eu de conséquences importantes, alors que c’est un scandale flagrant, que cela ébranle les piliers de l’État moderne. Ce qui se passe va à l’encontre de toutes les idées conçues sur ce que seraient les valeurs fondamentales de la société. Et pourtant, on observe une quasi-absence de réaction au sein de la société civile et des parlements, à l’exception près de quelques parlementaires de gauche. Ces dernier·ères ont mis en place des commissions d’enquête48, se sont agité·es et se sont indigné·es. Mais naturellement, les dirigeant·es ont tout avantage d’empêcher par tous les moyens que ces révélations aient de grandes conséquences. Car, bien sûr, quand l’État se manifeste comme une institution raciste qui soutient les nazis, il n’a pas intérêt à ce qu’on en fasse tout un foin.

Dans ce sens, on doit considérer la révélation des meurtres du NSU dans leur contexte. À l’époque, en 2011, nous nous trouvions au début du glissement massif à droite à l’échelle européenne. La situation politique se détériorait à nouveau lourdement. Pour nous, antifascistes, cela s’est principalement ressenti en ce qui concerne le travail quotidien contre les nazis et contre les racistes. Un an après l’auto-dévoilement du NSU sont réapparus des pogroms racistes en masse49. La société s’est en général beaucoup plus retournée contre les réfugié·es.
L’approbation sociale du racisme a augmenté et l’attention prêtée au NSU a diminué. Le fait que l’État assassine d’une manière ou d’une autre perdure. L’acceptation sociale de l’État meurtrier existe, elle est validée dans toute l’Europe. Je veux dire que les gens approuvent que, avec la complicité de l’Europe, les polices aux frontières de l’Europe tirent sur des réfugié·es dans des bateaux. Globalement, la société ne s’y oppose pas, elle le tolère, et une partie d’elle trouve même cela tout simplement normal. L’histoire du NSU en constitue une nouvelle illustration.
Si nous nous souvenons de l’ambiance des années 90, on peut alors se poser la question suivante : est-ce que le glissement à droite au niveau de l’État représente une réponse à la violence raciste dans la rue, ou la violence raciste découle-t-elle de la tendance de l’État à se droitiser ? On peut voir cela comme on veut, mais les deux se révèlent vrais à mon avis.
Dans quelle mesure cette histoire a-t-elle préoccupé le mouvement antifasciste avant l’auto-dévoilement ?
Nous savions simplement que quelqu’un avait tué plusieurs personnes durant une longue période avec la même arme. Malgré le fait que des manifestations de proches ont eu lieu au milieu des années 2000 pour dénoncer *« ce n’est pas possible ! Nous ne sommes pas des criminels ! C’est autre chose ! « *Nous n’avions pas conscience que c’était un sujet spécifique qui nous concernait. Nous ne les avons pas écouté·es non plus. Ce sont eux et elles qui ont affirmé « ce sont des meurtres racistes », mais il n’y a même pas vraiment eu de journalistes de gauche pour le soutenir.

En tant qu’antifas, nous devons procéder à une autoréflexion autour de ça. Nous disposions de l’expérience des années 1990 et de l’analyse qui en découle, c’est-à-dire que l’État et les nazis sont organisés main dans la main. Malgré cela, nous n’avons pas compris ce qui se passait. Nous devons aussi reconnaître que quelque chose a sûrement changé dans l’antifascisme autonome depuis l’auto-dévoilement du NSU. Cela a certainement ouvert les yeux. On pense maintenant à d’autres personnes migrantes que des tueurs ont abattues et dont les auteurs auraient pu être des imitateurs ou de diverses structures nazies. En tout cas, de telles choses doivent devenir envisageables.
En 2012, un jeune racisé a été assassiné en pleine rue dans le quartier de Neukölln, à Berlin. La police est encore partie de l’hypothèse qu’il devait forcément y avoir quelque chose à se reprocher. On a vu le même schéma d’enquêtes impossibles, etc. À ce moment, on s’est dit : « Attention, des parallèles avec le NSU et tout ça existent »50. Donc, oui, la gauche radicale s’en occupe davantage aujourd’hui.
Peut-être aurions-nous pu intervenir dans l’histoire du NSU. Nous devons nous poser la question : de quoi avons-nous les moyens et quel travail antifasciste souhaitons-nous mener ? Si des nazis organisés tabassent quelqu’un dans notre ville, nous pouvons essayer de les repousser, nous pouvons essayer de les intimider et de faire en sorte qu’ils cessent leurs agissements. Mais s’attaquer à une petite structure nazie en cavale et en mouvement s’avère nettement plus difficile. Nous n’avons malheureusement pas eu connaissance de son existence ou nous l’avons ignorée.
Le NSU ne constitue en effet qu’un exemple d’une organisation particulière de quelque chose qui se passe toutefois déjà depuis tout le temps en Allemagne. Depuis 1990 jusqu’à 2023, des nazis ont assassiné environ 200 personnes en Allemagne, dont dix par le NSU51. Et pourtant, les statistiques officielles de la police disent qu’on dénombre une centaine de meurtres racistes ou fascistes. Le constat doit être : « Ce n’est pas parce que le tribunal ne conclut pas à la fin qu’on a commis un meurtre raciste que ce n’en est pas un. »
La seule initiative autonome de réponse à cette histoire qui a duré quelques années, c’est la campagne « Verfassungsschutz auflösen »[dissolution du Verfassungsschutz]. Son approche consistait à dire : « L’institution du Verfassungsschutz a échoué, elle ne doit plus exister. » Mais disons les choses comme elles sont, ça n’a pas été un grand mouvement. On peut dire qu’on a peut-être raté quelque chose à ce moment-là.
Différents groupes s’organisent autour de cette affaire : par exemple, le NSU Watch52. Il·les observent le processus et les commissions d’enquête à ce sujet : il·les essaient de documenter et de mettre en évidence les incohérences de l’histoire. Le NSU Watch révèle beaucoup de choses que les autorités ne rendent pas publiques et démontre régulièrement que les trois néonazis n’ont pas pu perpétrer les assassinats sans le soutien que leur entourage leur a fourni.

Entretien mené en Suisse, en 2016
Mise à jour sur l’évolution de l’extrême droite en Allemagne
Depuis l’entretien, l’influence de l’extrême droite allemande n’a cessé de croître.
En 2014, le mouvement Pegida, Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlandes, a vu le jour et a organisé des manifestations jusqu’en 2024. Ces dernières ont attiré jusqu’à 25 000 personnes, principalement à Dresden.
