LFC : Quel est ton parcours politique personnel en Tchéquie ? Dans quels types de groupes ou d’initiatives politiques tu prenais part ? Avec quels types d’objectifs, de projets, au niveau local ou international ?
Jakub : Je viens de la scène anarchiste et antifasciste en Tchéquie, mais je ne pense pas pouvoir me considérer comme faisant partie d’un mouvement en particulier ces dernières années. J’ai passé la majeure partie de mes années d’activisme au sein de l’Action Antifasciste. Dans le contexte tchèque, c’était une organisation ouverte à un large éventail de personnes, des anarchistes aux personnes sans expérience politique particulière, mais qui partageaient le sentiment qu’elles devaient agir par elles-mêmes. On a beaucoup travaillé avec les médias, organisé des évènements et essayé de différentes manières de rendre difficile la vie des nazis. Je crois qu’il y a une quinzaine d’années, on a plutôt bien réussi à les faire disparaître. Puis notre activité a lentement décru, puisqu’en les perdant comme notre ennemi principal, on a aussi perdu notre capacité de mobilisation. En 2015, lorsque la crise migratoire a éclaté, les partis politiques traditionnels ont emprunté aux nazis la rhétorique anti-immigration et l’ont intégrée à leur propre discours1. L’avantage de ça c’est que les militants nazis ont déserté la rue, parce qu’ils avaient, en quelque sorte, perdu leur spécificité en se faisant voler leur sujet de prédilection. Depuis, ils ne constituent plus vraiment le problème principal. En revanche, le racisme s’est largement répandu, et nos outils de lutte ont cessé d’être efficaces. Avant, c’était facile de dénoncer quelqu’un·e en affirmant « cette personne est raciste et nazie, parce qu’elle utilise des symboles nazis ! ». Il n’était pas possible d’employer ces mêmes méthodes pour combattre les politiciens officiels que pour lutter contre les militants nazis d’hier et on a pas trouvé de bon moyen de répondre à cette situation.
LFC : Tu peux nous dire quelques mots sur la relation de la Tchéquie avec l’histoire soviétique ? Pour l’État, la société ou votre scène politique ?
Jakub : La relation entre la Tchéquie et son histoire soviétique2 continue aujourd’hui de façonner le pays à plusieurs niveaux. La Tchéquie a officiellement pris ses distances avec son passé depuis la révolution de velours de 1989. L’État a mené des politiques de « lustration » 3, c’est-à-dire la vérification des antécédents des anciens fonctionnaires communistes ainsi que la restitution des biens confisqués4 par le régime communiste et d’intégration dans des institutions occidentales, telles que l’OTAN en 1999 et l’UE en 2004. Des efforts considérables ont été déployés pour mettre en place des institutions démocratiques et rejeter l’héritage autoritaire de la période communiste (1948-1989).
Pour autant, la société tchèque reste profondément marquée par l’expérience communiste. De nombreux Tchèques âgé·es ont vécu à la fois la dure période stalinienne des années 19505 et la répression brutale du Printemps de Prague en 1968, lorsque les chars soviétiques ont écrasé les espoirs d’un « socialisme à visage humain ». Ça a créé un scepticisme durable à l’égard de la Russie et de la gouvernance autoritaire. Bien que le Parti communiste KSČM6 existe toujours et que, depuis 1990, il recueille systématiquement entre 7 et 15 % des suffrages, lors de deux dernières élections de la Chambre des députés du Parlement de la Tchéquie, il n’a pas obtenu assez de voix pour entrer au Parlement (3,6 % en 2021 et 4,3 % cette année). De fait, ce n’est plus un parti important et les partis traditionnels rejettent généralement l’idéologie communiste7. Cependant, les débats sur le passé communiste refont régulièrement surface, notamment dans les discussions sur la restitution des biens, le traitement des anciens dissidents par rapport aux collaborateurs et la manière de se souvenir de cette histoire. Certains politicien·nes populistes ont également exploité les frustrations économiques en idéalisant certains aspects de la période antérieure à 19898.
Cette histoire a également conduit de nombreux Tchèques à s’inquiéter de l’influence russe, ce qui est particulièrement pertinent compte tenu des tensions géopolitiques récentes et des campagnes de désinformation que nous observons quotidiennement dans la société tchèque9.
Pour ces raisons, la scène anarchiste tchèque a toujours été déconnectée des communistes autoritaires. Le discours de ces derniers est toujours sensiblement le même et sonne comme « nous sommes meilleurs que ceux qui nous ont précédés », mais, en réalité, ils finissent toujours par coopérer avec les staliniens ou par relayer la propagande russe. Nous, on est simplement contre tous les régimes autoritaires, et l’histoire tchèque, comme la situation actuelle en Ukraine, montre qu’on ne peut pas faire confiance à la Russie, puisqu’ils considèrent encore que nous sommes un morceau de leur empire10.

LFC : Quel a été le moteur de votre intérêt pour la guerre en Ukraine ? Et qu’avez-vous fait quand elle a commencé ? Quelles sont les préoccupations depuis la Tchéquie pour ce sujet ? À l’échelle de l’État, de la société ou de votre scène politique ?
Jakub : Pour être honnête, l’Ukraine était hors de mon champ de vision lorsque cela a commencé en 2014, comme pour la plupart des gens autour de moi. C’était tout simplement trop loin. J’ai réalisé que la Russie se préparait à la guerre au printemps 2021. J’étais à Moscou pour une semaine et, en regardant la télévision, les infos online, en discutant avec des gens ordinaires, j’ai vu quelque chose qui ressemblait à de la propagande nazie. Un endoctrinement de la société, 24/24h, 7/7j11. Ils disent qu’ils sont meilleurs que l’Ukraine et les pays occidentaux et fantasment des invasions. En avril 2021, la population tchèque a découvert que deux agents du GRU12 avaient fait exploser des entrepôts militaires en Tchéquie en 201413. J’ai commencé à lire des livres et des articles de Bellingcat14, Jessikka Aro15, Mark Galeotti16 ou Timothy Snyder17 au sujet de la politique russe, de son histoire, des tactiques de guerre hybride18, de la propagande ainsi que de ses actions dans différents pays. À ce moment, il est devenu assez clair, pour moi, que la guerre allait arriver. Les dernières nuits avant l’invasion, je suivais Twitter et je m’attendais à ce que cela arrive. Le lendemain, je me suis rendu aux premières manifestations.
Dès les premiers jours, des milliers de personnes issues de toute la société tchèque, de gauche comme de droite, y ont participé. Les gens étaient choqués par ce qu’il se passait, certains pleuraient et la plupart étaient en colère. Beaucoup d’entre eux ont rapidement transformé ces sentiments en un soutien concret au peuple ukrainien, des dizaines de milliers de personnes ont, par exemple, invité des réfugié·es ukrainien·nes chez elles. C’était un geste significatif pour un si petit pays. En même temps, c’était clair que Poutine se moquait des manifestations, peu importe où qu’elles aient lieu.