En 2016, on a mis au jour un groupe néonazi survivaliste nommé « Nordkreuz ». Ses membres s’attendaient à l’effondrement imminent de l’État et planifiaient un massacre massif des personnes aidant les réfugiés et des militants de gauche.
En 2017, on a dévoilé le réseau « Hannibal » : une coordination de groupes de discussion cryptés rassemblant des policiers et des membres actuels et anciens de l’armée allemande. Ces derniers échangeaient des informations sur une crise à venir en Allemagne qui pourrait donner lieu à un coup d’État armé qu’ils devaient préparer. On pourrait alors s’emparer du pouvoir, arrêter ou tuer les politiciens et militants de gauche.
En 2019, un néonazi a tué le président du gouvernement régional de Kassel, Walter Lübcke, membre du parti de droite CDU. Il l’a tué pour le punir de ses prises de position sur l’accueil des réfugié·es et pour dissuader les autres de mener une « politique d’ouverture au monde ».
En 2020, à Hanau, Tobias Rathjen tue neuf personnes d’origine étrangère dans deux endroits différents, puis sa mère et lui-même.
Le parti AfD, Alternative für Deutschland, fondé en 2013, est devenu, après les élections fédérales de 2025, la deuxième force politique du pays.
En outre, le mouvement antifasciste s’interroge sur l’utilisation de la violence en tant que tactique pour contrer des personnalités influentes de la sphère néonazie. Plusieurs procès en cours visent à réprimer des militants antifascistes. Nous nous efforcerons de donner un aperçu de la situation et des débats en cours dans un futur article consacré à ce sujet.
Annexes : initiatives antiracistes et solidaires créées après l’affaire du NSU
Annexe 1 : Partie civile dans le procès NSU 53
« Le procès contre Beate Zschäpe et d’autres suspects du NSU s’ouvrira le 17 avril 2013 devant la chambre de la sûreté de l’État de la Cour d’appel de Munich. Il a été précédé d’un débat émotionnel sur le déroulement du procès et sur la politique d’admission des journalistes, que de nombreuses personnes d’origine turque ont perçu comme une exclusion de la presse turque.
À ce jour, plus de 70 proches des victimes des meurtres et des attentats à la bombe se sont joints à l’accusation du parquet fédéral en tant que parties civiles. Ils sont représentés par une cinquantaine d’avocats.
Le procès portera principalement sur la question de savoir si les accusations portées par le parquet fédéral contre les accusés Beate Zschäpe, André Eminger, Holger Gerlach, Ralf Wohlleben et Carsten Schulze peuvent être prouvées.
Il faut s’attendre à ce que ce procès soit au centre de l’attention des médias nationaux, voire européens. Cependant, nous avons constaté que de nombreux articles de presse cherchent avant tout à scandaliser plutôt qu’à éclairer. Même pour les personnes intéressées, il est souvent difficile de garder une vue d’ensemble des différentes informations. C’est pourquoi nous voulons, à travers notre blog, essayer de décrire le déroulement du procès du point de vue de la partie civile, si possible jour après jour, semaine après semaine.
En tant que représentants de la partie civile, nous défendons les intérêts des victimes des attentats meurtriers. Ceux-ci ne coïncident pas toujours avec l’intérêt du ministère public, qui souhaite voir les prévenus condamnés conformément à l’acte d’accusation. Du point de vue de nos clients, l’échec des autorités judiciaires, les enquêtes menées contre les familles des victimes et le racisme institutionnel manifestement présent dans les autorités responsables doivent également faire partie du traitement pénal des meurtres du NSU. Si des informateurs des services de sécurité ont effectivement été actifs dans l’entourage des meurtriers, voire qu’ils les ont soutenus, cela doit être abordé.
Nous voulons essayer de présenter le déroulement du procès, la présentation du déroulement de l’instruction et les efforts des différents représentants des parties civiles de manière aussi compréhensible que possible pour tous les lecteurs. À cet égard également, nous nous considérons comme partie prenante dans la lutte des victimes des meurtriers du NSU pour sortir du rôle de victimes et participer activement à l’examen des crimes. Cela inclut également la question de savoir qui, outre les accusés actuels, a soutenu l’organisation NSU, si d’autres personnes sur le territoire fédéral ont participé à la préparation ou à l’exécution des meurtres et dans quelle structure organisationnelle les meurtriers étaient intégrés. »
Annexe 2 : NSU Watch54
« La série de meurtres racistes commis par le “Nationalsozialistischer Untergrund” (NSU, groupe clandestin national-socialiste) marque un tournant dans l’histoire de la République fédérale d’Allemagne. Les actes du NSU, son réseau et le rôle des autorités restent encore largement méconnus, même après la fin du procès pénal du NSU à Munich.
NSU-Watch est soutenu par une alliance d’une douzaine de groupes et d’individus antifascistes et antiracistes de toute l’Allemagne qui travaillent sur ces questions depuis plus d’une décennie.
De 2013 à 2018, le travail de NSU-Watch s’est concentré sur l’observation du procès à Munich. Nous étions présents dans la salle d’audience pendant chacun des 438 jours du procès. Nous avons rendu compte de l’événement sur les réseaux sociaux et rédigé des procès-verbaux détaillés. En outre, l’observation des commissions d’enquête parlementaires sur le complexe NSU a été et reste un élément central de notre travail. À cette fin, des groupes régionaux NSU-Watch se sont formés dans plusieurs Länder. En 2020, nous avons publié notre livre “Aufklären und Einmischen. Der NSU-Komplex und der Münchener Prozess” (Informer et s’impliquer. Le complexe NSU et le procès de Munich).
Même après le tournant que fut le complexe NSU, le racisme, l’antisémitisme et la violence d’extrême droite restent virulents. L’attentat raciste perpétré au centre commercial Olympia de Munich en 2016, le meurtre de Walter Lübcke en 2019, l’attaque antisémite, raciste et misogyne à Halle en 2019 et l’attentat raciste à Hanau en 2020 en sont des exemples particulièrement tristes.
C’est pourquoi NSU-Watch continue ! Nous continuons à surveiller de près les tentatives d’enquête de l’État, nous continuons à documenter, à rechercher et à intervenir. Nos réseaux sociaux et notre podcast “Aufklären & Einmischen” (informer et intervenir), publié régulièrement depuis 2018, sont des outils importants à cet effet.
Outre l’observation des procès pénaux et des commissions d’enquête, la transmission de connaissances sur les néonazis, le complexe NSU et le terrorisme d’extrême droite est une tâche importante de NSU-Watch. En tant que projet de groupes (de recherche) antifascistes et antiracistes, NSU-Watch a accès à des connaissances approfondies sur la scène néonazie, les structures impliquées dans le NSU et d’autres structures du terrorisme d’extrême droite. Nous mettons en réseau des projets et des personnes compétentes dans le domaine de l’antifascisme, y compris des avocats de la partie civile, et élaborons des évaluations et des expertises communes. »
Annexe 3 : Initiative 6. April 55
Le 6 avril 2006, Halit Yozgat a été assassiné à Kassel pour des motifs racistes. C’est dans ce contexte qu’est née l’initiative « 6 avril » à Kassel. L’objectif commun de toutes les personnes impliquées est d’aborder les meurtres du NSU, leurs causes et leurs conséquences. L’initiative « 6 avril » souhaite examiner ces actes, en particulier dans le contexte local de Kassel. Il s’agit pour nous de nous interroger de manière critique sur le climat social qui a permis à cette terreur de perdurer si longtemps sans être découverte. Nous pensons que le traitement juridique devant la Cour d’appel n’est pas suffisant et souhaitons une réflexion plus approfondie ici, sur place.
Venez nous rendre visite et discuter avec nous !
L’initiative regroupe un large éventail de militants. Certains de ses membres sont liés professionnellement aux organisations qui la soutiennent. Cependant, la majorité des militants n’agissent pas en tant que représentants et sont pour la plupart actifs à titre bénévole dans la ville de Kassel.
Annexe 4 : Appel du mouvement Verfassungsschutz auflösen56
La coalition « Dissolution du “Verfassungsschutz” » appelle à une manif le 10/11/2012 à Cologne-Chorweiler devant le « Bundesamt für Verfassungsschutz » (BfV) sous le slogan « Dissolution du “Verfassungsschutz” – combattre le racisme ».
Il y a un an, on a appris que les terroristes néonazis du « Nationalsozialistischer Untergrund » (NSU) ont assassiné dix personnes et perpétré deux attentats à la bombe sous les yeux des forces de l’ordre. Pendant des années, la police a nié les motifs racistes des assassinats. De plus, elle a fait des victimes des bourreaux en suivant la piste de « criminalité des étrangers ». Une proche d’une victime a dû comparaître neuf fois devant la police en tant que suspecte, d’autres ont été observés pendant des mois.
Les enquêteurs ont surnommé la commission d’enquête spéciale « Bosphore », les médias ont inventé et propagé le terme « assassinats-kebabs ». Les deux expressions sont des stéréotypes racistes qui contribuent à banaliser les actes de violence et à humilier les victimes. Il ne s’agit là que de quelques exemples du racisme quotidien et institutionnalisé qui touche de nombreuses personnes en Allemagne.
Le racisme, on ne le trouve pas uniquement dans les lois, mais aussi chez le personnel des services de renseignements qui ne cache pas ses sympathies. Non seulement divers départements des services de renseignements étaient au courant des crimes du groupe terroriste, ils soutenaient également l’entourage du NSU avec des indics payés, dont un a même livré les explosifs aux terroristes néonazis. Alors que les forces de l’ordre avaient à plusieurs reprises des pistes où se cachaient les terroristes recherchés en vertu d’un mandat d’arrêt, ils n’ont rien fait.
Après la révélation des crimes du NSU, une politique effrayante de dissimulation a été mise en place : des dossiers ont été tenus en secret ou bien détruits, des mensonges ont été répétés dans les commissions d’enquête, les démissions restaient rares et tardives.
On veut nous faire croire qu’une série de pannes a gêné les enquêtes. Il est désormais clair pour tous comment les services secrets fonctionnent au quotidien : ils rassemblent des renseignements qu’ils détournent ou partagent en fonction des besoins, tandis que des groupes individuels au sein d’un service secret ou entre plusieurs services décident arbitrairement de la gestion de ces informations.
Les idées de droite ne sont pas neuves au sein du service de renseignements. Crée en 1950 avec de nombreux anciens nazis, il a participé à ce que d’anciens Résistants et Résistantes soient de nouveau emprisonné(e)s en Allemagne. Dans les années 60, il a combattu le mouvement étudiant. Dans les années 70 et 80, il a fourni le matériel pour les interdictions professionnelles visant les militants de gauche. Il y a neuf ans, l’interdiction du NPD a notamment échoué à cause de ses indics et agents informateurs au sein du parti.
C’est pourquoi : Tous à Cologne ! Siège de « l’Office fédéral de protection de la constitution » et du service de renseignements militaires (MAD) et ville où deux attentats à la bombe ont été perpétrés.
– Pour la divulgation de toutes les informations concernant les services de renseignements et le NSU et le soutien des néonazis par « l’Office fédéral de protection de la constitution » et les autres services secrets ! – Pour une commission d’enquête où toute personne a accès aux informations par le biais de représentants de son choix et de sa confiance ! – Contre le racisme et l’exclusion ! – Solidarité avec les victimes du NSU et leurs proches ! Dédommagement pour les enquêtes policières racistes et diffamatoires ! – Dissolution de « l’Office fédéral de protection de la constitution » – Abolition des services de renseignements
Coalition « Dissolution du “Verfassungsschutz” » Site internet : www.vs-aufloesen.de
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Aufklären und Einmischen. Der NSU-Komplex und der Münchener Prozess (Neuausgabe), 2020. Verbrecher Verlag, p. 32 [sauf autres indications, toutes les traductions ont été faites par la Forteresse cachée] ↩︎
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Kai Richarz, 2024, Neonazis hinterm Rennsteg : Verzögert, ausgebremst und doch etabliert ↩︎
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Parti national-socialiste des travailleurs allemands fondé par Adolphe Hitler en 1920. ↩︎
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Pour plus d’informations au sujet de la dénazification en RDA : mdr.de. ↩︎
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Depuis les années 1970, de nombreuses recherches ont mis en lumière la continuité juridique, économique, culturelle du régime nazi dans la RFA : Slate.fr ↩︎
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Sozialistische Einheitspartei Deutschlands [Parti socialiste unifié allemand]. Parti de cadres et d’État de la RDA qui est né en 1946 dans la zone d’occupation soviétique par la fusion du KPD [Parti communiste d’Allemagne] et du SPD [Parti social-démocrate d’Allemagne], sous la pression de l’occupant soviétique et contre la résistance partiellement farouche du SPD. L’organisation du SED suivait le principe du « centralisme démocratique » (obligation absolue de se conformer aux décisions des niveaux supérieurs pour les niveaux inférieurs) et était entièrement hiérarchique. ↩︎