Au cours des premiers mois, la solidarité est devenue mon travail quotidien, car je travaillais pour une entreprise qui vendait du matériel dont l’Ukraine avait besoin au début. Partout autour de moi, il y avait des gens qui voulaient aider les réfugié·es ou soutenir les soldats. Je ne m’attendais pas à une telle solidarité de la part de la société tchèque, habituellement si rigide. Mais les gens comprenaient aussi, car ils se souviennent encore de 1968. Je me souviens que c’était également un sujet important pour la petite scène anarchiste et antifasciste tchèque. Cette scène continue de soutenir massivement la cause, même s’il n’y avait auparavant pratiquement aucun lien entre les scènes tchèque et ukrainienne. Au cours des premières semaines de la guerre, certain·es de mes ancien·nes ami·es sont venu·es me demander de l’aide pour soutenir des personnes issues de la scène anarchiste ukrainienne. Nous les avons aidés à plusieurs reprises et avons pris contact avec des membres de Solidarity Collectives19.
LFC : Tu fais partie du collectif Solidrones20, peux-tu nous en parler plus ? Comment le projet a-t-il vu le jour et où en êtes-vous aujourd’hui ? Quel est le lien entre le fait d’aider les Ukrainien·nes à résister et vos propres intérêts ?
Jakub : Avec des amis de la scène, on suivait au jour le jour l’actualité de la guerre. À un moment donné, on a réalisé que les drones étaient devenus un sujet important, notamment parce que l’armée ukrainienne ne disposait pas assez de munitions pour l’artillerie à ce moment-là. On a discuté de cette situation à quelques un·es à la fin de l’année 2023 et on a décidé d’apprendre à construire et à piloter. Au même moment, on a appris que Solidarity Collectives allaient produire des drones pour les envoyer aux volontaires anarchistes sur le front afin qu’ils puissent les utiliser contre les envahisseurs.
Je pense que l’Ukraine n’est qu’un début pour la Russie et que, si elle y parvient, elle envahira d’autres pays. Ils le répètent en permanence sur toutes les chaînes de télé russes. Si ça arrive, c’est pas si mal de connaître quelques trucs efficaces contre un envahisseur qui est bien plus puissant, et il sera probablement trop tard pour l’apprendre lorsque les chars auront franchi la frontière. Je pense que cela peut sembler étrange pour les lecteur·rices de cet entretien, mais il y a quelques jours, 19 drones russes ont survolé la Pologne, d’autres drones ont survolé la Roumanie, tandis que des avions de chasse russes ont survolé l’Estonie21. Ici, en Tchéquie, nous ressentons cela comme une menace réelle et très présente. Et pour la même raison, nous voulons aider les Ukrainien·nes, car ils et elles se battent, saignent et meurent pour la paix en Europe22.
Petit à petit, à partir du printemps 2024, on a commencé à apprendre à construire des drones FPV23, à les tester et à les piloter. En même temps il fallait trouver de l’argent, car la production à grande échelle coûte cher24. Nos ami·es nous ont filé de l’argent et on a utilisé nos propres économies. Quand on en a parlé à notre entourage, d’autres personnes sont venues nous aider. On a alors lancé des cagnottes publiques et, progressivement, on a augmenté la production. À ce jour, plusieurs centaines de drones ont été construits. De nombreuses personnes nous ont aidées en collectant des fonds, en faisant de la promotion ou d’autres actions concrètes. Et à l’international, d’autres personnes veulent faire de même ou nous soutenir. Alors, on essaye de les aider et de leur fournir des informations sur comment se lancer.
Au début, on a commencé à construire des drones FPV de 7 pouces avec vidéo analogique. Ils sont parfaits comme drones kamikazes25 pour des missions à sens unique visant à délivrer de petits explosifs à l’ennemi. Il y a un an, nous sommes passés principalement à des drones de 10 pouces, car ils sont devenus la taille standard sur le front. Ils peuvent transporter plus de 2 kg et sont encore principalement utilisés comme drones kamikazes. Cependant, avec quelques pièces supplémentaires, ils peuvent également être utilisés comme drones bombardiers pour larguer des explosifs et être réutilisés plusieurs fois.
Nous travaillons également sur des drones de 13 pouces et nous construirons bientôt pour une unité des drones de 15 pouces équipés en fibre optique. Puisque sur certaines parties du front, il est impossible de voler en raison du brouillage des signaux vidéo et des signaux de contrôle, la transmission par fibre optique est donc une solution. Mais il existe de nombreux autres types de drones, tels que les hexacoptères26 lourds pour larguer des charges lourdes, les drones de reconnaissance à voilure fixe27, les drones DJI28, les Shaheds29 ,etc… Nous, nous travaillons uniquement avec des drones plus petits et plus simples, que les deux camps utilisent par centaines de milliers chaque mois.

LFC : Que diriez-vous aux personnes qui seraient sceptiques quant au fait de se battre « pour l’Europe » sur le champ de bataille ukrainien ?
Jakub : On peut être sceptique quant à l’idée de rejoindre les forces armées de l’État, mais, lorsque l’on est confronté à la réalité d’une armée d’envahisseurs qui bombarde votre ville, c’est malheureusement le moyen le plus efficace de défendre votre communauté. Vous pouvez également choisir de vous engager dans des activités humanitaires si vous ne vous sentez pas prêt à rejoindre les structures militaires et à combattre30, mais lorsque vous décidez de vous battre, vous ne pouvez pas faire grand-chose sans équipement militaire, logistique, connaissances et expérience. Donc, en fin de compte, il n’y a pas d’autre solution. De plus, même dans la situation actuelle, les anarchistes n’ont pas besoin de dissimuler leurs opinions politiques au sein de l’armée ukrainienne et peuvent s’afficher ouvertement. S’ils étaient contraints de se cacher par crainte de répression, je pense qu’aucun·e d’entre eux et elles ne s’engagerait volontairement dans l’armée. Mais ce n’est que mon point de vue, car je ne suis pas dans leur situation.
LFC : Compte tenu de votre passé antifasciste, comment gérez-vous la présence des néonazis en Ukraine et quels choix faites-vous ? Comment définissez-vous votre projet politique à cet égard ?
Jakub : Il y a des nazis dans la société ukrainienne comme dans n’importe quel autre pays. Il y a certainement aussi des nazis dans l’armée et certaines unités ont été créées à partir de groupes d’extrême droite, comme la 3^e ^brigade31, qui a un passé de ce type, mais qui est aujourd’hui composée aussi de personnes normales qui ne sont pas nazies32. Il y a même des membres de nos mouvements ou des minorités ethniques dans ces brigades. À ce qu’on sache, l’extrême droite ne mène pas d’activités politiques au sein de l’armée33.
En Ukraine, on peut également croiser dans la rue des personnes arborant des tatouages nazis ou qui portent des vêtements de marques liées au nazisme. J’y ai passé environ deux mois l’année dernière et je n’ai rien vu de pire que ce que j’ai vu en Tchéquie34. Il y a des nazis en Ukraine comme dans n’importe quel autre pays, mais ils ne représentent pas l’ensemble de la société ukrainienne.