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Kai Richarz, 2024, Neonazis hinterm Rennsteg : Verzögert, ausgebremst und doch etabliert ↩︎
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À partir des années 1960, la RDA a commencé à attirer de la main-d’œuvre étrangère des Bruderstaaten [les États frères], elle a ainsi conclu des accords interétatiques avec de nombreux pays socialistes : Pologne, Hongrie, Mozambique, Nord-Vietnam, Angola, Cuba, Nicaragua, République démocratique populaire du Yémen, Corée du Nord, Chine. Les travailleur·euses migrant·es vivaient dans des foyers qui leur étaient réservé·es. Il·les partageaient une chambre pouvant accueillir jusqu’à quatre personnes, les logements étaient séparés par sexe et les contrôles d’accès étaient stricts. La routine quotidienne était rigoureusement encadrée et organisée : en dehors du travail, les travailleur·euses avaient l’obligation de suivre des cours d’allemand et, selon leur métier, des cours de mathématiques, de sciences naturelles ou de matières techniques. Les travailleur·euses étranger·ères devaient également participer à des formations idéologiques sur le socialisme en RDA. Pour une femme, une grossesse rompait le contrat de travail et signifiait une expulsion immédiate du territoire (jusqu’en 1990, ce sont environ 300 femmes par année qui devaient rentrer dans leur pays parce qu’elles étaient tombées enceintes). L’expulsion pouvait aussi être prononcée en cas de non-respect des exigences de production ou de violation de la « discipline de travail socialiste ». Le nombre total de travailleur·euses contractuel·les en RDA en 1981 était de 24 000 personnes, et d’environ 94000 personnes en 1989. Environ les deux tiers étaient d’origine vietnamienne. Bundesstiftung Aufarbeitung, Arbeitsmigration in die DDR, Vertragsarbeiterinnen in der DDR, Vũ Vân Phạm ↩︎
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Axel Schild, Die Renaissance der Nationalen Frage in den 1980er Jahren, ↩︎
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À partir de la fin des années 1970, l’extrême droite a intensifié ses attaques contre les réfugié·es et les travailleur·euses immigré·es. Par exemple, à Hambourg, deux Vietnamiens, Nguyễn Ngọc Châu et Đỗ Anh Lân, sont morts le 22 août 1980 dans un incendie criminel qui a ravagé un centre d’hébergement pour réfugiés. Plus tard, le 24 juin 1982, à Nuremberg, William Schenck, Rufus Surles et Mohamed Ehap ont été assassinés pour motif raciste. ↩︎
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Allemagne de l’Est, histoire d’une annexion, Le Monde Diplomatique, 2019 ↩︎
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De nombreux·ses militant·es et expert·es considèrent le concept de « réunification allemande » [die deutsche Wiedervereinigung] imprécis. En 2019, l’article « Allemagne de l’Est, histoire d’une annexion » paru en une du Monde diplomatique remet cette question sur le tapis dans le monde francophone. Les auteurs y soutiennent que « la réunification n’a jamais eu lieu ». Au contraire, en 1990, « soutenue par les États-Unis et face à la passivité d’une URSS affaiblie, la République fédérale [allemande], dirigée par le chancelier conservateur Helmut Kohl, réalise en quelques mois un coup de force spectaculaire : l’annexion d’un État souverain, la liquidation totale de son économie et de ses institutions, et la transplantation d’un régime de capitalisme libéral ». En échange de libertés politiques et d’infrastructures plus développées, la population est-allemande est plongée dans les flots du capitalisme. » ↩︎
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En 1991, on enregistre 1 500 actes xénophobes, incluant des dégradations matérielles, des agressions physiques et des incendies criminels. Deutscher Herbst 1991. Rechte Gewalt und nationale Selbstbetrachtung, bpb.de ↩︎
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Quelques exemples : Entre le 17 et le 23 septembre 1991, plus de cent personnes se sont rassemblées à Hoyerswerda, en Saxe, pour attaquer les logements de réfugié·es et de travailleur·euses migrants. Entre le 22 et le 26 août 1992 a eu lieu le pogrom de Rostock-Lichtenhagen : des personnes ont attaqué un foyer pour anciens travailleur·euses contractuel·lles vietnamien·nes ainsi qu’un centre d’accueil central pour demandeur·euses d’asile. Ils ont incendié les bâtiments, là encore sous les applaudissements de plusieurs milliers de spectateurs. Néanmoins, les attaques racistes ne se sont pas cantonnées à l’est de l’Allemagne : le 23 novembre 1992, la maison de la famille Arslan a été incendiée à Mölln (Schleswig-Holstein, dans le nord du pays), tuant Yeliz Arslan, 10 ans, Ayşe Yılmaz, 14 ans, et Bahide Arslan, 51 ans, et blessant gravement d’autres membres de la famille. Le 28 mai 1993, des militants d’extrême droite ont tué cinq femmes et filles en incendiant la maison de la famille Genç à Solingen (Rhénanie-du-Nord–Westphalie, ouest de l’Allemagne). Liste exhaustive des attaques des Baseballschlägerjahre ↩︎
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Après la chute du mur, on appelle « nouveaux Länder » les cinq Länder rétablis de RDA qui ont rejoint la RFA. Ces « nouveaux Länder » sont le Brandebourg, le Mecklembourg–Poméranie-Occidentale, la Saxe, la Saxe-Anhalt et la Thuringe. Le Land de Berlin, qui résulte de la fusion entre Berlin-Est et Berlin-Ouest, n’est généralement pas considéré comme l’un des nouveaux Länder, même si de nombreux habitant·es sont d’ancien·nes Allemands de l’Est et que plusieurs de ses quartiers se situent dans l’ancien Berlin-Est. Depuis 1991, l’Allemagne compte donc 16 Länder au total. ↩︎
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Après la réunification, de nombreux travailleur·euses immigré·es vietnamien·nes, qui avaient travaillé dans les entreprises publiques de RDA, se sont retrouvé·es sans emploi et logés dans des foyers pour réfugié·es. Un de ces foyers se trouvait à Rostock, dans le nord-est de l’Allemagne, dans le quartier de Lichtenhagen. ↩︎
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Pour un récit détaillé de cette histoire, voir Vor 30 Jahren: Die rassistisch motivierten Ausschreitungen von Rostock-Lichtenhagen. Bpb.de. ↩︎
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« Aber Gewalt, Gewalt darf nicht sein. Erst müssen wirklich alle friedlichen Mittel ausgeschöpft werden » ↩︎