Une grande partie de la propagande russe consiste à dire que l’Ukraine est un État nazi35, mais ce n’est pas vrai36. Honnêtement, il est assez triste que des personnes issues des milieux anti-autoritaires occidentaux continuent de répéter cela et ne fassent pas preuve d’esprit critique. Il est intéressant de noter que cette question nous est plus souvent posée par des personnes avec qui nous partageons des opinions, mais qui sont géographiquement plus éloignées de l’Ukraine37. Ce n’est pas un sujet d’actualité dans les scènes politiques des pays de l’Est. Tout le monde peut s’y rendre, interroger les gens et le constater par soi-même. Bien sûr, l’État ukrainien a de nombreux problèmes, tout comme l’armée ukrainienne, et ils ne seront pas nos meilleurs amis, mais pour les anti-autoritaires locaux, pour le moment, le mal absolu vient de Russie38.
Si un pays attaque celui où vous vivez, bombarde les villes où vous avez grandi et tue vos voisins, allez-vous dire « Je ne me battrai pas tant qu’il y aura des nazis » ? Je ne pense pas. C’est pour cette même raison que des centaines d’anti-autoritaires, d’antifascistes et d’anarchistes se battent en Ukraine contre l’impérialisme russe. Actuellement, les nazis locaux ne constituent pas une menace en Ukraine. Peut-être le seront-ils après la guerre, peut-être pas. Pour l’instant, les habitant·es ne considèrent pas cela comme un problème majeur. Les Ukrainien·nes se battent pour leur sécurité et leur droit de choisir leur mode de vie, tandis que la Russie vient les forcer à vivre comme elle l’entend. C’est assez simple. De notre côté, nous ne voulons pas rester simplement « profondément préoccupés » et ne rien faire.
Nous donnons nos drones à Solidarity Collectives qui soutient les combattant·es anti-autoritaires. Ils sont comme nous. Ils ont la même vision du monde et les mêmes valeurs. Ils vont aux mêmes concerts que nous et, en temps de paix, ils mènent les mêmes activités politiques que nous, mais aujourd’hui, ils doivent se battre pour leurs villes et leurs villages. En travaillant avec eux, on est sûrs que nos drones sont entre de bonnes mains.

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En octobre 2015, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, critiquait vivement la détention des migrant·es et des réfugié·es par la Tchéquie depuis août 2015. Ces détentions étaient souvent de 40 jours, allant parfois jusqu’à 90 jours, et ce, dans des conditions dégradantes. « Selon des rapports crédibles émanant de diverses sources, les violations des droits des migrants ne sont ni isolées, ni le fait du hasard, mais bien systématiques. Elles semblent faire partie intégrante de la politique du gouvernement tchèque pour décourager les migrants et les réfugiés d’entrer dans le pays ou d’y rester », a déclaré Zeid Ra’ad Al Hussein. En effet, en août 2015, un article du Monde relatait la situation politique en ces termes : « En République tchèque, c’est le président Milos Zeman qui a pris la tête de la croisade contre les migrants. Devenu expert dans l’amalgame réfugié-islam-islamiste-terroristes, le chef de l’État veut déployer des milliers de militaires aux frontières du pays à titre dissuasif. Donnera-t-il l’ordre de tirer sur les réfugiés comme ses prédécesseurs communistes, lui qui consacre l’essentiel de ses discours à prôner le bombardement tous azimuts des “islamistes » ? […] L’ex-président europhobe Vaclav Klaus (2003-2013), dont la plupart des collaborateurs et des conseillers figurent à la tête des diverses initiatives xénophobes, a, une fois de plus, fixé les termes du débat : " Nous faisons face, avec cette déferlante de réfugiés allogènes, à la plus grande menace en Europe depuis des siècles. Nous n’avons aucune obligation morale d’accueillir tous les réfugiés, affirme-t-il encore, et la seule solution est que les pays européens décident de renvoyer dans leurs pays d’origine tous ces migrants jusqu’au dernier.” » ↩︎
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En février 1948, après trois années de république faisant suite à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le parti communiste s’empare du pouvoir en Tchécoslovaquie lors du Coup de Prague. Il s’agit d’une crise politique initiée par la nomination de commissaires de police communistes dans la capitale. La prise du pouvoir sans armes par les communistes dans une Tchécoslovaquie qui était un symbole de démocratie dans l’Europe de l’Est de l’entre-deux-guerres, effraie l’Europe occidentale. Le « coup de Prague » est alors un basculement dans la polarisation de la guerre froide. La Tchécoslovaquie devient alors un des pays satellites de l’URSS. Au même titre que d’autres pays, comme la Roumanie, la Hongrie ou encore l’Albanie, la Tchécoslovaquie entretient des liens forts avec l’URSS. Tout d’abord, elle fait partie des membres fondateurs du Conseil d’aide économique mutuelle, qui est l’organisation d’entraide économique entre pays communistes créée par Staline en 1949 en réponse au plan Marshall. Plus tard, en 1955, elle est signataire du Pacte de Varsovie, qui regroupe les pays d’Europe de l’Est et l’URSS dans un ensemble économique, politique et militaire. Le 5 janvier 1968, Alexandre Dubček arrive au pouvoir et entend mener des réformes de libéralisation du pays, notamment l’assouplissement de la censure et de la police politique. C’est le Printemps de Prague, soit la tentative de création d’un « socialisme à visage humain », auquel l’invasion par les troupes du Pacte de Varsovie mettra brutalement fin le 21 août de la même année. Le programme de Dubcek, ce « socialisme à visage humain », comporte un ensemble de mesures politiques – comme les réformes structurelles du Parti communiste qui, tout en gardant sa position de parti unique, démocratisent son fonctionnement et permettent la constitution et l’expression de courants, des mesures économiques comme la diminution de la planification d’État, désormais réservée aux orientations macro-économiques et au commerce international. Est aussi prévu un allègement de la surveillance policière avec la fin de la censure et de l’écoute aléatoire et sans aucun contrôle juridique des conversations téléphoniques, de l’ouverture du courrier, du quadrillage territorial, institutionnel et professionnel systématique par la police politique (StB). Enfin, des mesures sociales doivent être mises en place, comme la libéralisation des activités culturelles, des médias et surtout du droit des citoyens tchécoslovaques au déplacement sans demandes d’autorisations, soit pour changer librement d’emploi, de domicile, de résidence à l’intérieur du pays, soit pour voyager dans et hors du pays, y compris dans les pays non communistes. L’invasion du pays par les troupes du pacte de Varsovie en août 1968 illustre bien le principe de « souveraineté limitée » des États satellitaires à l’URSS, en cas de remise en cause de la cohésion des États du bloc socialiste. À ce sujet, il est possible d’écouter l‘épisode d’Affaires sensible, Le Printemps de Prague 1968 ou de consulter le site Soviet History. Le 16 novembre 1989 débute la Révolution de velours. Ce mouvement pacifiste a conduit à la chute du régime communiste et à la création de la République socialiste tchécoslovaque, le 29 décembre de la même année. Cette révolution, « de velours » en Tchèque et « douce » en slovaque, est nommée de ces façons au regard du peu de sang qu’elle a fait couler. ↩︎