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« Le chancelier fédéral Helmut Kohl a parlé le 24 octobre 1992 de manière grandiloquente de l’état d’urgence de l’État. Un état d’urgence pour lequel environ 450 000 réfugiés, ayant demandé l’asile en Allemagne en 1992, devaient être tenus pour responsables : « La limite de la capacité d’accueil a été dépassée. La situation s’est dramatiquement aggravée. Si nous n’agissons pas maintenant, nous risquons de faire face à une crise de confiance profonde envers notre État démocratique, oui – je le dis avec prudence – à un état d’urgence de l’État. Les gens attendent de nous des solutions rapides, des solutions qui fonctionnent et qui mettent un terme efficace aux abus du droit d’asile. » (Helmut Kohl, lors du congrès extraordinaire de la CDU à Düsseldorf en 1992) Le SPD n’était pas en reste face à cette campagne raciste : « Nous ne pouvons pas être la bête de somme des pauvres du monde. […] Le mécontentement des gens est immense. Croyez-vous vraiment qu’ils accepteront calmement que des millions d’étrangers arrivent de manière désordonnée ? », Wolf Wetzel, « Der NSU-VS-Komplex : Wo beginnt der Nationalsozialistische Untergrund - wo hört der Staat auf ? ». ↩︎
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Selon le nouvel article 16a de la Constitution, une personne ne devrait plus pouvoir demander l’asile si elle est entrée en Allemagne via un pays de l’UE ou qu’elle provient d’un pays tiers soi-disant sûr, c’est-à-dire des pays qui sont engagés envers la Convention de Genève relative aux réfugiés et la Convention européenne des droits de l’homme. ↩︎
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Entre autres, les réseaux Blood & Honour et Combat 18. Blood & Honour (« sang et honneur ») est un réseau de promotion de musique néonazie fondé en 1987, composé de skinheads et d’autres nationalistes. Les militant·es de Combat 18 (C18) sont des suprématistes blancs. « Combat 18 », 1 pour Adolph et 8 pour Hitler. L’objectif de toutes leurs actions est l’établissement d’un État totalitaire, inspiré du régime national-socialiste historique. Cette organisation néonazie a vu le jour en 1992. Le groupe s’organise internationalement dans un réseau dépourvu de chef dans lequel les membres exécutent de manière autonome des actes terroristes, tels que des meurtres et d’autres violences. Bien que les cellules aient des contacts informels et peu fréquents entre elles et qu’elles gardent en commun l’objectif de C18, il n’existe pas de structure de direction ou d’organisation. Leur objectif est de provoquer un renversement politique par l’insécurité et la désorientation tout en démontrant à quel point la société démocratique est vulnérable. ↩︎
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À partir du milieu des années 1980, les skinheads d’extrême droite sont devenus un problème grave dans la région berlinoise. À Potsdam, dès 1984, le service de renseignement de la Stasi signalait chez les jeunes des tendances inquiétantes à la xénophobie et à la glorification du fascisme. Jusqu’en 1985, il existait à Potsdam une culture mixte d’extrême droite qui comprenait, outre les skinheads, des « punks nazis ». Les punks nazis arboraient des coiffures iroquoises, des chaînes ou des ceintures à clous ainsi que des symboles d’extrême droite avec lesquels ils et elles provoquaient les conventions sociales. À partir de 1985, beaucoup parmi les punks nazis rejoignent les skinheads et affirment une orientation plus agressive, notamment en portant des vêtements militaires. Mit schwachem Schild und stumpfem Schwert – Staatssicherheit und rechtsextreme Skinheads in Potsdam 1983-1989.Bpd.de ↩︎
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En analysant les données factuelles des crimes (même arme, crime commis pendant la journée, les victimes ne se connaissaient pas, elles étaient interchangeables du point de vue de l’auteur), Alexander Horn supposait qu’il pouvait s’agir d’une ou deux personnes proches de la scène d’extrême droite jusqu’en 2000. Il analysait qu’il pouvait s’agir d’une personne ayant des opinions xénophobes et haïssant la plus grande minorité ethnique d’Allemagne, les Turcs. Lorsqu’il a présenté son travail devant le « BAO Bosporus » à Nuremberg le 9 mai 2006, il déclare : *« S’il y a deux auteurs, ce qui semble très probable, ils sont liés par une forte dynamique. Ils mettent en scène leurs actes comme une aventure, comme une opération militaire. Ils sont soit des frères, soit des frères d’esprit. » *Dans sa conclusion, le profileur criminel a notamment recommandé, comme piste d’enquête, de rechercher des personnes ayant une affinité pour les armes ou les explosifs et proches de la scène nazie. antifra Debatte, Bildung, Vernetzung zu Migration und gegen Rassismus und Neonazismus ↩︎
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En 2007, le commissaire Udo Haßmann, travaillant à la police judiciaire du Bade-Wurtemberg, est le principal analyste chargé de l’affaire. Il dresse notamment le profil du coupable : « Étant donné que le meurtre est fortement tabou dans notre culture, on peut en déduire que l’auteur se situe bien en dehors du système de normes et de valeurs qui prévalent ici. Il est donc probable que ces individus aient grandi à l’étranger ou y résident encore. » Migazin.de ↩︎
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Et pourtant, en 2010, avant que le trio se dévoile, un CD de « Gigi und den braunen Stadtmusikanten » [Gigi et les musiciens bruns de la ville]circule parmi les néonazis, sur lequel figure la chanson « Döner-Killer »[Le tueur de kebabs]. On y entend : « Il l’a déjà fait neuf fois, La SOKO Bosporus sonne l’alarme, les enquêteurs sont sous pression, une trace de sang et personne n’arrête le fantôme, Plus palpitant que n’importe quel thriller ils traquent le tueur de kebabs, neuf fois, il a tué brutalement jusqu’à présent, mais le désir de tuer n’est pas encore assouvi. » rechte-gewalt.org ↩︎
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Une fois le trio dévoilé, la revendication des meurtres ne tardera pas : en fuyant son appartement de Zwickau, Zschäpe envoie à 15 adresses une vidéo revendiquant les faits. Le film de 15 minutes montre la haine qui animait les auteurs. Les néonazis y réclament « des actes plutôt que des paroles ». À travers un mélange de scènes tirées du dessin animé « La Panthère rose », de photos prises par eux-mêmes des cadavres ensanglantés et de commentaires cyniques, les néonazis se moquent de leurs victimes et laissent entendre que la série de meurtres n’aurait pas dû s’arrêter après dix morts : à côté des photos des personnes assassinées, d’autres cadres sont laissés vides pour les futures victimes. ↩︎
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Avec le temps, les enquêtes sur ce meurtre avancent et de possibles motifs liés à des liens entre la policière et le NSU apparaissent. À l’heure actuelle, le motif du meurtre n’est toujours pas clair. ↩︎