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La lustration est une politique dont l’objectif était de protéger les nouvelles institutions démocratiques des pays de l’Est de l’ex-pacte de Varsovie contre les anciens agents de la police communiste et leurs partisans. En Tchéquie, la loi de lustration définissait les conditions d’accès aux postes que devaient remplir les responsables des organes administratifs, comme la justice, l’armée, voire des institutions névralgiques, comme les médias et la Banque Nationale. Elle interdisait ces fonctions à quiconque avait, avant novembre 1989, servi dans les services de sécurité, s’était impliqué dans la gestion des comités régionaux du parti, les milices populaires ou ayant étudié dans les établissements du KGB. ↩︎
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Les restitutions des biens ont été l’un des éléments marquants de la transformation de l’économie tchèque à partir de l’année 1989. Le terme restituce désigne la restitution à son propriétaire d’un bien nationalisé ou confisqué entre le 25 février 1948 et le 1er janvier 1990, le propriétaire pouvant être un particulier, l’Église ou d’autres institutions. Cela concerne, par exemple, des biens immobiliers que leurs propriétaires initiaux auraient perdus en raison de leur émigration, ou bien d’une expropriation sans compensation, d’une nationalisation contraire à la règlementation alors en vigueur ou réalisée sur la base d’un contrat de vente ou de donation conclu dans des conditions visiblement abusives. (Radio Prague International) ↩︎
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À la sortie de la guerre, la répression exercée par le pouvoir stalinien était particulièrement brutale et a vu la purge et l’exécution des officiers de l’armée soupçonnés d’être pro-occidentaux, la répression de l’Église catholique, l’exécution de nombreuses personnalités politiques, l’emprisonnement ou l’envoi dans des camps de travail de milliers d’autres, accusé.es de diverses activités antiétatiques, de « déviationnisme nationaliste », de « titisme » et de nationalisme bourgeois. (Britannica) ↩︎
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Komunistická Strana Čech a Morava, il s’agit du Parti communiste de Bohême et Moravie. ↩︎
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La tendance au rejet des idées communistes est observable dans les territoires post-soviétiques. À titre d’exemple, en Lituanie et en Lettonie, les partis communistes d’État, liés au pouvoir soviétique, ont été dissouts au moment de l’indépendance en 1991, puis se sont reformés sous les noms de Parti démocratique du travail lituanien et Parti socialiste de Lettonie. Mais l’idéologie communiste, bien qu’impopulaire, n’est pas interdite. En Ukraine, le Parti communiste d’Ukraine (KPU) est lui aussi dissout en 1991, mais se reforme deux ans plus tard. Il est accusé de soutenir l’annexion de la Crimée, puis les séparatistes prorusses pendant la guerre du Donbass. Il est interdit en 2015 ainsi que deux autres partis nés de scissions du KPU dans le début des années 2000. L’interdiction se fait sur la base des lois de décommunisation qui condamnent la mise en valeur de l’idéologie communiste ainsi que l’usage de symboles communistes, comme la faucille et le marteau. Au même titre par ailleurs que les symboles nazis, dans de nombreux pays de l’ex Union soviétique, en Hongrie, en Pologne ou en Ukraine. En 2022, lors de l’assaut de l’armée russe en direction de Kyiv, le dirigeant du KPU, Petro Symonenko, s’est enfui en Biélorussie puis en Russie avec l’aide des forces spéciales russes. (rtbf.be, bbc.com) ↩︎
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Selon une enquête menée en 2019, 38 % des personnes âgées de plus de 40 ans estiment que leur vie était en réalité meilleure sous le communisme. L’enquête a été menée par l’agence NMS Market Research pour Post Bellum. Il semblerait que les élections de l’automne 2025 confirment une tendance d’affaiblissement du centre et de renforcement des partis populistes. Dans cette dynamique, le KSČM exploite les frustrations économiques en faisant vivre une forme de nostalgie de la période soviétique. En outre le parti s’oppose à la livraison d’armes à l’Ukraine et tient une ligne anti-OTAN en faisant valoir une position pacifiste dans un pays majoritairement en faveur du soutien à l’Ukraine. Pour comprendre mieux les tendances politiques tchèques, il est possible de lire les articles de Balkan Insight et Journal of Democracy. ↩︎
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Selon une enquête menée conjointement par le média tchèque Voxpot et l’association Druit qui fournit des services informatiques , avant les élections qui ont eu lieu en automne 2025 en Tchéquie, les 16 plus grands sites de désinformation prorusses produisaient autant de contenus que les médias tchèques authentiques. ↩︎
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Quelques mois après le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par les troupes russes, les antifascistes tchèques publiaient dans Freedomnews un long article expliquant leurs positions quant à la guerre qui débutait et leur sidération face aux réactions de la gauche d’Europe de l’ouest. « Si nous disposions d’une machine à remonter le temps et pouvions vous ramener dans le passé, dans un passé lointain ou récent, savez-vous ce que vous verriez autour de vous ? L’Empire russe à l’est, l’Empire allemand à l’ouest et l’Empire ottoman au sud. Trois empires, de nombreuses formes historiques et une ambition trop souvent partagée, le mal de tous les empires, à savoir la nécessité d’étendre leur sphère d’influence, d’occuper les espaces qui les entourent, de conquérir. Et savez-vous ce que vous verriez parmi eux, dans leur ombre ? De petites régions et entités politiques diverses sur le plan historique, géographique et linguistique, s’étendant de l’Estonie à la Roumanie, de la République tchèque à l’Ukraine, qui ont survécu jusqu’à aujourd’hui malgré les empires, et parfois malgré elles-mêmes. Bienvenue dans notre région, l’Europe centrale et orientale (ECO). Une région historiquement façonnée par la pression exercée par trois empires. Une région définie non pas par ses côtes océaniques, mais par des facteurs externes et géopolitiques, à savoir la volonté de l’un des empires voisins de s’étendre et de subjuguer certaines parties de l’Europe centrale et orientale, comme en Tchécoslovaquie en 1938 et 1968, en Pologne en 1939, dans les pays baltes en 1940 et en Hongrie en 1956. Dans une région où les petits pays doivent parfois former des alliances controversées pour résister aux empires. Dans une région dont la voix et le point de vue sont systématiquement négligés et ignorés. Dans une région qui n’est ni l’Occident ou le Nord riches, ni l’Orient peuplé, ni le Sud pauvre. Dans une région où la vie et l’identité sont à nouveau menacées – si la Turquie contemporaine oriente ses ambitions impériales vers l’Est et si l’Allemagne a subi une transformation qui, espérons-le, a mis fin à ses aspirations impériales pour longtemps, c’est la Russie de Poutine qui continue de mener une politique impériale à l’encontre de l’Europe centrale et orientale, ainsi que d’autres régions qu’elle considère comme sa sphère d’influence. » ↩︎
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La chaîne YouTube Russian Media Monitor fait un travail de collecte et d’analyse des sources d’informations diffusées par les médias russes. ↩︎
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Glavnoe Razvedyvatel’noe Upravlenie (GRU) est la Direction Principale du Renseignement. Ce service de renseignement militaire date de l’Union soviétique et a peu perdu de sa structure. « Le GRU a survécu aux bouleversements de ces dernières années grâce à son statut de simple direction au ministère de la Défense. Tout laisse penser que ce sont des agents du GRU qui ont préparé et encadré l’invasion de la Crimée en 2014, qui ont tenté d’empoisonner le transfuge Sergueï Skripal en mars 2018, à Salisbury, déclenchant une vive crise diplomatique entre la Russie et l’Angleterre, et qui assistent les forces soviétiques stationnées en Syrie ». KGB, la véritable histoire des services secrets soviétiques. ↩︎
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En 2021, la Tchéquie a renvoyé 18 diplomates russes de son territoire quand l’enquête à mis à jour que l’explosion de 2014 n’était pas un simple accident. Il s’agirait de l’action de l’unité 29155, responsable de la tentative d’empoisonnement de Sergueï Skripal en 2018, d’une tentative de coup d’État au proserbe au Monténégro en 2016, ainsi que d’opérations de déstabilisation en Moldavie la même année, etc. ↩︎
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« Bellingcat est un collectif indépendant de chercheurs, d’enquêteurs et de journalistes citoyens réunis par leur passion pour la recherche open source. » Peut-on lire sur le site. « Fondé en 2014, nous avons été les premiers à utiliser des méthodes de recherche open source pour enquêter sur divers sujets d’intérêt public. Ceux-ci vont du crash du vol MH17 au-dessus de l’est de l’Ukraine aux violences policières en Colombie, en passant par le commerce illégal d’espèces sauvages aux Émirats arabes unis. Nos recherches sont régulièrement mentionnées par les médias internationaux et ont été citées par plusieurs tribunaux et missions d’enquête ». Un article de France24 abonde, « Le site d’investigation numérique Bellingcat est devenu en huit ans le pire cauchemar du Kremlin, assure son directeur exécutif, le journaliste Christo Grozev, en lutte contre les lacunes du droit international ». ↩︎
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Journaliste finlandaise travaillant pour la chaîne publique finlandaise Yle et auteure d’un ouvrage documentaire intitulé Putin’s Trolls. En septembre 2014, elle a commencé à enquêter sur les trolls pro-russes sur Internet, puis est elle-même devenue leur victime après une visite à Saint-Pétersbourg où elle a interviewé des employés d’une l’usine à trolls. Le récit est écoutable dans Jessikka Aro, enquête sous pression. ↩︎
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Historien britannique spécialiste de la criminalité transnationale et des questions de sécurité russe. Il est également directeur du cabinet de conseil Mayak Intelligence, « une société britannique spécialisée dans la recherche, la rédaction, la formation et le conseil, qui se concentre sur la Russie ainsi que sur certaines questions thématiques plus larges liées à la criminalité organisée et transnationale, à la guerre, à la politique et à l’histoire. » ↩︎
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Historien américain spécialiste de l’histoire de l’Europe centrale et de l’Est et de la Shoah. Il est titulaire de la chaire Richard C. Levin d’histoire à l’université Yale et membre permanent de l’Institut des sciences humaines à Vienne. ↩︎
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La guerre hybride est une stratégie militaire qui allie des opérations de guerre conventionnelle, de guerre asymétrique, de cyberguerre et d’autres outils non conventionnels, tels que la désinformation. L’expression hybrid warfare est apparue pour la première fois aux États-Unis en 1998 et fut popularisée par Frank G. Hoffman à partir de 2005 pour faire contrepoids au déterminisme technologique qui marqua à l’époque les débats. Dans son optique, il s’agit de caractériser une « guerre irrégulière complexe », une guerre mêlant acteurs étatiques et subétatiques ; et des formes régulières et irrégulières de guerre. En 2009, il définit la menace hybride ainsi que « tout adversaire qui emploie simultanément et de façon adaptative un mixte d’armes conventionnelles, de tactiques irrégulières, de terrorisme et de comportements criminels dans l’espace de bataille afin d’atteindre ses objectifs politiques ». Une définition élargie de la guerre hybride postule que son objectif est non pas la destruction des forces armées adverses, mais la déstabilisation d’un pays en attaquant ses structures gouvernementales et ses institutions, ainsi qu’en affaiblissant sa cohésion nationale. Les moyens utilisés à ces fins seraient par conséquent non cinétiques, allant de la propagande aux fake-news, en passant par les cyberattaques. (Les Champs de Mars) (La revue stratégique). Pour des spécificités liées à la guerre hybride et le cas de la Russie, Wikipedia est un bon point de départ. ↩︎
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Solidarity Collectives est un groupe anarchiste ukrainien formé à la suite de l’invasion à grande échelle et qui soutient les anarchistes présents sur les lignes de front en leur envoyant le matériel dont ils ont besoin. Ils sont aussi actifs dans d’autres champs, notamment l’aide humanitaire et l’aide aux animaux à extraire des zones de front. Solidarity Collectives anime aussi un atelier d’assemblage de drones. Ils déclarent : « Les soldats que nous soutenons sont des militants de diverses convictions : anarchistes, défenseurs des droits humains, syndicalistes, éco-anarchistes, anarcho-féministes, punk-rockers, réfugiés politiques de Biélorussie et de Russie, etc. Beaucoup d’entre eux n’étaient pas d’accord avec les visions et les idées des autres avant la guerre. Cependant, ils ont été unis par un ennemi commun, car la machine impériale russe ne permettra à aucun d’entre nous d’exister. Nous resterons unis jusqu’à la fin de la guerre, jusqu’à ce que le dernier occupant quitte le territoire de l’Ukraine indépendante. » ↩︎
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« Au cours des deux dernières années, alors que l’Ukraine est confrontée à l’agression russe, les drones sont devenus un outil important pour assurer la supériorité sur le champ de bataille. Chaque mois, les défenseurs consomment des dizaines de milliers d’avions sans pilote, car un tir précis avec un drone peut mettre hors de combat un char beaucoup plus coûteux et paralyser l’avancée des occupants ». Les pages de solidrones sont répertoriées ici. En septembre 2025, Solidarity Collectives publiait une vidéo montrant une livraison de drones de Solidrones en Ukraine. ↩︎
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Le 9 septembre 2025, 19 drones non armés, supposément lancés depuis la Russie, pénètrent dans l’espace aérien polonais. L’incursion provoque la réaction de l’armée de l’air polonaise et de l’OTAN. Quatre drones sont confirmés abattus. Peu de temps après, le vice-premier ministre polonais Radosław Sikorski déclare : « Nous sommes confrontés à un cas sans précédent d’attaque non seulement contre le territoire de la Pologne, mais aussi contre celui de l’OTAN et de l’Union européenne ». Quelques jours plus tard, la Roumanie affirmait qu’un drone avait violé son espace aérien lors d’une attaque russe contre des infrastructures en Ukraine voisine. Deux F-16 roumains ont décollé pour surveiller la situation. Puis, le vendredi 19 septembre 2025, trois MiG-31 russes sont entrés dans l’espace aérien de l’Estonie. Ils ont été interceptés et escortés hors du territoire par des avions de chasse de l’OTAN. (LaPresse.ca) ↩︎