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Les traces d’ADN trouvées sur une 40 scènes de crimes, ont établi un lien entre ce meurtre et toute une série d’autres crimes commis entre 1993 et 2009. ↩︎
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Pour écouter un reportage sur cette histoire en français, vous pouvez écouter le Podcast Hondelatte Raconte sur Europe 1 ↩︎
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En fuyant son appartement de Zwickau, Zschäpe avait envoyé à 15 adresses une vidéo macabre revendiquant les faits. Ce film d’un quart d’heure montre la haine inhumaine qui animait les auteurs. Les néonazis y réclament « des actes plutôt que des paroles ». À travers un mélange de scènes tirées du dessin animé « La Panthère rose », de photos prises par eux-mêmes des cadavres ensanglantés et de commentaires cyniques, les terroristes se moquent de leurs victimes et laissent entendre que la série de meurtres n’aurait pas dû s’arrêter après dix morts : à côté des photos des personnes assassinées, d’autres cadres sont restés vides pour les futures victimes. Spiegel.de ↩︎
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C’est dans le numéro 18 du fanzine nazi « Weißer Wolf » [le loup blanc]qu’on pouvait déjà lire en 2002 : « Merci au NSU. Cela a porté ses fruits – le combat continue… :) ». À cette époque, les autorités ignoraient encore l’existence d’un groupe terroriste appelé NSU. Il a par la suite été prouvé que le groupe terroriste n’a pas dépensé seul l’argent provenant de ses braquages, mais en a reversé une partie à d’autres groupes d’extrême droite violents et à des projets de journaux. Im Untergrund, aber nicht allein Beate Zschäpe und die Vernetzung des NSU in der rechtsextremen Szene. bpb.de ↩︎
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Selon la déclaration faite dans la vidéo de revendication envoyée par Beate Zschäpe avant qu’elle se rende, le NSU se considérait bien comme un « réseau de camarades ». Jusqu’à la mort des deux Uwe en 2011, le contact avec la scène d’extrême droite n’a jamais été rompu. Les trois néonazis en cavale étaient caché·es et armée·s par des camarades de Saxe qui leur fournissaient aussi de faux papiers. Ainsi, même après les premiers meurtres racistes commis par le NSU en 2000, les soutiens du trio ont continué à les rencontrer, leur procurer des armes et leur servir de messagers. Le camping-car loué sous une fausse identité dans lequel Böhnhardt et Mundlos ont finalement trouvé la mort a été récupéré par Beate Zschäpe avec sa camarade Susann E. Son mari, un néonazi convaincu originaire de Zwickau, est considéré comme l’ami le plus intime du trio et, selon le Tagesspiegel, pendant le procès, il aurait fait un clin d’œil complice à Zschäpe, qui lui aurait répondu par un clin d’œil. Im Untergrund, aber nicht allein Beate Zschäpe und die Vernetzung des NSU in der rechtsextremen Szene. bpb.de ↩︎
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Comme les trois néonazis en clandestinité étaient régulièrement à court d’argent, les camarades de Thuringe ont organisé des concerts au profit des fugitif·ves et ont collecté des fonds pour eux, notamment les anciens camarades de Iéna autour de Ralf Wohlleben. On ne sait pas exactement comment le NSU s’est financé et organisé pendant les plus de dix ans de cavale. À Zwickau, les trois menaient en tout cas un train de vie supérieur à la moyenne, bien qu’ils n’aient pas d’emploi. Le loyer de leurs appartements s’élevait à 800 euros par mois chacun. Plus de 50 locations de véhicules ont été constatées à ce jour, principalement des caravanes coûteuses. Chaque année, le trio passait plusieurs semaines de vacances en camping-car au bord de la mer baltique. Fr et Im Untergrund, aber nicht allein Beate Zschäpe und die Vernetzung des NSU in der rechtsextremen Szene. bpb.de ↩︎
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Le « V » signifie « Verbindung » [liaison]ou « Vertrauen »[confiance]. Les V-Männer/V-Frauen/V-Personen sont des informateur·rices qui travaillent sous couverture et doivent accomplir leur mission sans être reconnu·es. Ils et elles travaillent pour la police, les douanes ou les services de renseignement. Ils et elles sont censés fournir des informations sur les crimes planifiés ou commis dans le milieu de la drogue ou au sein d’organisations illégales. Leur activité d’informateurs s’étend aux organisations politiques extrémistes. Contrairement à un « enquêteur sous couverture », qui est généralement un fonctionnaire de la police ou d’une autre autorité publique, les informateur·rices sont des particuliers et ne sont pas des employé·es. Ils et elle font partie du milieu sur lequel ils et elle transmettent des informations aux autorités. Ils et elle sont généralement rémunérés pour les informations qu’ils fournissent. L’identité des informateurs est particulièrement protégée. Das junge Politik-Lexikon V-Mann / V-Leute. bpb.de ↩︎
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Au total, le V-Mann et néonazi actif Tino Brandt a reçu plus de 200 000 DM (équivalant en à 100 000 euros) pour sa collaboration avec les renseignements, soit environ 800 DM par semaine. En contrepartie, Brandt fournissait des informations sur les actions violentes prévues ou commises par des néonazis, identifiait des personnes sur des photos qui lui étaient présentées et donnait des informations sur les commentaires et les décisions internes du NPD, Parti national-démocrate allemand [Nationaldemokratische Partei Deutschlands], dans lequel il faisait office de cadre. Brandt a déclaré plus tard dans le journal Thüringer Allgemeine qu’il avait principalement utilisé cet argent pour financer des activités d’extrême droite, notamment pour le Thüringer Heimatschutz [THS, « Protection de la patrie thuringienne »]. ↩︎
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Le Bundesamt für Verfassungsschutz [Office fédéral pour la protection de la Constitution] a son siège à Cologne et dépend du ministère fédéral de l’Intérieur. Sa mission consiste à protéger l’ordre démocratique fondamental de la République fédérale d’Allemagne, tel qu’il est inscrit dans la Constitution. Cet office n’a pas les mêmes pouvoirs que la police, mais ses collaborateurs collectent et évaluent des informations sur des activités suspectes contraires à la Constitution. Celles-ci peuvent provenir, par exemple, d’un groupe d’extrême droite ou d’extrême gauche qui s’oppose ouvertement à l’ordre démocratique et menacerait ainsi la réputation et l’existence de l’Allemagne. Les principales missions des agent·es du Verfassungsschutz sont la surveillance et la prévention des activités terroristes, la protection contre l’espionnage politique et économique et la lutte contre les actes de sabotage. Ils surveillent également le parti d’extrême droite NPD, les groupes islamistes ou la secte scientologue, soupçonnés de violer la Constitution. Das junge Politik-Lexikon: Verfassungsschutz. bpb.de ↩︎