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Dans le texte publié sur freedomnews, le chapitre Le vaisseau fantôme de l’Europe centrale et orientale statue : « En examinant les textes qui ont été rédigés sur la guerre depuis son déclenchement en Occident, et en particulier par la gauche occidentale, nous identifions trois cadres principaux qui façonnent les évènements en Ukraine : la symétrisation, la généralisation et l’idéologisation ». Les paragraphes suivants s’attachent à expliquer le contenu de ces trois termes, puis concluent : « Qu’est-ce que ces cadres ont en commun ? Deux caractéristiques clés : le mépris des voix de l’Europe centrale et orientale et l’adoption de la logique de Poutine. En ignorant complètement les perspectives, les positions et les voix de l’Europe centrale et orientale, notre région est implicitement considérée comme un espace dépourvu de capacité à agir et à décider librement, et donc comme une région sans autonomie ni pertinence pour le monde… un réceptacle vide dans lequel les grandes puissances peuvent verser à leur guise leurs versions de l’histoire. La région de l’Europe centrale et orientale est ici considérée comme trop petite, fragmentée, diversifiée, fade, dépourvue d’histoire propre et trop insignifiante pour influencer activement le cours de l’histoire. Elle devient ainsi un objet passif, réduit à une simple “sphère d’influence et d’intérêt*, unezone tamponou un*espace sacrifiable”. Ce mépris pour l’Europe centrale et orientale et le cadre décrit ci-dessus font également le jeu du Kremlin. Comme l’ont démontré Smoleński et Dutkiewicz. Dans le cadre du westsplaining, les préoccupations de la Russie sont reconnues, mais celles de l’Europe de l’Est ne le sont pas. En effet, c’est le Kremlin, comme l’a montré Poutine lors de la conférence sur la sécurité de Munich en 2007, qui envisage le monde comme un choc entre de grands empires tirant les ficelles de leurs sphères d’influence et un monde où les petites régions de l’Europe centrale et orientale n’existent pas en tant qu’entités indépendantes, distinctes et dignes d’avoir leur propre voix et leur propre respect. Quiconque symétrise, généralise, idéologise dans une telle constellation en temps de guerre devient un allié opportun pour Poutine. » ↩︎
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Le drone FPV, pour First Person View, est issu du milieu droniste amateur, principalement utilisé dans des activités de loisir, telles que des courses et parcours d’obstacles. Contrairement à des drones plus stables, principalement développés par la marque chinoise DJI, qui sont utilisés pour l’observation, mais également le largage de charges et munitions explosives, le drone FPV se démarque par son agilité, sa vitesse et sa précision. L’usage militarisé de ce type de drone a vu le jour au cours de la guerre en Ukraine, quelques mois après l’invasion russe du 24 février 2022. Sa première utilisation filmée date de juillet 2022. (Revue Conflits) ↩︎
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La production en masse coûte cher ramenée à l’échelle de ce que des groupes et initiatives autonomes peuvent mobiliser comme fond. En effet, un drone kamikaze relativement basique coûte entre 200 et 300 euros. La rupture que constitue la guerre des drones est à la fois en raison de leurs capacités opérationnelles en termes de profondeur d’action et de flexibilité, de leurs coûts de production très faibles en regard des systèmes d’armement habituellement utilisés par les armées. Pour autant, aujourd’hui, l’industrie du drone est massivement dépendante du marché chinois, qui en contrôle environ 80 %. Dès lors, les politiques économiques internationales ont un impact considérable sur l’approvisionnement. En effet, la Chine qui, comme l’exprimait son ministre des affaires étrangères en juillet 2025, « ne peut pas s’offrir une défaite russe »,tend à durcir les possibilités d’importation de composants à destination de l’Ukraine, via Kyiv et ses alliés en même temps qu’elle entretient des liens de plus en plus forts avec la Russie, qui dépend elle aussi massivement de la production de matériel chinois pour ses propres drones. STMicroelectronics, société franco-italienne basée en Suisse, fait figure d’exemple dans ce jeu, puisqu’elle produit la puce STM32 embarquée dans la quasi-totalité des contrôleurs de vol. L’entreprise compte 14 sites de production dans 9 pays, mais environ deux fois plus d’employés en Chine qu’en Europe. Le prix des composants en provenance de Chine et à destination de l’Europe a quasiment doublé à cause des restrictions douanières et de la bataille commerciale que les États-Unis livrent à la Chine. En conséquence, l’Ukraine, comme le reste du monde, s’efforce de développer une production locale de contrôleurs de vol et autres éléments d’électronique embarquée à l’image de Elarion en Lituanie, Odd System, Motor-G, 603700, en Ukraine ou Drone Français en France. ↩︎
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Les technologies liées à la guerre menée par ce type d’engins évoluent rapidement, tant sur les plans de l’attaque que de la défense. Qu’il s’agisse de la transmission des données entre la machine ou l’opérateur pour contrer les dispositifs de guerre électronique, le type de charges qu’ils transportent ou tout bonnement du type de machine. Si les plus médiatisés sont ceux utilisés par des opérateurs sur la ligne de front, du fait de la dureté des images produites et de leur mise en circulation, ce ne sont pas les seuls types de drones kamikazes. Les drones de 7 pouces sont aujourd’hui remplacés par des 10 pouces qui peuvent porter des charges plus puissantes et ont une portée de quelques dizaines de kilomètres. C’est sur ces modèles qu’est notamment de plus en plus fréquente l’utilisation de fibre optique. Mais des drones kamikazes sont aussi utilisés à grande distance, comme dans le cas de la destruction de la flotte nucléaire russe par des machines contrôlées via le réseau de téléphonie mobile, à longue portée, comme les ailes volantes de différentes tailles qui frappent les réseaux énergétiques en Ukraine comme en Russie. Les drones kamikazes trouvent leur origine dans les années 80 dans du matériel israélien autrefois nommé munition rôdeuse et qui était vu comme des types de missiles particuliers. C’est toutefois en Ukraine qu’a été généralisée la modification de drones grand public et que l’usage de la vue à la première personne a considérablement influencé les tactiques sur le terrain. ↩︎
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Un drone hexacoptère est généralement un appareil aérien sans pilote équipé de six moteurs. Contrairement aux drones à quatre moteurs (quads ou quadricoptère), cela lui permet de rester en l’air même si l’un des moteurs tombe en panne. Ce sont par ailleurs de plus gros porteurs de charge que les quads. ↩︎
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Les drones à voilure fixe sont de petits avions radiocommandés. Ils peuvent donc planer et sont utilisés pour des missions à longue portée. ↩︎
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L’entreprise chinoise Shenzhen DJI Sciences and Technologies Ltd, est spécialiste de la fabrication de drones de loisirs, équipés de caméras pour des prises de vues aériennes. L’entreprise est le leader mondial dans les drones grand public et elle produit des machines stables et faciles à piloter, ce qui en fait aussi un des leaders sur les normes en usage dans le domaine, notamment en ce qui concerne la transmission vidéo en haute définition. Elle produit notamment la série Mavic, très utilisée pour la reconnaissance, mais trop chère pour être utilisée comme drone kamikaze. ↩︎
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Les Shahed sont des drones kamikazes iraniens initialement développés par Shahed Aviation Industries et fournis massivement à la Russie, qui aujourd’hui produit sa propre variante, les Gueran-2. Le Shahed-136 mesure environ 3,5 mètres de long, avec une envergure de 2,5 mètres. Pesant jusqu’à 240 kg, il peut emporter 40 kg d’explosif et parcourir 1 700 à 2 500 km à une vitesse de 185 km/h. Sa motorisation thermique, bruyante, mais économique, illustre une philosophie « low-cost » accessible à de nombreux États. Estimé entre 20 000 et 40 000 dollars l’unité, le Shahed coûte jusqu’à 50 fois moins cher qu’un missile classique, tout en offrant une précision et une portée comparables. Ce rapport coût/efficacité en fait une arme privilégiée pour saturer les défenses aériennes. Son usage en essaims oblige Kyiv à dépenser des missiles antiaériens bien plus coûteux que les drones abattus. ↩︎
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L’anthropologue Daria Saburova a mené une enquête sur les initiatives bénévoles qui permettent de suppléer l’État ukrainien dans ses défaillances qu’elle présente dans son livre Travailleuses de la résistance, les classes populaires ukrainiennes face à la guerre, aux éditions du Croquant, sur Lundisoir ou sur Radio France. ↩︎
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Les racines idéologiques de la 3e brigade d’assaut, héritière du régiment Azov, sont des idéologies d’extrêmes droites. Fondé en 2014 au début de la guerre dans le Donbass, le bataillon Azov est créé par Andriy Biletsky, leader de l’organisation ultranationaliste Patriotes d’Ukraine ainsi que du groupe politique Assemblée sociale-nationale. Azov a d’abord attiré l’attention par ses étranges insignes faisant allusion à la symbolique du Troisième Reich et ses phalanges, comme la SS. Certains de ses combattants ont d’ailleurs pu parfois se mettre en scène dans des clichés ne laissant aucun doute quant à leur affiliation politique. Le bataillon, par la suite devenu régiment, était initialement constitué de volontaires et a acquis une grande popularité en participant à la reprise de la ville de Marioupol face aux séparatistes prorusses en 2014 et plus encore lors du siège de la même ville en 2022. Progressivement, une distinction claire s’est établie entre la branche militaire et la branche politique du mouvement. Les individus les plus politisés, dont l’expérience militaire avait perdu son sens une fois éloignés du front, ont cherché à prolonger leur engagement sous une autre forme. Cette séparation a donné lieu à deux trajectoires : d’un côté, ceux qui restaient dans le régiment Azov et se définissaient comme militaires professionnels ; de l’autre, ceux qui quittaient l’armée pour se consacrer à la politique ou qui réintégraient la vie civile. En se concentrant exclusivement sur la dimension militaire, le régiment Azov s’est peu à peu dépolitisé. Son identité restera néanmoins intrinsèquement liée au nationalisme radical ukrainien. Selon le chercheur Nonjon : « Mais Azov reste ce qu’il est et ne peut totalement faire table rase de ses origines. Il est normal qu’on y retrouve encore un certain nombre de profils politisés, quand bien même la majorité des combattants de cette brigade sont aujourd’hui étrangers aux idées extrémistes. » […] (Mediapart) (Nonjon Adrien, Le régiment Azov, un nationalisme ukrainien en guerre, Éditions du Cerf, 2023). Concernant la troisième brigade, les chercheur·euses Anna Colin Lebedev et Bertrand de Franqueville affirment qu’on voit que « l’idéologie n’est pas absente des pratiques quotidiennes. Elle est par exemple clairement visible dans la récitation rituelle de la « Prière du nationaliste ukrainien », texte qui ne comporte pas en lui-même d’appels extrémistes, mais qui était un texte de référence des mouvements nationalistes ukrainiens du XXe siècle. En revanche, à ce jour, il semble que l’on n’observe pas, dans les actions de la brigade, de pratiques violentes, telles que des attaques contre des civils sur des critères ethniques ou nationalistes. La posture anti-russe est bien sûr très présente – dans toute la société ukrainienne comme dans les forces armées – mais il s’agit d’une hostilité d’ordre politique, non ethnique. Le crédo politique est « L’Ukraine avant toute chose », mais pas « L’Ukraine aux Ukrainiens ». Cela se comprend d’autant mieux que les profils mixtes, multilingues, ou d’origine russe sont très nombreux en Ukraine et dans les unités combattantes. (Le Grand Continent) ↩︎
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Aujourd’hui, la popularité de ces brigades est due à leur large communication et aux nombreuses batailles remportées. Elles constituent une entité militaire qui semble avant tout attirer du monde pour sa puissance, sa formation, son matériel militaire et les chances de survie qu’elle procure plutôt que pour ses principes idéologiques. Selon le chercheur·euses Anna Colin Lebedev et Bertrand de Franqueville « Beaucoup de volontaires qui rejoignent Azov ou la Troisième brigade d’assaut le font parce qu’ils recherchent des unités perçues comme efficaces et professionnelles, commandées par des vétérans expérimentés et formés au combat, attentives à la gestion des recrues. […] L’image d’un leadership fiable, qui ne sacrifie pas inutilement ses soldats, joue un rôle clé dans ce choix, et Andriy Biletsky a su capitaliser dessus. L’image de ces unités a été renforcée par une campagne médiatique extrêmement bien menée, voire même une émergence d’une sous-culture propre à la Troisième brigade. […] Cette importance de la confiance dans une unité et un commandant est un des effets d’une certaine autonomie laissée aux unités militaires ukrainiennes, non seulement dans le combat, mais aussi dans la construction de leur identité que dans l’organisation de la formation ou du recrutement. À cet égard, on peut se poser la question des contours de cette identité des bridages, et le rôle qu’y joue l’idéologie. » (Le Grand Continent) ↩︎
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Les fonctions militaires et politiques ne sont pas cumulables. Par exemple, le Colonel Andriy Biletsky, commandant de la 3e brigade d’assaut et anciennement de la brigade Azov, a été député de 2014 à 2019, il a ensuite cessé son activité politique parlementaire pour se concentrer sur son activité militaire, néanmoins chargée d’idéologie politique et d’activités politiques extraparlementaires. Il en est de même pour Dmytro Iaroch, ex-chef de file de Pravi Sektor, aujourd’hui commandant de l’armée des volontaires ukrainiens du secteur droit. On observe tout de même l’existence de groupes néonazis en dehors de l’armée, à l’image de Centuria créé par des vétérans du régiment Azov ou la présence parfois alarmante dans les rues de symboles nazis malgré leur interdiction. Il est certain que leur présence et la qualité croissante de leur organisation sont à surveiller, puisque les machines de mobilisation qu’ils ont créées au sein et autour des brigades dans lesquelles ils se sont regroupés pourraient leur servir de plateformes politiques dans l’éventualité d’une fin de la guerre ou