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Après de nombreuses auditions de membres du Verfassungsschutz, de policier·ères, d’hommes politiques et d’autres personnes au sein d’une commission d’enquête sur le NSU, son travail désastreux a été prouvé. Une des méthodes utilisées par celui-ci était la pratique qui consistait à recruter des informateurs parmi les dirigeants de la scène néonazie de Thuringe en leur proposant des contreparties. Outre des sommes d’argent importantes, le Verfassungsschutz a également fourni des téléphones portables, des télécopieurs, des ordinateurs et pris en charge des frais de déplacement. Les déclarations d’anciens informateurs nazis, tels que Tino Brandt, selon lesquelles cet argent aurait été réinjecté dans la scène par les militants nazis, ont été timidement démenties : selon un responsable interrogé par une commission d’enquête, les 200 000 DM destinés à Brandt auraient été dépensés dans « toutes sortes de gadgets techniques » par ce dernier, et non pour ses activités politiques. Pourtant, les recherches menées par la commission ont révélé que, dans certains cas, les services de renseignement auraient payé les frais d’avocat de néonazis thuringiens. En outre, la commission a mis en évidence la manière dont le Verfassungsschutz protégeait ses sources contre les poursuites pénales. Ses fonctionnaires se rendaient régulièrement dans les tribunaux et au parquet de Thuringe pour consulter les dossiers des procès contre les néonazis. Des témoins ont rapporté que cela avait également permis d’obtenir le classement de certaines affaires et qu’il·les auraient été prévenus plusieurs fois à l’avance des descentes de police. Un responsable des V-Personen a également admis devant la commission d’enquête avoir saisi des objets problématiques appartenant à sa source avant que la police procède à une perquisition. nsu-watch.info ↩︎
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Le Verfassungsschutz de Thuringe a, par exemple, signalé au Landeskriminalamt (Office régional de police criminelle) et aux enquêteurs chargés de l’affaire que le trio s’était enfui en Afrique du Sud, alors qu’à ce moment-là, il existait déjà des indices laissant supposer que les trois individus s’étaient cachés en Saxe, plus précisément à Chemnitz. ↩︎
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Un employé du Verfassungsschutz (portant le pseudo Lothar Lingen) a fait détruire, le 11 novembre 2011, une semaine après la mort des deux Uwe et trois jours après la mise en détention provisoire de Beate Zschäpe, des dossiers concernant sept V-Personen en Thuringe. Les spéculations ont été nombreuses quant aux raisons pour lesquelles Lothar Lingen voulait voir les dossiers détruits. Selon un article de la Zeit, seuls les adeptes des théories du complot croient que ces dossiers contenaient des preuves que le Verfassungsschutz aurait été en contact avec le NSU, voire l’aurait contrôlé. Pour le journal, il semble plus plausible que ces dossiers auraient montré que les services de renseignement avaient manqué l’occasion d’arrêter les trois terroristes d’extrême droite, ou qu’ils avaient jugé plus important de protéger leurs informateur·trices que d’empêcher des crimes. Lorsque la destruction des dossiers a été révélée à l’été 2012, le président du Verfassungsschutz de l’époque, Heinz Fromm, a démissionné. Son successeur, Hans-Georg Maaßen, a lui-même été contraint de démissionner en 2018 pour avoir minimisé à plusieurs reprises les actes de violence commis par l’extrême droite. zeit.de et tagesschau.de ↩︎
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Temme affirme ne pas avoir entendu les coups de feu et ne pas avoir vu Halit Yozgat, mortellement blessé, quitter le café. Il ne se présente pas non plus aux appels à témoins lancés par la police. Lors d’une perquisition à son domicile, des armes et du matériel de propagande néonazie sont trouvés chez cet agent des services de renseignement qui, pendant son adolescence, était surnommé « petit Adolf » par son entourage. Taz.de ↩︎
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C’est le cas notamment pour Florian H., qui avait dit à d’anciens camarades de classe en août 2011 qu’il allait témoigner contre le NSU. En septembre 2013, il s’est suicidé. Une autre histoire concerne l’informateur nazi « Corelli », qui distribuait depuis 2005 des CD portant l’abréviation NSU. Avant qu’il ne n’ait pu faire une déposition complète comme il avait annoncé, il est décédé de mort naturelle en avril 2014. La même chose est arrivée à la petite amie de Florian H. en mars 2015. La théorie selon laquelle les témoins devaient mourir parce qu’ils en savaient trop est néanmoins contestée par le NSU-Watch, qui est l’observatoire militant antifasciste qui s’est créé autour de l’affaire du NSU. Pour le NSU-Watch, sur cinq des six morts que l’on met souvent en lien avec le Complexe du NSU, la mort naturelle est plausible. Pour le NSU-Watch, il est important de ne pas se faire avoir par des théories du complot. Ils écrivent : « Particulièrement répandue parmi les adeptes des mythes du complot : l’affirmation selon laquelle il y aurait une extinction des témoins […]. Il y a eu plusieurs décès de personnes qui avaient, à des degrés divers, mais généralement de manière assez vague, un lien avec le complexe NSU […]. Ils donnent lieu à diverses conjectures et affirmations selon lesquelles les défunts auraient été assassinés les uns après les autres afin qu’ils ne puissent pas révéler les secrets sur les « véritables responsables ». Ils disent : « Alors que le néonazi et V-Mann du Verfassungsschutz, Thomas Richter, alias Corelli, avait effectivement des contacts avec l’entourage proche du trio central du NSU, et que la mort de Richter comporte effectivement des incohérences qui n’ont pas encore été complètement élucidées, il n’y a guère ou pas de raison de croire que d’autres témoins présumés assassinés aient eu des contacts avec le réseau NSU ou des informations sur ses meurtres. » nsu-watch.info ↩︎
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Florian H. avait annoncé à des connaissances qu’il savait qui avait tué la policière Michèle Kiesewetter. Il est mort en 2013, dans sa voiture qui a pris feu. Avant que sa voiture parte à la casse, la famille y avait trouvé des objets que la police avait apparemment négligés : un pistolet, une machette, un briquet et un trousseau de clés disparu depuis longtemps. Spiegel.de ↩︎
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En 2015, l’amoureuse de Florian, Melisa M., est morte d’une embolie pulmonaire. Un plus tard, son nouveau compagnon, Sascha W, qui devait aussi témoigner, est retrouvé mort, supposément suicidé. Taz.de ↩︎