d’une extension de leurs activités dans le champ politique institutionnel. En effet, tout comme les unités Azov, puis la Troisième Brigade d’Assaut ont été massivement rejointes pour leur efficacité par des personnes pourtant plus du côté libéral, voire carrément à gauche du spectre politique, il est possible qu’une génération grandissant dans la guerre rejoigne peu à peu ce type d’organisations dont l’esthétique néonazie est bien souvent de prime abord perçue comme une contre-culture d’opposition à l’héritage soviétique. Rappelons que l’Holodomor, la grande famine de 1932-1933 organisée par le pouvoir soviétique, a tué entre 3 et 5 millions d’Ukrainien.ne.s et que, depuis leur point de vue, le nazisme n’est pas le seul fabricant de génocides. La dynamique engendrée par la déstructuration des formes armées ukrainiennes et la nécessité pour les Ukrainien.ne.s de créer leurs propres structures de défense a permis depuis 2014 à des unités comme Azov et aujourd’hui la Troisième Brigade d’Assaut de devenir des machines de guerre d’une grande efficacité tant sur le terrain militaire que sur les plans communicationnels et économiques. Leur histoire d’engagement et leur capacité à saturer l’espace visuel et culturel, à des fins de financement et très certainement dans une dynamique de soft-power, leur donne la capacité de recruter massivement. Aussi, il est certain que plus la guerre durera et moins les forces progressistes sur le sol ukrainien seront soutenues, plus l’ultranationalisme aura des chances de se répandre. ↩︎
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Selon les chercheur·euses Anna Colin Lebedev et Bertrand de Franqueville « si la présence de certains combattants ultranationalistes dans les rangs ukrainiens est un fait avéré, le capital symbolique payé de leur sang n’a jamais trouvé de traduction politique. […] Entre 2014 et 2022, alors que des élections ont bien eu lieu en Ukraine, les partis d’extrême droite n’ont pas su transformer leur rôle dans la révolution du Maïdan ni leur participation au conflit du Donbass en succès électoraux. Ils sont restés essentiellement des mouvements de rue, occupant une place très marginale sur la scène institutionnelle, ne faisant qu’autour de 2 %, tous mouvements confondus, aux élections de 2019. […] On a observé en Ukraine une forme de dissociation entre la structuration du champ politique et celle du champ militaire. Certes, l’engagement dans la guerre pouvait constituer une clé d’entrée dans le champ politique, l’aura ou la légitimité liée à un engagement militaire peut effectivement être revendiquée, mais elle ne détermine pas, à elle seule, l’accès aux responsabilités politiques. Le champ politique ukrainien ne se réduit pas aux questions militaires, et demeure organisé autour d’enjeux propres – sociaux, économiques, idéologiques – qui préexistaient à la guerre. » ↩︎
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Dans son message à la nation du 24 février 2022, date du déclenchement de l’opération militaire spéciale, Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie et commandant en chef des forces armées russes, a défini la dénazification de l’Ukraine comme l’un des principaux objectifs de cette opération. Le terme « dénazification » n’est pas dû au hasard. Il renvoie à la conférence de Potsdam qui mit fin, en 1945, à l’idéologie nationale-socialiste en Allemagne. ↩︎
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Pour aller plus loin sur la question des extrêmes droites en Ukraine, Adrien Nonjon revient sur leurs différentes natures dans l’article, Les deux visages de l’extrême droite ukrainienne. ↩︎
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Concernant la censure des voix d’Europe de l’Est lors des évènements anarchistes en UE Ces dernières années, plusieurs organisations et groupes ont émergé au sein du milieu anarchiste, excluant activement les militants de Solidarity Collectives, de l’ABC-Belarus et de nombreuses autres organisations anarchistes et anti-autoritaires des évènements publics. Ils les empêchent d’y participer et publient diverses « déclarations » condamnant leur soutien à la résistance ukrainienne face à l’invasion russe. Ce comportement repose souvent sur une vision déformée de l’opinion des militants d’Europe de l’Est. Les anarchistes sont accusés de militariser, de soutenir la guerre et de ne pas être suffisamment critiques envers l’État ukrainien. À notre avis, un tel comportement est indigne du mouvement anarchiste. Nous croyons en la nécessité du dialogue dans les controverses. Toute tentative visant à contraindre les anarchistes à tenir le « bon » discours afin que les camarades occidentaux soient disposés à les écouter et à les soutenir financièrement s’apparente à de la coercition. Nous ne considérons en aucun cas le travail de Solidarity Collectives et de l’ABC-Belarus comme étant pro-guerre ou soutenant le militarisme d’État. Nous condamnons catégoriquement toute tentative d’isoler les collectifs anarchistes d’Europe de l’Est sur la question de l’expansion militaire du régime russe. Nous appelons les autres collectifs anarchistes à manifester leur solidarité avec les anarchistes qui luttent ici et maintenant contre les régimes de Poutine et de Loukachenko, armes ou pierres à la main. La résistance à l’État est impossible sans solidarité, esprit critique et dialogue sur les questions politiques complexes. Liste des signataires de cette déclaration (si vous souhaitez y figurer, veuillez contacter l’une des organisations de la liste) ↩︎
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Toujours dans le texte publié sur Freedomnews, les antifascistes tchèques complètent leur position : « Pour être clairs, nous ne suggérons pas d’écouter les oligarques ukrainiens. Nous ne suggérons pas non plus d’écouter les ultranationalistes comme le Secteur droit, dont l’influence en Ukraine, au profit de Poutine, est grandement exagérée et ne peut être comparée, par exemple, à celle de partis parlementaires comme l’AfD en Allemagne, Russie unie en Russie ou de politiciens comme Orban en Hongrie ou Le Pen en France. À cet égard, nous sommes tout à fait d’accord avec les antifascistes autonomes d’Ukraine qui affirment : “Quelques milliers de nazis, avec un soutien électoral minimal dans un pays de 40 millions d’habitants, ne constituent ni une menace ni une raison d’envahir… Oui, il y a des nazis en Ukraine, comme dans d’autres pays. Non, nous n’avons pas besoin de l’aide de Poutine ou d’autres autoritaires pour nous occuper d’eux. Nous le ferons nous-mêmes”. Nous vous suggérons d’écouter principalement les voix des citoyens ordinaires et des militants organisés qui, de manière pratique, discrète et sans médiatisation, ont rejoint la défense armée de l’Ukraine et les réseaux d’entraide, en partant de la base, contre les autorités, dans un esprit antifasciste et dans la lignée d’anarchistes ukrainiens engagés, tels que Nestor Makhno. Nous pensons à des initiatives et des activités, telles que l’Opération Solidarité, qui déclare : “Nous ne voulons pas mourir, nous ne voulons pas fuir, nous ne voulons pas obéir, nous n’avons pas ce privilège. Nous sommes extrêmement en colère et nous voulons notre liberté !” ou le Comité de résistance/Union anti-autoritaire, qui déclare : “Nous avons tous été amenés à la guerre par le désir de nous opposer à l’agression impérialiste russe. Nous sommes ici pour vaincre les occupants et défendre le peuple ukrainien, sa liberté et son indépendance.” » ↩︎