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Pour le NSU-Watch, il est nécessaire d’être extrêmement vigilant·es quant aux différentes théories conspirationnistes qui ont pu émerger de l’affaire du NSU : « Une partie non négligeable de l’opinion publique autour du complexe NSU est occupée par des mythes conspirationnistes. Ce faisant, les autorités, avec leurs tentatives de se protéger, leur secret et leurs dissimulations, ont préparé le terrain sur lequel un champ hétéroclite de spéculations et de théories a pu germer. Compte tenu des incohérences flagrantes dans l’affaire NSU, il est donc juste et nécessaire de spéculer. Malheureusement, bon nombre de ces spéculations ne sont pas des réflexions fondées sur des faits qui seraient ouvertes à la contradiction et à la discussion. Depuis des années, divers mythes circulent sur le NSU, qui ont malheureusement souvent une plus grande portée que les meilleures recherches journalistiques ou antifascistes sur l’affaire NSU. […] À notre avis, les théories du complot sur le complexe NSU remplissent différentes fonctions. Elles offrent à l’extrême droite la possibilité de se présenter comme victime en inversant les rôles entre coupable et victime. Mais au-delà de la droite, la popularité des mythes conspirationnistes comporte également des traits de déni de responsabilité. Tant que le NSU apparaît essentiellement comme un projet des services secrets, il n’est pas nécessaire de se confronter au racisme dans les administrations, les médias et la société – et donc à son propre racisme. Pour certains gauchistes, il semble encore aujourd’hui inconcevable que les nazis agissent réellement de leur propre initiative idéologique, qu’ils puissent être plus que de simples marionnettes de l’État – ou même […] d’un autre État. En même temps, les mythes conspirationnistes peuvent avoir un effet paralysant, car ils offrent une justification confortable pour se contenter des questions ouvertes dans le complexe NSU au lieu de poursuivre l’enquête. Bien sûr, dans une vue d’ensemble du complexe NSU, il faut aborder le rôle des services de renseignement et l’entrave active à l’enquête par les autorités. Se concentrer uniquement sur les services de renseignement et présenter des hypothèses non prouvées ou déjà réfutées comme des faits ou du moins comme “réalistes” risque plutôt d’entraver la véritable enquête. » Aufklären und Einmischen, der NSU-Komplex und der Münchener Prozess. ↩︎
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Der NSU Untersuchungsausschlus,Der NSU-Untersuchungsausschuss. bpb.de ↩︎
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Selon le journal allemand die Zeit, le nombre d’infractions commises contre des demandeurs d’asile ou des centres d’hébergement pour demandeurs d’asile est passé de 24 en 2012, à 43 à la fin novembre de 2013. En outre, 18 manifestations racistes ont eu lieu devant des centres d’hébergement pour réfugiés jusqu’à la fin novembre. ↩︎
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Dans la nuit du 5 avril 2012, Burak Bektaş, 22 ans, a été abattu dans une rue de Neukölln, à Berlin. Burak discutait avec quatre amis. Un homme s’est approché, a sorti une arme sans un mot et a tiré. Burak Bektaş est décédé à l’hôpital, ses amis Jamal et Alex ont eux, été grièvement blessés. L’enquête policière qui a suivi n’a pas abouti, l’auteur du crime est toujours inconnu à ce jour. Mais le racisme est un motif raciste hautement probable pour cet assassinat, commis six mois après que le NSU se soit démasqué. Trois ans plus tard, dans la nuit du 20 septembre 2015, Luke Holland, âgé de 31 ans, était assassiné devant un bar dans le quartier de Neukölln. Lors du procès qui a suivi, l’auteur du crime, Rolf Z., a été condamné à 11 ans et 7 mois de prison. Le tribunal n’a pas voulu reconnaître de motif politique, bien que de nombreux éléments le suggèrent : « Rolf Z. avait tenu des propos désobligeants à l’égard des homosexuels dans le bar, et s’était plaint que son ancien bar habituel avait beaucoup changé, et qu’on n’y parlait presque plus allemand. Des témoins de son entourage personnel ont également déclaré lors du procès que Z. avait tenu à plusieurs reprises des propos racistes et exprimé sa sympathie pour le NPD. Il avait également stocké des armes à feu, des munitions, de la poudre noire et des objets nazis dans son appartement. » Rolf Z. apparaissait déjà en 2013, soit deux ans avant le meurtre de Luke Holland, dans le dossier d’enquête sur le meurtre de Burak Bektaş : « Fin 2013, un informateur avait désigné Rolf Z. comme l’auteur potentiel du crime et déclaré qu’il lui avait déjà montré une arme à feu en 2006 et qu’il lui avait demandé des munitions. Il lui avait également demandé de le conduire près du lieu du crime pour y retrouver son frère et tirer quelques coups de feu. » Depuis des années, la famille Bektaş se bat sur le plan juridique et politique pour que la lumière soit faite et il existe la *« Initiative zur Aufklärung des Mordes an Burak Bektaş » 3 [Initiative pour élucider le meurtre de Burak Bektaş soutient la famille], qui se veut être une plateforme où des personnes se réunissent pour discuter, s’écouter et agir et qui organise à la date anniversaire de la mort et de la naissance de Burak un rassemblement et informe le public des actions et développements en cours. Désormais, il existe un lieu de mémoire à l’angle de la Rudower Straße et du Möwenweg. On y trouve une plaque commémorative et une stèle intitulée « Algorithme pour Burak et les cas similaires ». Le mot « algorithme » fait allusion au fait que de nouveaux algorithmes, de nouvelles solutions doivent être trouvés pour résoudre le problème. Ce lieu de mémoire a déjà été profané à plusieurs reprises par des néonazis. La Initiative zur Aufklärung des Mordes an Burak Bektaş écrit : « Le point de départ de notre initiative était également une réflexion sur la politique antifasciste et antiraciste : après la découverte des meurtres du NSU, il est devenu évident que les stratégies en matière de solidarité et de relations avec les autorités publiques devaient changer. Mais pour cela, il faut surmonter les divisions racistes au sein de la gauche et dans le quartier. Après les meurtres du NSU, nous avons appris que le silence et l’ignorance de la majorité ne suffisent pas lorsque la minorité est menacée et attaquée. Cette stratégie ne doit pas fonctionner ! » ↩︎
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https://www.amadeu-antonio-stiftung.de/todesopfer-rechter-gewalt/ ↩︎
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Extrait de la présentation sur https://www.nsu-nebenklage.de/uber-diesen-blog/ ↩︎
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Traduction française reprise telle quelle depuis https://vsaufloesen.noblogs.org/appel/ ↩︎